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Les élections municipales renforcent la France Insoumise

La France Insoumise a réussi son pari. Le reste de la gauche avait décidé de tout faire pour son éradication lors de ce scrutin local très compliqué pour LFI, au moyen d’une campagne de calomnies sans précédents. C’est un échec total : LFI réalise des percées importantes, alors que le PS, et plus encore les Écologistes, ressortent affaiblis de ces élections municipales. Si le RN échoue dans les plus grandes villes (comme Marseille ou Toulon), il se renforce sensiblement dans les villes moyennes. A l’issue de ces élections municipales, la perspective d’un affrontement entre le RN et LFI au second tour des présidentielles se renforce, le RN s’imposant plus que jamais comme le grand favori des échéances de 2027.
Une forte abstention qui traduit une faible mobilisation des catégories populaires
L’abstention a battu des records, si on met de côté les élections de 2020 qui se sont déroulées pendant le Covid. L’abstention dépasse 42 % (comme au premier tour), soit presque 5 points de plus qu’en 2014, où l’abstention avait déjà battu tous les records. Certes, une partie de cette hausse s’explique par la très forte hausse de l’abstention dans les communes (plus nombreuses que lors des élections précédentes) où il n’y avait qu’une seule liste en présence. Certes, la participation a augmenté dans certaines grandes villes, comme Paris, Strasbourg et surtout Toulouse où l’élection était incertaine. Mais globalement, l’abstention progresse nettement, et elle dépasse désormais 50 % dans les catégories populaires. Cette abstention a globalement pénalisé la France Insoumise, même si LFI est parvenue à accroître la participation dans les villes où la victoire de LFI était possible (comme à Roubaix).
La France Insoumise conquiert une dizaine de villes importantes
Au premier tour, LFI a réalisé une forte percée lui permettant de conquérir la 2e ville d’Île-de-France (Saint Denis – Pierrefitte), et de dépasser les 10 % dans un très grand nombre de villes. Elle a transformé l’essai au second tour en gagnant une dizaine de villes populaires : Roubaix, Creil, La Courneuve, trois villes de la banlieue lyonnaise (Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Saint-Fons), Tampon (4ᵉ ville de La Réunion), ou encore Sarcelles (liste citoyenne soutenue par LFI). LFI frôle la victoire à Bondy, Villiers-le-Bel, ou encore Étampes (Sud Essonne). Toutes ces conquêtes ont eu lieu parmi les 80 communes les plus pauvres de France, confirmant l’implantation de LFI dans les milieux populaires des banlieues. La plupart de ces conquêtes se font face à la gauche, principalement le PS.
En revanche, dans les villes où LFI a fusionné avec la gauche pour tenter de remporter des villes (Toulouse, Limoges…), les reports sont mauvais et la droite l’emporte assez largement. Les calomnies du PS contre LFI ont forcément dissuadé une partie significative des sympathisant.e.s PS de voter pour LFI. Mais surtout, le PS était très mal en point dans ces villes et LFI, malgré sa dynamique, a d’autant moins pu sauver les dégâts que la droite et l’extrême droite se sont surmobilisées pour lui faire barrage.
Le seul point vraiment négatif pour LFI est que les deux seules communes qu’elle dirigeait (Grabels avec René Révol et Faches-Thumesnil avec Patrick Proisy) ont été perdues (nous n’avons pas les éléments d’information permettant d’expliquer ces défaites, mais il faudra s’y pencher pour voir si elle résulte d’erreurs ou de fautes de la mairie sortante ou d’autres facteurs).
L’échec de la gauche hors LFI
Les victoires de la gauche hors LFI dans les trois plus grosses villes (Paris, Marseille, Lyon) masquent son échec global ailleurs, où elle perd davantage de villes qu’elle n’en gagne. Pour les Écologistes, la défaite est très nette : ils perdent notamment Strasbourg, Poitiers, Besançon, Bordeaux, Avignon... Ils parviennent à garder Lyon, Grenoble, Tours grâce aux fusions avec la France Insoumise. Ils ne gagnent qu’une seule ville significative : Bagnolet, en alliance avec LFI, face au PS. Le PS perd un nombre significatif de villes malgré les fusions avec LFI : Brest, Clermont Ferrand, Tulle, Avignon…
Le parti socialiste impute ses échecs à la France Insoumise, en redoublant ses attaques contre LFI. Comme on pouvait s’y attendre, les fusions avec LFI n’ont pas additionné les scores, et du coup l’aile droite du PS essaie de nous vendre un narratif : le PS gagne quand il n’est pas allié à LFI et il perd quand il est allié à LFI. En réalité, le PS s’est allié avec LFI quand il était en mauvaise posture et qu’il ne pouvait pas gagner seul. Les fusions, dans la plupart des cas, ne lui ont pas permis de gagner (mais il y a l’exception notable de Nantes où la n°2 du PS a revendiqué fortement la fusion), mais il aurait probablement perdu en l’absence de fusions, le PS étant en fort recul au premier tour. Quand le PS a refusé la fusion, c’est qu’il était en bonne position, et il a logiquement gagné, bénéficiant d’ailleurs d’un affaissement des scores de LFI dont une partie des électeurs et électrices ont voté pour battre la droite. On peut par ailleurs noter que la seule ville détenue par Place Publique (Saint Brieuc) a été perdue en raison du refus de fusionner avec LFI. Enfin, le PS conserve Lille face à LFI grâce au renfort d’une partie des Écologistes (le tête de liste imposant cette alliance contre une bonne partie de sa liste, qui voulait s’allier avec LFI), et grâce au « vote utile » au second tour d’une partie des électeurs et électrices de droite et du RN qui n’ont pas revoté pour leurs candidats, mais pour le PS contre LFI.
Il est probable que ces résultats vont fragiliser Olivier Faure par rapport à l’aile droite du PS. Les partisans de la primaire de toute la gauche (notamment Tondelier) sortent considérablement affaiblis de ces élections, qui vont renforcer la polarisation à gauche entre LFI et un PS radicalisé contre LFI.
Le PCF résiste mieux que le PS et surtout que les Écologistes lors de ces élections municipales, grâce à ses alliances avec le PS (dans la plupart des villes), mais aussi avec LFI (comme en Seine-Saint Denis). Il parvient à gagner Nîmes, mais il perd aussi des villes populaires au détriment de LFI (Vénissieux, La Courneuve), ou du RN (Vierzon).
Le « socle commun » ne bénéficie pas de l’échec de la gauche hors LFI
Le macronisme est marginalisé : le mouvement Renaissance a présenté peu de candidatures et, lorsqu’il gagne, c’est en association avec le reste de la droite. Les plus grosses prises de Renaissance sont Annecy et surtout Bordeaux, prises aux Écologistes. Bayrou est battu à Pau : c’est vraisemblablement la fin piteuse de sa carrière politique. Le bilan d’Horizon est pour le moins mitigé : certes, Edouard Philippe garde la mairie du Havre, mais Estrosi est écrasé à Nice, sa campagne finissant de façon pathétique. Horizon gagne quelques villes comme Périgueux ou Saint-Brieuc, mais il en perd d’autres comme Auxerre ou la Roche-sur-Yon.
Les Républicains gardent leurs implémentations importantes dans les villes petites et moyennes, et ils parviennent à conquérir quelques grandes villes face à l’échec de plusieurs listes fusionnées entre la « gauche » et LFI. Mais la droite a échoué lourdement à Paris et s’est effondrée à Marseille. Dans le Sud-Est, ells laisse de nombreuses positions au RN. C’est d’ailleurs plus les divers droites que LR qui tirent leur épingle du jeu, ce qui traduit la perte d’influence nationale de LR, profondément divisée à l’approche des échéances nationales de 2027.
La progression du RN dans les villes moyennes de ses zones d’influence
Si le RN et ses alliés (UDR de Ciotti) échouent dans les grandes villes hormis l’exception notable de Nice, il progresse nettement dans les villes moyennes. Il gagne des dizaines de communes, principalement dans le pourtour méditerranéen et l’ex-bassin minier du Pas-de-Calais. Il dirigera désormais une cinquantaine de communes de plus de 3 500 habitants, et 14 de plus de 30 000 (contre 3 en 2020). Il conserve en outre la quasi-totalité (à l’exception de Villers-Cotterêts) des communes qu’il dirigeait, en amplifiant ses scores.
« L’Union des droites » s’impose comme une réalité de plus en plus tangible, notamment dans le sud de la France. A Nice, le dirigeant de LR, Retailleau, a refusé de soutenir Estrosi contre Ciotti. Dans beaucoup de villes, les électeurs RN ont voté massivement pour la droite quand leur candidat n’était pas en position de l’emporter au second tour. Par exemple, le RN est passé de 11 % à 3 % à Clermont-Ferrand entre les deux tours, permettant au candidat de la droite de l’emporter face au PS. Alors que les médias se concentrent sur les mauvais reports entre PS et LFI, ils passent sous silence la porosité entre les électorats de droite et d’extrême droite.
Vers un affrontement entre le RN et LFI au second tour de la présidentielle
Désormais, dans tous les états-majors politiques, la grande bataille de la présidentielle commence. Beaucoup essaient de s’appuyer sur les municipales pour justifier leur stratégie, mais certains sont d’ores et déjà mis sur la touche par leurs défaites. Alors que la « primaire de la gauche » avait déjà du plomb dans l’aile avant les municipales, elle semble encore davantage vouée à l’échec. Certes, les porte-parole de l’Après (Autain, Garrido, Corbières) et Ruffin plaident toujours pour un candidat unique de la gauche, mais il est évident qu’il y aura d’un côté un candidat de la « gauche de rupture » autour de LFI et un candidat social-libéral autour du PS. Les orientations de LFI et du PS ne sont pas conciliables. Le PS, qui a hypocritement endossé les programmes de la NUPES et du NFP avec lesquels il n’était pas d’accord, développe sa propre orientation, qui est une variante de gauche du macronisme. Les Écologistes et les militants du PCF vont devoir faire un choix entre ces deux orientations, ou alors ils seront réduits à poser une candidature de division, au nom de « l’unité », qui sera condamnée à la marginalité, primaire ou pas primaire.
Face au RN, la France Insoumise est la seule force politique qui a une forte capacité de progression, et donc qui est en mesure de concurrence sérieusement le RN. LFI a un programme réformiste de rupture avec le néolibéralisme alors que le PS pactise avec le macronisme et est incapable de soulever un espoir dans les catégories populaires, comme l’ont montré ses reculs significatifs aux municipales. Pour battre le RN, LFI devra mobiliser les abstentionnistes des élections intermédiaires et développer une politique unitaire en direction des Écologistes et du PCF, voire de l’extrême gauche, pour rompre le cordon sanitaire que la bourgeoisie cherche à dresser autour de LFI. Dans ce sens, « l’offre fédérative » faite par la direction insoumise est une bonne chose : elle doit être déclinée sérieusement dans tous ses aspects, et les discussions programmatiques doivent s’ouvrir à la base comme au sommet. Alors que l’échéance décisive de 2027 commence à se préparer immédiatement, nous pensons que la direction insoumise doit se fixer comme tâche de lancer une grande campagne de recrutement de nouveaux militant.e.s, en s’appuyant sur ses bons résultats aux municipales. Beaucoup de jeunes et de travailleur/se.s veulent agir pour empêcher l’accès au pouvoir du RN : il faut les rassembler au sein de LFI, et leur permettre d’y trouver toute leur place – notamment en progressant dans le sens d’un fonctionnement plus démocratique.








