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Chronique de la campagne présidentielle 2027 – épisode 2

Comme lors de la précédente campagne présidentielle (où nous avions publié 25 chroniques), nous publierons régulièrement une chronique de cette élection qui s’annonce cruciale pour l’avenir du pays. En commentant les faits marquants de la campagne, de notre point de vue qui est celui de communistes révolutionnaires ayant décidé de faire campagne pour la victoire de Mélenchon en 2027.
Vous pouvez retrouver notre première chronique ICI.
Au sommaire
Analyse du projet des Écologistes
Mélenchon, le communisme et l’écologie
Le RN n’est pas au clair sur les retraites
Primaire des socialistes et de Place publique : calendrier et aide des médias
Baisse massive des remboursements de santé imposée par décrets
Avec la complicité des « partenaires sociaux », le gouvernement s’attaque aux travailleurs victimes d’accidents du travail
Le gouvernement se cache derrière les « experts » pour justifier l’austérité budgétaire
Analyse du projet des Écologistes
Les Écologistes viennent de finaliser leur projet. Clémence Guetté en a fait une critique. Elle pointe les convergences avec le programme des insoumis par rapport aux premières versions :
- sur le blocage des prix, en notant que le projet contredit ainsi Tondelier qui s’était démarquée de cette mesure centrale du programme du NFP
- sur les retraites, puisque les Écologistes veulent revenir immédiatement à 62 ans en « visant » une retraite à 60 ans (flou).
- une hausse immédiate du Smic net à 2000 € brut (1600 € net), contre 1700 € pour LFI
- un processus constituant
- une fiscalité plus progressive qui cible plus les plus riches et les grandes entreprises
- une planification écologique, qui reprend le terme insoumis de « bifurcation écologique »

Mais le programme des Écologistes reste enfermé dans la défense du fédéralisme européen et refuse toute rupture avec l’impérialisme US (comme la sortie de l’OTAN). Il est timoré sur le soutien à la Palestine. Si Clémence Guetté pointe tactiquement les convergences avec le programme des insoumis, il n’en demeure pas moins que les Écologistes sont un parti du système : pas de nationalisation significative, pas de désobéissance véritable par rapport aux règles de l’UE, pas d’affrontement envisagé avec le grand patronat. Un catalogue de mesures progressistes ne fait pas un programme de rupture.
Mélenchon, le communisme et l’écologie
Dans un entretien avec Reporterre le 22 juillet, Mélenchon déclare :
« Le communisme a besoin que l’accumulateur de la plus-value soit aussi le propriétaire des moyens de production et puisse être directement dépossédé. Cela n’est plus opérant aujourd’hui. Les fonds de pension comme BlackRock et le capitalisme transnational, globalisé et numérisé, ne se limitent plus à un lieu de production.
Nous, nous avons revu tout notre logiciel en partant de ce que la vie nous faisait découvrir. À savoir que l’écologie politique avait raison : la refondation du collectivisme doit s’appuyer sur la conscience et la maîtrise des biens communs menacés. Quand chacun s’accorde pour protéger les biens communs [comme l’eau, les forêts, le vivant], cela produit plus de « communisme spontané » que n’importe quelle discussion pendant des heures sur l’exploitation capitaliste. Aujourd’hui, la conscience populaire, c’est-à-dire la manière dont les gens fabriquent leur conviction, en est là. C’est une grande révolution culturelle. »

Ce passage est très problématique : Mélenchon oppose le logiciel de « l’écologie politique » (qu’il fait sien) au logiciel « communiste » (qu’il considère comme « plus opérant »). Il faudrait maîtriser les « biens communs » alors que la question de la propriété des moyens de production serait sans importance. Dans l’esprit de Mélenchon, un pouvoir politique volontariste pourrait contraindre les capitalistes à produire pour satisfaire les objectifs du plan, et donc il n’y aurait aucune raison de socialiser les moyens de production. C’est ici notre désaccord fondamental avec le réformisme de LFI : la satisfaction des besoins sociaux exige l’expropriation des grands groupes capitalistes et la socialisation des moyens de production. Pourquoi la « conscience » et la « maîtrise » ne concernerait que les « biens communs » ? Ce sont l’ensemble des grands moyens de production qui doivent être socialisés et mis sous le contrôle démocratique des travailleurs/ses.
Le RN n’est pas au clair sur les retraites
En affinité avec Ciotti, Bardella avait cherché à infléchir dans un sens encore plus libéral et pro-patronal le programme du RN. Sur la question centrale des retraites, Bardella avait évoqué la possibilité de repousser l’âge de départ effectif à la retraite, de supprimer l’âge d’annulation de la décôte à 67 ans, de basculer vers un régime par points, et d’introduire une dose obligatoire de capitalisation. Lors d’un séminaire tenu en juillet, Le Pen a voulu marquer son autorité en plaidant pour le retour au programme de 2022 : départ possible à 60 ans pour les actifs ayant commencé leur carrière avant 20 ans, et à 62 ans pour les autres, avec une durée de cotisation à 40 ou 42 annuités pour une retraite à taux plein ; pas de suppression de l’âge d’annulation de la décôte à 67 ans ou d’introduction une dose de retraite par capitalisation obligatoire…
Sauf que le RN est clivé sur la question des retraites, et tout un secteur pousse pour un rapprochement avec le programme du Medef. Le Pen aurait alors concédé (d’après Politico) la possibilité d’aménagements du programme de 2022, notamment sur la suppression de l’âge d’annulation de la décote ou la possibilité d’introduire la capitalisation.
Primaire des socialistes et de Place publique : calendrier et aide des médias
Les modalités de la primaire sont encore en cours de discussion, mais le premier tour devrait avoir lieu le week-end du 10-11 octobre et le second tour le week-end du 17-18 octobre. Des négociations sont en cours entre les petits chefs pour trouver les modalités qui permettent d’écarter les indésirables, comme Ségolène Royal. Un conseil national du PS se réunira le 25 août et devrait valider les modalités. Pour candidater à la primaire, il faudrait avoir un nombre de parrainages minimum de grands élus ou de dirigeants du PS, et payer 15 €...
Hollande et Cazeneuve ne devraient pas y participer : leur pari est de s’imposer comme un recours fin 2026 si la candidature issue de la primaire ne décolle pas. Cela ne les empêche pas de s’activer. Cazeneuve a écrit une longue lettre aux Français de 86 pages le 15 juillet axée sur la réduction du déficit public avec des propos louangeurs sur Édouard Philippe. Et dans un entretien à Marianne jeudi 30 juillet, il a déclaré (prière de ne pas rire) : « mon objectif, c’est de devenir président de la république ». Mais il est probable que Cazeneuve roulera au final pour Hollande contre le candidat issu de la primaire.
En tout état de cause, les médias des milliardaires et le « service public » semblent décider à vouloir donner un maximum de visibilité à cette primaire afin d’essayer d’affaiblir la candidature Mélenchon. Toutes les grandes chaînes ont déjà fait des propositions de débats à la télévision.
Baisse massive des remboursements de santé imposée par décrets
Au plein cœur de l’été, le gouvernement diminue massivement les prises en charges et les remboursements des soins de santé. Le gouvernement prévoit :
- 750 millions d’économies en doublant les plafonds des franchises médicales et la participation forfaitaire aux consultations
- 1,4 milliards d’économies en diminuant les remboursements par la Sécurité sociale sur les médicaments, les consultations chez le dentiste (de 60 % à 50%), les dispositifs médicaux (prothèses, implants…) et les transports sanitaires (de 55 % à 50%).
La baisse des remboursements va être compensée par les mutuelles, et donc in fine par les ménages puisque les tarifs des mutuelles vont flamber. Elles ont déjà augmenté entre 7 et 10 % en 2024, et de 5 à 7 % en 2025.
Il faut se rappeler que le PS avait voté pour le budget de la Sécu, et que les Écologistes s’étaient (majoritairement) abstenus, au motif qu’ils avaient « obtenu » le fait que les franchises ne seraient pas doublées ! Ils ont donc été roulés dans la farine (qui l’eût cru ?) et ont permis au gouvernement Lecornu de poursuivre ses méfaits. Le PS en tire-t-il la conclusion qu’il faut censurer désormais ce gouvernement ? Que nenni ! L’imposture du PS est totale.
Avec la complicité des « partenaires sociaux », le gouvernement s’attaque aux travailleurs victimes d’accidents du travail
Le gouvernement veut économiser 800 millions d’économies dès 2027 sur le dos des accidentés du travail (la branche AT – MP de la Sécu : accidents du travail et maladies professionnelles). Jusqu’à maintenant cette branche était en excédent, mais elle a enregistré un déficit de 200 millions en 2025, avec une prévision d’un déficit de 1 Md€ en 2026. Mais ce déficit a été créé par le gouvernement qui a déjà asséché les ressources de cette branche de la Sécu en basculant notamment des cotisations vers la branche vieillesse.
Pour cela, il a demandé aux « partenaires sociaux » de faire des propositions. Ceux-ci se sont exécutés, et ils se sont mis d’accord (à l’exception de la CGT) pour proposer une « évaluation » concernant un abaissement du plafond des indemnités journalières (IJ) à 1,8 SMIC (le plafond est aujourd’hui de 2,8 SMIC le premier mois et 3,7 après !), et pour envisager une fiscalisation des IJ.
Pour rappel, la France a enregistré en 2023 670.000 accidents du travail avec au moins un jour d’arrêt, et 818 morts sont à déplorer. Les interimaires et ceux qui travaillent dans les petites entreprises sont les plus exposés. Ce sont les travailleurs du secteur du transport et de l’entreposage qui sont le plus soumis aux risques.

Le gouvernement se cache derrière les « experts » pour justifier l’austérité budgétaire
En mai dernier, le gouvernement a missionné quatre « économistes indépendants » (dont l’ancien directeur de l’Insee, le sarkozyste Tavernier) pour « évaluer les perspectives d'évolution des finances publiques jusqu'en 2030 et établir des scénarios de rééquilibrage des comptes publics dès l'année prochaine ». La ficelle est bien connue : faire croire à la population qu’il n’y a qu’une seule politique possible, celle préconisée par des experts « neutres »… et qui correspond à celle voulue par le gouvernement.
Et ces « experts » n’ont pas déçu leur commanditaire. Dans leur rapport, ils expliquent qu’à politique inchangée, compte tenu du vieillissement de la population, le déficit public passerait de 5 % en 2026 à 5,9 % en 2027 et près de 7 % en 2030. Mais ces « sages » font les hypothèses suivantes : les taux d’intérêt sur la dette publique augmenteraient, les dépenses militaires augmenteraient (selon ce qui est prévu par la loi de programmation), et la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes sociétés disparaîtrait. Face à une situation « insoutenable », les « sages » préconisent alors un effort de 125 Md€ d’ici 2032 pour stabiliser le ratio dette / PIB et ramener le déficit public en dessous des 3 % du PIB. Sans surprise, les « sages » décrètent que les efforts devront porter avant tout sur la baisse des dépenses publiques, et non sur la hausse des recettes, car les prélèvements obligatoires seraient déjà « élevés » et qu’il y aurait « la prégnance de la concurrence fiscale » (façon de dire qu’on ne peut pas faire contribuer davantage les riches et le capital).
Il y a une alternative progressiste à ce que préconisent ces larbins du pouvoir :
- Il n’y a aucune loi naturelle sur la hausse des taux d’intérêts sur la dette publique. Il est parfaitement possible de sortir du financement de la dette publique par les marchés financiers et d’en contrôler son coût. Il faut pour cela rompre avec l’Union européenne et reprendre le contrôle de la politique monétaire.
- Il n’y a aucune raison d’accepter la hausse exorbitante des dépenses militaires qui répondent aux exigences de l’impérialisme français, mais pas aux intérêts de la population
- Il est parfaitement possible de réduire le déficit public sans réduire les dépenses sociales et pour les services publics. Il n’y a aucune raison de s’incliner derrière les lois de la « concurrence fiscale ». Il faut pour cela s’attaquer aux intérêts du capital.
Mais il faut être clair : s’opposer à l’austérité budgétaire, c’est s’opposer à la rationalité capitaliste, et donc engager une rupture avec l’ordre capitaliste.








