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Adıyaman: La frontière est une passoire, Daesh recrute en plein jour
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://kedistan.fr/2015/08/10/adiyaman-la-frontiere-est-une-passoire-daesh-recrute-en-pleinjour/
Une commission d’enquête de CHP (Parti démocrate kémaliste) s’est rendue récemment faire des observations à Adıyaman, ville du sud-Est de Turquie, qui a la réputation d’être un lieu d’organisation et de recrutement pour Daesh.
La commission vient de rendre public son rapport d’observation.
Points de communication de Daesh
Certains cafés sont devenus des points de communication et de recrutement pour Daesh. L’organisation utilise également certaines mosquées de la ville pour enrôler des jeunes. Particulièrement à la mosquée de Maraşlılar et Fatih, des personnes extérieures au personnel organisent des rencontres et débats et font des appels au djihad. Les imams employés de ces mosquées ferment les yeux sur ces activités. Une famille qui s’est plaint de la situation affirme a avoir essuyé un fin de non recevoir « Ne vous mêlez pas à ça, ils sont venus de l’extérieur, c’est l’Etat qui les a envoyés. Ils partiront bientôt ».
Les enfants font pression sur leurs parents
La commission rapporte que des jeunes et enfants font pression sur leurs mères pour qu’elles portent le burqa, et disent à leur père qu’il ne faut pas faire la prière derrière l’imam de l’Etat et les appellent à se ressaisir : « Votre chemin n’est pas le chemin d’Allah, revenez sur le droit chemin. »
Passage de la frontière : 20 livres turques
Un autre point important concerne les allers et retours des jeunes qui passent en Syrie. En effet, il reviennent un moment à Adıyaman et retournent de nouveau en Syrie. Malgré leurs aller-retours réguliers, aucune enquête n’a été faite à ce jour par les forces de sécurité. Certains enfants ont affirmé à leur famille qu’ils payent un bakchich de 20 livres turques (6,5 €) pour passer la frontière. Les témoins racontent que des ambulances transfèrent des blessés de Daesh depuis la Syrie, ne retournent pas à vide et transportent les jeunes, au retour.
Les forces de sécurité ne donnent pas suite aux dénonciations
Les familles des jeunes qui ont quitté la maison et qui font des aller-retours en Syrie ont à plusieurs reprises prévenu les forces de la Sécurité.
La famille d’Orhan Gönder, principal suspect de l’attentat à la bombe de Diyarbakır, avait également dénoncé leur fils 6 mois avant qu’il quitte la maison, 1 an avant l’attentat. Les familles affirment que les forces de la Sécurité répondent « s’ils n’ont pas commis de délits nous ne pouvons riens faire. »
Les alévis font la garde de crainte de Daesh
Le deuxième volet du rapport concerne les entretiens qui se sont tenus avec des organisations de société civile, les leaders Alévis, les directeurs de “cemevi” (maisons de culte des alévis). Ces personnes affirment que les recrutements sont fait dans la ville au vue de tous, et que malgré cela aucune précaution n’est prise et que rien n’est fait pour faire cesser cela. Les directeurs de cemevi, soulignent que dans leurs lieux de culte la fréquentation a diminué par crainte, et que les habitants n’osent plus participer aux cérémonies de mariages. Ils affirment que dans certains villages, les habitants montent la garde de nuit.
Aucun membre de Daesh n’a été arrêté
Ali Ulvi Yılmaz, le Procureur de République d’Adıyaman a déclaré lors de sa rencontre avec la commission, qu’actuellement aucun membre de Daesh n’a été encore arrêté. Un ordre d’arrêt a seulement été formulé pour 15 personnes, et 40 sont sous simple contrôle judiciaire. Une enquête est en cours, en phase de recherche de preuves. Il a ajouté que Orhan Gönder le kamikaze de Diyarbakır est considéré par les services d’Adıyaman comme “disparu”.
La liberté de circulation
La commission a également rencontré le sous-Directeur des forces de sécurité d’Adıyaman. Le sous-Directeur a répondu à la question « Y-a-t-il un suivi ciblant ces personnes reconnues comme revenant de la guerre, de Syrie ? » :
« Nous ne sommes pas habilités à faire ce genre d’interventions car il existe une liberté de circulation. »
Le rapport ne fait que de confirmer les témoignages des habitants, des journalistes et les articles qui paraissent dans les journaux turcs depuis quelques mois. En juillet, les responsables de l’Associations des Droits de l’Homme tiraient déjà la sonnette d’alarme en faisant les mêmes constats. Ils pointaient également le chômage croissant, la misère financière des familles facilitant la tâche de Daesh qui choisissait plutôt les jeunes dans des conditions difficiles et sans vrais projets d’avenir.
Dans le climat de répression et de violence contre des populations civiles, sous le prétexte d’anti terrorisme, on peut constater que la “liberté de circulation” et les autres “libertés” en général, sont dans l’optique de la police, à géométrie très variable. La corruption s’ajoutant à la misère sociale, Daesh a de beaux jours devant lui.
Il n’y a donc pas que le pétrole et les armes qui franchissent les frontières et nourrissent corruption et trafics, et remplissent parfois des “boîtes à chaussures” jusqu’au plus haut de l’état.
On voit que Daesh recrute sur le sol même de la Turquie au grand jour.




