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Gilets jaunes. Le retour du spectre de la révolution

Gilets-jaunes

Lien publiée le 16 décembre 2018

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.revolutionpermanente.fr/Gilets-jaunes-Le-retour-du-spectre-de-la-revolution

Le ton, ces derniers jours, est à la surenchère dramatique dans le champ politique bourgeois. Certains en appellent à « sauver la République ». D’autres parlent de « guerre civile ».

Partout, des cris d’orfraies – on irait droit vers le chaos – à peine atténuées après le recul partiel et la stratégie d’enfumage déployée par Emmanuel Macron lors de son discours du lundi 10 décembre, ainsi qu’en raison de l’instrumentalisation de l’attentat de Strasbourg contre l’Acte V des Gilets jaunes.

Mais si ceux d’en haut tremblent, en bas, nombreux sont celles et ceux qui ont repris confiance en leurs propres forces et qui ne cachent plus leur envie de renverser la table. C’est d’ailleurs ce que souligne Etienne Girarad dans Marianne : « Les références de nombre de ces contestataires ont de quoi faire trembler les élus. Ils se vivent clairement comme un nouveau Tiers-Etat. Ghislain Coutard, le porte-parole du mouvement à Narbonne et inventeur du symbole du gilet jaune, explique ainsi "faire la révolution". Même chose pour ses camarades de Haute-Loire qui assuraient au Progrès, en novembre, vouloir "faire une révolution, comme en 1789, mais sans violence". Samedi 1er décembre, la préfecture du Puy-en-Velay, chef-lieu du département, a été incendiée. Une des réponses les plus appréciées au sondage d’Eric Drouet, ce mardi, pointe elle les "privilèges" des parlementaires. Comme la noblesse en 1789. Partout en France, ces deux derniers week-ends, de nombreux manifestants portaient d’ailleurs un bonnet phrygien, symbole de la Révolution française ».

On ressent cette même volonté de tout changer avec l’entrée en mouvement des lycéens. Comme le remarque avec inquiétude Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN) de l’UNSA, « la mobilisation est inédite. Nous ne sommes pas face à un mouvement lycéen traditionnel mais face à des lycéens qui s’agrègent à un mouvement de colère générale, une volonté de semer le bazar et d’en découdre avec la police. Les appels qui circulent sur les réseaux sociaux [“La guerre est déclarée”, “Amenez de l’essence”] ont une tonalité qu’on n’avait jamais vue ». Aux mots d’ordre contre la réforme du lycée et de la plate-forme d’orientation Parcoursup avancés la semaine passée s’ajoute la colère face au mépris et à la répression dont la jeunesse fait aujourd’hui l’objet. C’est également ce que soulignait, dès la première semaine de décembre, une enseignante marseillaise, interviewée dans Le Monde : « nos élèves sentent et disent une proximité avec les "gilets jaunes". Ces blocages signifient aussi une volonté d’affirmation et d’expression de leur identité. (…) L’analogie est frappante : spontanéité, détermination, ampleur de la mobilisation et, bon gré mal gré, élaboration de revendications ».

Si l’on ajoute les éléments les plus semi-insurrectionnels des manifestations parisiennes des samedi 24 novembre et Premier décembre – que l’on a pu observer à travers la perte partielle du contrôle de la situation de la part des forces de répression, certains secteurs de la capitale étant littéralement tombés « entre les mains » des Gilets jaunes, ou encore à travers l’attaque de symboles forts du pouvoir à l’instar de l’Arc de Triomphe –, mais aussi ce qui a pu se passer lors de l’Acte IV dans un certain nombre de villes de région, comme Bordeaux, tout ceci montre bien que nous n’assistons pas à un mouvement social classique mais bien à une agitation sociale en cours qui a un comme un goût de révolution.

Alain Bertho, spécialiste des émeutes urbaines et enseignant à Paris VIII, analyse ce changement d’échelle entre le mouvement actuel et d’autres, au cours de la dernière décennie : « on est dans la continuité, mais c’est une nouvelle phase. Ce qui caractérisait les émeutes récentes, que ce soit en France en 2005, en Grèce en 2008, à Londres en 2011 ou à Baltimore en 2014, et à l’exception des Printemps arabes, c’est que les participants ne pensaient pas pouvoir obtenir satisfaction, voire étaient certains de perdre. Il y a quelques années, à Thiaroye, au Sénégal, j’ai vu des jeunes prendre des risques extrêmes contre des forces spéciales contre lesquelles ils n’avaient aucune chance. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les affrontements que l’on a vus sont issus d’une mobilisation qui pense pouvoir obtenir satisfaction et voit le pouvoir hésiter. Ils s’inscrivent dans une stratégie. Cela me paraît donc tout à fait nouveau. Il y a eu une erreur de diagnostic de départ. Il ne s’agit pas d’un simple "mouvement social", une expression qui s’intègre dans une vision très construite, héritée du siècle dernier, où la convergence des revendications permet de construire une montée en généralité, puis un programme et éventuellement de remporter des élections. Ici, les manifestants n’ont que faire d’avoir un programme électoral et jugent que des élections seraient une forme dilatoire de réponse. Ce n’est donc pas un mouvement social, mais un mouvement directement politique ».

On retiendra également du mouvement actuel une tendance des masses à prendre elles-mêmes les choses en main, à s’organiser par elles-mêmes, à refuser tout type de négociations – ces mêmes négociations émaillées de coups tordus auxquelles nous avaient habitués les bureaucraties syndicales –, à ne pas hésiter à aller à l’affrontement. Voilà tout ce qui dérange les classes dominantes. Voilà ce qu’il faut comprendre lorsqu’elles se plaignent du caractère « protéiforme » du mouvement, du fait qu’il n’y ait pas leaders reconnus pour négocier, « d’interlocuteurs identifiables » capables de contenir les manifestations et de les encadrer, etc.

La surprise stratégique des Gilets jaunes : la bourgeoisie avait enterré la possibilité de la révolution

Que dans l’une des principales puissances impérialistes telle que la France le spectre de la révolution soit de retour change considérablement les coordonnées de la situation mondiale. Cette dernière était jusqu’à présent avant tout marquée, après le saut qualitatif qu’a représenté la crise de 2008-2009, par un accroissement des tensions géopolitiques et des rivalités interimpérialistes, par la montée en force des populismes de droite ou des bonapartismes réactionnaires et anti-ouvriers. Le mouvement actuel introduit dans l’équation générale l’hypothèse de l’irruption violente de ceux d’en bas, un élément que la bourgeoisie avait comme remisé dans les poubelles de l’histoire. Obnubilée comme elle l’était par son triomphalisme à la suite de la chute du Mur de Berlin, de la pénétration capitaliste en Chine, de la généralisation et de la consolidation de l’offensive néo-libérale et de la mondialisation du capital qui l’a accompagnée, la bourgeoisie avait définitivement écarté le conflit de classe et, par là-même, la possibilité de la révolution, de son propre horizon. Alors, certes, ses représentants les plus cyniques mais également les plus lucides à l’instar de Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches du monde, n’hésitaient pas à dire, il y a de cela encore quelques années, que la lutte de classe continue à exister, mais que c’était la leur qui avait gagné. Mais l’éruption rude, soudaine et violente du conflit de classe à laquelle on assiste ces dernières semaines un peu partout en France et sur l’île de La Réunion surprend considérablement différents secteurs d’une bourgeoisie caractérisée par son (auto-)aveuglement historique. C’est ce dont témoigne l’un de ses intellectuels organiques, habitué des pages des Echos, du Financial Times ou Die Welt, Dominique Moïsi : « me promenant le 1er décembre dans les rues de "mon quartier", entre la place de la Madeleine et la place Saint-Augustin, je pensais au livre de Victor Hugo Choses vues, et tout particulièrement à ces pages où il décrivait les mouvements révolutionnaires des années 1830. Il y soulignait l’étendue incroyablement restreinte du champ du tragique". Telle rue était bloquée par des barricades encore fumantes, pendant que telle autre, à quelques dizaines de mètres à peine, était parfaitement paisible. J’avais moi aussi l’impression d’être le témoin d’une histoire confuse et largement incompréhensible. Ne pas avoir saisi l’étendue de la colère et du désespoir aux Etats-Unis était une chose. Mais dans mon propre pays ? Comment étais-je passé à côté de cette lente et irrésistible montée du désespoir ? J’essayais d’expliquer à mon ami britannique la profondeur de la confusion intellectuelle et émotionnelle qui était la mienne ».

Dans un premier temps, l’impréparation de l’Etat bourgeois face à la situation pré-révolutionnaire

S’il y a bien un domaine vis-à-vis duquel l’avantage stratégique des Gilets jaunes, que nous avons souligné, a pu se manifester, en tous cas jusqu’à l’Acte IV et la reprise en main partielle de la situation par l’Etat bourgeois, c’est sur le terrain du maintien de l’ordre. Trop d’années de néolibéralisme et de domestication du conflit social ont fait baisser la garde aux forces de répression, ce qui a pu s’apercevoir au cours des premières semaines de mobilisation, notamment jusqu’au 8 décembre. Routine et train-train répressifs n’ont pas préparé les forces de l’ordre à une violence d’un nouveau type, extrêmement déterminée, comme le souligne l’historienne spécialiste de la révolution française, Sophie Wahnich« Domine le sentiment, dit-elle, que la violence produite dans les mobilisations est une violence retournée. Il y a là quelque chose de révolutionnaire, dans cette manière de retourner la violence subie. Pour que la violence puisse paraître acceptable, voire légitime, aux yeux de beaucoup, il faut qu’il y ait eu beaucoup de retenue avant. Ce qui se passe ressemble à la prise des Tuileries, qui ne se situe pas au début de la Révolution française, mais arrive après des tentatives calmes de réclamations en faveur de la justice, après que cela n’a pas marché. Cela crée une forme de violence qui rend quelque peu hagard, parce qu’on sent que c’est inévitable. Cela fait vingt ans qu’on répète que cela ne peut que "péter", donc quand ça pète, on ne peut trouver ça complètement illogique ou illégitime ».

Sur un autre terrain, depuis l’assassinat de Malik Oussékine par la police, en 1986, la stratégie de dissuasion du conflit social en zone urbaine n’a pas changé, mais la tactique qui avait été adoptée s’est heurtée à ses propres limites comme on a pu le voir lors des scènes d’émeute qui ont caractérisé les manifestations à Paris et en région le Premier décembre. Après d’intenses discussions en interne, la police est revenue, le 8 décembre, à une « conception de manœuvre » qui a permis de redonner du moral aux forces de répression qui avaient été humiliées la semaine d’avant. Comme le souligne dans les colonnes de L’Opinion le spécialiste en questions de sécurité Jean-Dominique Merchet« les tactiques mises en œuvre samedi [8 décembre] consistaient à privilégier la mobilité – les CRS auraient parcouru une quinzaine de kilomètres dans la capitale – et à utiliser des "unités mixtes", mêlant personnels en uniforme et en civil, ces derniers issus des BAC et des BRI pouvant intervenir en police judiciaire avec l’accord préalable du Parquet. Ce schéma n’a pas été inventé la semaine dernière. Il date en réalité de plus de trente ans. Il s’agissait alors d’un "retour d’expérience" (Retex) du maintien de l’ordre qui avait abouti en 1986 à la mort de Malik Oussekine. Ces travaux avaient été conduits par le préfet de police Philippe Massoni et des experts de la sécurité comme Jean-Marc Berlioz et Alain Bauer ». Mais dans les cercles proches de la Place Beauvau, beaucoup craignent que la police et la gendarmerie ne soient en mesure d’affronter des événements d’une telle ampleur, toutes les semaines, compte-tenu du fait que ce sont 96% des unités mobiles (CRS et gendarmes) qui ont été déployées lors d’une journée comme celle du samedi 8 décembre.

En plus de ces problèmes de tactique, la focalisation des services de sécurité sur les banlieues et, dans un second temps, sur les questions de terrorisme, a dévié l’attention des services de l’Etat de la question sociale, qui pourrait devenir le principal foyer de contestation de l’Etat bourgeois. Pire, l’appareil répressif a été traité de la même manière, avec la même logique comptable, que d’autres services de l’Etat à l’ère du néolibéralisme, à savoir comme une dépense superflue ou excessive dans laquelle on pouvait tailler, sans se préoccuper le moins du monde de questions de contestation sociale. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy lui-même a dissout plusieurs compagnies de CRS. Mais, comme l’a souligné un spécialiste en sécurité après les « débordements » du Premier décembre, les forces de l’ordre sont comme les extincteurs : en temps normal elles ne servent à rien, mais elles sont essentielles lorsqu’il y a un incendie. Mais quand Paris et la région ont commencé à prendre feu, les forces de l’ordre ont été débordées et ont montré une grande vulnérabilité.

C’est cette image que l’appareil monstrueux et massif de maintien de l’ordre a essayé d’effacer des mémoires le 8 décembre, avec des succès tactiques relatifs dans le maintien de l’ordre, mais avec une perte importante de la légitimité de la répression. Derrière l’imposition d’une image de la force, c’est la faiblesse qui transparaît en dernière instance. C’est ce que remarque avec justesse le criminologue Sebastian Roché au sujet de l’avant-dernière journée de mobilisation : « oui, un arbitrage convenable mais perfectible entre protection des institutions et droits des manifestants a été trouvé. Pourtant, loin de manifester sa force, ce dispositif hors norme signale la faiblesse de l’Etat. La répétition des heurts avec la police, certaines images d’actions comme la centaine d’élèves à Mantes-la-Jolie à genoux ou l’usage inutile des Flash-Ball illustrent le fait que l’obéissance résulte de la force et non la légitimité. L’ordre policier dans les rues ne vaut pas légitimité du pouvoir. S’il ne doit s’appuyer que sur lui, le gouvernement est menacé : le dispositif policier est à son point de rupture. Surtout, sa fonction n’est pas de se substituer à la légitimité politique ».

En effet, si la bourgeoisie doit s’appuyer de plus en plus sur une stratégie répressive afin de maintenir l’ordre, les risques politiques augmentent. Comme le dit l’historien Gérard Noiriel« nous vivons dans une société bien plus pacifiée qu’autrefois. Notre "seuil de tolérance" à l’égard de la violence a beaucoup reculé. Les images diffusées en boucle depuis samedi donnent le sentiment d’un spectacle très violent. En réalité, il y a eu bien pire dans l’histoire des mouvements sociaux ! Par exemple, à Fourmies, dans le nord de la France, la manifestation ouvrière du 1er mai 1891 a été réprimée dans le sang par la troupe. Bilan : 9 morts. Plus près de nous, les grandes grèves de 1947-1948, présentées comme "insurrectionnelles", ont fait des dizaines de morts parmi les ouvriers. Aujourd’hui, la pacification des rapports sociaux conduit à une rationalisation de l’usage de la force, les policiers sont obligés de maintenir une retenue, ce qui encourage les casseurs. Le pire, pour le pouvoir, serait qu’il y ait une victime côté Gilets jaunes imputable aux forces de l’ordre. Dans le passé, ces mouvements se terminaient toujours dans le sang. Même Georges Clemenceau, référence de Macron, a été haï par le peuple quand il a violemment réprimé la révolte viticole en 1907. Cette façon de liquider une lutte sociale n’est plus possible ». C’est-à-dire que dans le cas d’une « bavure » de la part des forces de répression, il y a le risque, tôt ou tard, de radicaliser la résistance plus que de la circonscrire. Comme l’affirme le criminologue Alain Bauer« la réponse sécuritaire n’est jamais qu’un pis-aller. Elle permet de contenir les révoltes, de rouvrir le dialogue, d’établir la concertation. Mais elle n’a jamais empêché une Révolution ».

La portée historique des Gilets jaunes : vers une nouvelle actualité de la révolution ?

Au-delà de ses résultats immédiats, le soulèvement révolutionnaire des Gilets jaunes a d’ores et déjà une portée historique : le spectre de la révolution, absent dans les pays impérialistes, depuis les années 1970, fait son grand retour. C’est une forte contre-tendance, voire même une fin abrupte du cycle, initié par la chute du Mur de Berlin, qui a marqué la victoire idéologique de la bourgeoisie, lorsque la révolution n’était ni possible, ni désirable à la suite de la catastrophe du « socialisme réellement existant » et des dégâts occasionnés contre l’organisation et la conscience de la classe ouvrière par le totalitarisme stalinien, doublement exploités par la bourgeoisie pour affirmer que le capitalisme et le régime démocratique bourgeois étaient un horizon politique et social indépassables.

Toutes les « nouvelles » hypothèses stratégiques formulées au cours de cet interrègne historique qui niaient ou sous-évaluaient les caractéristiques de l’époque impérialiste, à savoir une époque de crises, de guerres et de révolutions, sont aujourd’hui ouvertement remises en cause, et cela vaut tout autant pour le néo-réformisme [1] que pour les « partis anticapitalistes larges sans délimitation stratégique ni programmatique » en passant par la nouvelle stratégie à la mode, à savoir le « populisme de gauche », complètement déconnecté, pour sa part, des événements [2]. Ceci ne veut pas dire que le populisme de gauche de même que le souverainiste de droite lepéniste ne soient pas en train de tenter capitaliser ce mouvement, ce qui résulterait d’une déviation ou d’un épuisement du processus en cours.

Le rôle ouvertement traitre des directions syndicales en défense de l’ordre bourgeois est le principal obstacle qui empêche l’entrée dans la bataille du mouvement ouvrier des grandes usines et des entreprises et des services stratégiques. C’est ce qui permettrait une généralisation de la grève et la concrétisation de la grève générale, la seule façon pour transformer les tendances subversives en cours en une arme puissante à même de faire plier Macron et le pouvoir. Cependant, le prix que les bureaucraties syndicales, et tout particulièrement la CGT, devront payer pour leur attitude divisionniste criminelle et pour la légitimation, en dernière instance, de la répression contre les Gilets jaunes pourrait s’avérer très élevé. C’est ce que montre l’accumulation de signes de rejet de Philippe Martinez, secrétaire général de la centrale de Montreuil. L’affaiblissement, sur la gauche, de ces médiations réformistes est à mettre au compte du mouvement actuel, de même que ses méthodes radicales, qui seront un point de départ pour le mouvement de masses dans ses nouvelles batailles et que le pouvoir affaibli d’un Macron aura à affronter dans le futur.

Depuis les événements révolutionnaires qui secouent l’Hexagone et La Réunion, il n’y a plus de fondement au pessimisme historique de l’extrême gauche. Evidemment, le mouvement n’est pas exempt de contradictions et l’avenir de la vague de luttes en cours est loin d’être écrit. La faiblesse stratégique du mouvement des Gilets jaunes lui impose de compenser par des actions spectaculaires qui ne lui permettent pas de penser une stratégie à long terme. D’où l’urgence de la nécessité de développer les tendances à l’auto-organisation dans ce mouvement. Mais à l’inverse des leçons que tirent certains professeurs rouges du mouvement actuel, tout en maintenant leur extériorité vis-à-vis de lui – car il n’obéit pas assez aux « formes classiques de la lutte de classes » – nous affirmons que son évolution dans un sens progressiste ou en direction d’une victoire éventuelle ne sera pas le fruit d’une analyse ou de la spéculation, mais le résultat d’une tâche stratégique. Mais ce défi ne sera pas relevé de la même façon selon que l’on insiste davantage sur les « limites » ou, à l’inverse, sur la « portée » du mouvement. Après tout, comme l’écrivait Gramsci, « en réalité, "scientifiquement", on ne peut que prévoir la lutte ».

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] Comme le souligne le journaliste catalan correspondant de La Vanguardia à Paris Rafael Poch, « après la digne révolte grecque, trahie dramatiquement par Syriza, et l’épuisement du mouvement des Indignés en Espagne, c’est la première fois que le facteur social joue un rôle dans l’UE, d’une forme claire et simple — avec une composition de classe évidente — depuis la crise de 2008. Le verre a débordé. Il faut voir quelles conséquences cela peut avoir dans d’autres pays, par rapport à ce que nous appelions en 2011 l’effet 1848 ».

[2] Comme le dit une tribune publiée dans The New York Times, ce qui distingue la révolte française, c’est qu’elle n’a pas suivi le script habituel des mouvements populistes : « Elle n’est pas liée à un parti politique et encore moins à un parti de droite. Elle ne se focalise pas sur la race ou l’immigration, et ces questions n’apparaissent pas dans la liste de revendications des Gilets jaunes ».