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Portugal : feu vert pour un gouvernement de gauche
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le parti communiste portugais a accepté l'idée d'une alliance avec le PS. Mardi, le gouvernement minoritaire de droite devrait tomber pour laisser place à une coalition du PS et de la gauche radicale.
Les jours du gouvernement du premier ministre portugais sortant Pedro Passos Coelho sont désormais comptés. Après le Bloc de Gauche mardi 3 novembre, c'est le Parti communiste portugais (PCP) qui a accepté de s'allier avec le Parti socialiste (PS) pour former un gouvernement de gauche. Le PCP a envoyé au PS un document intitulé « Position commune pour un gouvernement commun PS-PC. » Le contenu de ce projet n'est pas connu dans le détail, mais les Communistes affirme que ce texte « vise à la formation d'un gouvernement du PS, à la présentation de son programme, à son entrée en fonction et à l'adoption d'une politique qui assurera une solution durable. »
Le BE avait déjà dit « oui »
Le PCP est la principale formation de la Coalition démocratique unitaire (CDU) qui a obtenu 8,3 % des voix et 17 députés. L'autre formation de cette coalition, les Verts, avait déjà donné son accord à un gouvernement de gauche. Parallèlement, depuis mardi, le PS avait conclu avec succès ses négociations avec le Bloc de Gauche (BE) qui, lors des élections du 4 octobre, avait obtenu 10,2 % des voix et 19 sièges. Cet accord, plus formel, prévoyait, selon Catarina Martins, la porte-parole du BE, d'assurer « des réponses de gauche pour l'emploi, les salaires et les retraites. » « L'accord programmatique est prêt, je vais le présenter au PS », a indiqué Antonio Costa, leader du PS et, sans doute, futur premier ministre portugais.
Le président avait nommé un gouvernement minoritaire
La manœuvre du président de la république Anibal Cavaco Silva, est donc sur le point d'échouer. Voici deux semaines, il avait refusé d'entendre le leader du PS, Antonio Costa, qui, avec les dirigeants du PCP et du BE, lui avait assuré que la gauche était en mesure de constituer un gouvernement stable. Affirmant qu'il ne voulait pas nommer un gouvernement dépendant de forces « eurosceptiques », il avait nommé Pedro Passos Coelho à la tête du gouvernement. Ce gouvernement ne pouvait compter que sur une minorité de députés. Les deux partis de droite qui le soutiennent, son PSD et le CDS-PP, avaient obtenu 38,3 % des suffrages et 107 des 230 sièges de l'Assemblée de la République, le parlement portugais.
Le calcul du président
Mais la constitution portugaise permet le maintien de gouvernements minoritaires, car un gouvernement nommé par le président de la République ne peut être renversé que par une majorité absolue de députés. S'il n'existe pas de vraie coalition alternative, le gouvernement minoritaire peut donc tenir. Anibal Cavaco Silva a espéré que la droite du PS refuserait de mettre en danger « l'engagement européen » du pays en renversant le gouvernement Passos Coelho pour s'appuyer sur une coalition avec la gauche radicale. Mais il a sous-estimé le rejet de la politique d'austérité menée depuis 2011 par la droite portugaise. Jeudi 5 novembre, le premier ministre a sorti sa dernière carte en présentant un programme faisant place à plusieurs points du programme socialiste.
Le jeu stratégique d'Antonio Costa et du PS
Rien cependant n'y a fait. Le rejet de la politique d'austérité menée depuis 2011 par la droite portugaise a rendu la neutralité du PS impossible. Antonio Costa a poursuivi ses discussions avec la gauche radicale. Il a imposé à ses futurs alliés le respect du cadre budgétaire européen, pouvant ainsi rassurer les modérés de son propre camp. Et pour imposer ses conditions, il a menacé de ne pas voter contre le gouvernement mardi lors du vote de confiance faute d'accord avec le BE et le PCP. Ce dernier argument a sans doute été décisif pour les Communistes qui, ces derniers jours, faisaient traîner les discussions. Avec cette alliance, le PCP, traditionnellement opposé à l'euro et sur une ligne assez dure, opère un changement notable de stratégie.
Le gouvernement renversé mardi ?
Certes, il convient encore d'attendre le feu vert du PS aux propositions du PCP pour être assuré de la constitution d'une alliance de gauche au Portugal. Si le PS accepte cette alliance, le gouvernement de Pedro Passos Coelho ne devrait donc pas passer le vote de confiance. L'alliance de gauche dispose de 121 sièges sur 230. Renversé, le premier ministre devra démissionner et Anibal Cavaco Silva n'aura pas d'autres choix que de demander à Antonio Costa de former un gouvernement qui, lui, devrait disposer d'une majorité au Portugal.
Première épreuve : le budget
Cette alternance qui devrait surprendre la plupart des observateurs qui, le 4 octobre, avaient hâtivement conclu à la « victoire » de la droite, devra cependant être construite dans la durée. Il faudra aussi rapidement faire face à la Commission européenne. Bruxelles n'a pas reçu le budget portugais 2016 dans les temps prévus par le semestre européen. Une remontrance a été envoyée à Lisbonne et le nouveau gouvernement devra faire vite pour monter un budget différent de celui de Pedro Passos Coelho. Ce sera un premier défi, car Bruxelles réclame 600 millions d'euros d'économies et Bruxelles, soucieuse de montrer qu'elle n'est pas « laxiste » à un Wolfgang Schäuble qui voudrait bien lui ôter la surveillance budgétaire dans la future architecture de la zone euro, n'est pas prompte à faire des concessions ces temps-ci.




