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Newroz à Diyarbakir

Cordialement invité par nos ami-e-s kurdes au Newroz de Diyarbakir (Amed en kurde) la délégation française dont je faisais parti est arrivée le 20 mars (le Newroz étant le 21 Mars). J'ai passé deux jours dans cette grande ville du Kurdistan, capitale officieuse des kurdes de Turquie. Avec la délégation, nous avions un programme chargé mais très riche.

Au siège du HDP de Amed (diyarbakir), la délégation française a d'abord rencontré les co-représentant-e-s locaux du HDP sur Amed ainsi qu'une député du HDP pour le district de Diyarbakir. Dans la plus pure tradition du HDP, les postes à pouvoir fonctionnent toujours par paires, un représentant homme et femme, c'est le système dit de co-présidence.

Ils et elles nous ont rapporté que plus de 800 civiles ont été massacré-e-s par l'armée turque dans des affrontements avec les YPS, les milices urbaines de défenses des quartiers autogérées. Dans ce contexte, environ dix mille opposant-e-s, majoritairement kurdes, ont été jeté-e-s dans les geôles du régime ces derniers mois. La torture y est monnaie courante. Les co-représentant-e-s du HDP de la ville ont eux et elles mêmes fait de la prison. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées rien que pour le quartier de Sur de Diyarbakir cela représenterait environ 35 000 personnes. Bien que les combats aient cessé dans la ville, ils nous ont dit que c'est la première fois qu'ils ont l'impression d'une guerre entre deux pays.

Par la suite nous sommes rentré-e-s dans le quartier de Sur. La délégation a eu l'impression de se déplacer dans une ville sous occupation. Une partie d'entre nous est passée en petit groupe sans encombre mais l'autre partie a préféré passer à une petite dizaine. Ces dernier-e-s ont eu le droit à des contrôles très strictes : photographie des passeports, prise vidéo et fouilles approfondie. Une fois rentrée-e-s dans la zone accessible de Sur, l'autre zone n'étant accessible qu'aux forces spéciales turques, des contrôles étaient effectués tous les 100 mètres.

Nous avons ensuite rencontré la maire de remplacement du quartier de Sur, car la représentante officielle est actuellement en prison. Celle-ci nous a expliqué à son tours la situation difficiles des gens qui se retrouvent réfugié-e-s dans leur propre ville à cause des combats. La ville accueille également des réfugi-é-s venant de l'extérieur. Leurs rêve, c'est un retour à la paix sur la base des négociations enclenchées entre le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et l'AKP (Parti islamique au pouvoir en Turquie) en 2013. Nos interlocuteurs et interlocutrices nous ont spécifié que nous étions sur écoute pendant tout l'entretien.

Photo des représentantes de la mairie de Sur et de notre interprète, la maire de remplacement est à droite.

Nous avons ensuite traversé le quartier de Sur, et nous nous sommes rapproché-e-s de la partie du quartier où les combats ont été plus violent. Au fur et à mesure que nous nous enfoncions dans la vieille ville, les traces des combats se faisaient sentir. Après avoir traversée en courant dans une rue où un bâtiment venait de prendre feu, nous sommes arrivée à la frontière de la partie interdite du quartier de Sur. Un poste de garde tous les 10 mètres, un flic tous les 2 mètres. Des bâches cachaient les entrées du quartier ravagé par la guerre. Nos guides nous ont fortement conseillé de rester groupé-e-s. Au bout de quelques mètres à marcher dans cette endroit sous haute tension, des flics nous avaient déjà pris en filature. Nous avons pris la décision de vite sortir de ce guet-apens.

Les canalisations détruites par des bombardements continuent de fuir à même le sol de la ville, formant un petit ruisseau dans les ruelles.

Les canalisant détruites par des bombardement continue de fuir à même le sol de la ville, formant un petit ruisseau dans les ruelles.

Sur, Mars 2016

Nous nous sommes rendus dans la maison de la culture du quartier de Sur. Nous avons rencontré des étudiantes participant au mouvement autour de la pétition lancée par des universitaires contre la politique d'Erdogan (président de Turquie) et de l'AKP. Celles-ci nous ont expliqué que plusieurs universitaires avaient été emprisonné-e-s et des centaines d'autres ont été licencié-e-s.

Broderie à la maison de la culture.

Les étudiantes en soutiens au universitaires

Après notre groupe s'est divisé en deux. Certain-e-s sont partis rencontrer l'équivalent de la Ligue des droits de l'homme de Amed. Pour ma part je suis parti avec le groupe qui est été aller rencontrer l'association d'aide au Rojava (Kurdistan syrien) ou « Rojava aid and solidarity association ». Quelle fut m'a surprise quand j'ai revu la co-présidente de l'association que j'avais justement rencontrée au Rojava. Ces retrouvailles m'ont ému.

A cause de l'embargo, l'association se concentre surtout sur les réfugié-e-s venu-e-s du Rojava car l'aide humanitaire est bloquée par les autorités turcs. Cette association a aidé plus de 200 000 réfugié-e-s en Turquie, notamment en les relogeant. Elle n'a reçu aucune aide d'aucun gouvernement. Le plus scandaleux c'est que le gouvernement turc a reçu des milliards pour « aider » les réfugié-ees mais en réalité ce sont les mairies kurdes du HDP de Turquie et des associations comme celle-ci qui fournissent le plus gros de l'aide aux réfugié-e-s. Le HDP non plus n'a reçu aucune aides. L'association a mené une politique basée sur la solidarité pour reloger les réfugié-e-s, logeant les familles chez d'autres familles dans un esprit d'entraide et pour créer des liens par delà les frontières malgré le manque de moyens.

Les co-présidents de l'association

Conclusion de cette première journée : Nous avons rencontré des gens combatif-ves malgré la terreur d’État. Des personnes d'une grande détermination et avec une grande volonté de changer le monde, et pas simplement pour les Kurdes mais pour tout le moyen-orient offrant une lueur d'espoir dans cette région aux multiples conflits violents. Je voudrais saluer le fait que nous avons rencontré de nombreuses femmes courageuses, déterminées et porteuses d'un projet d'émancipation pour toutes les femmes. Je finirai par dire que ce voyage fut une véritable bouffée d'air pour le révolutionnaire que je suis. Le fait de voir toute une société en lutte face à l’État et ses sbires m'a redonné le moral. 

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