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Répression : Réveillon au TGI des Batignolles
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Compte-rendu d’audiences, lundi 24 décembre 2018, au nouveau tribunal de Paris.
Porte de Clichy, le nouveau tribunal de Paris est un monstrueux édifice de 38 étages, un délire d’architecte en mal d’éternité. A ses pieds, dans quelques mois, toute la chaîne judiciaire y aura ses locaux. Sur le parvis, le squelette en béton armé de la future Direction Régionale de la Police côtoie celui du prochain bâtiment de l’Ordre des avocats.
L’entrée du tribunal est aussi accueillante qu’une église cernée par des militaires en armes pour la messe de minuit. Le hall de 6ooo mètres carrés du TGI est décoré de vigiles et de flics, fusils d’assaut en bandoulière. On hésite entre un aéroport sans voyageurs et les Galeries Lafayette un samedi de gilets jaunes, désert sans un client. Il faut se hisser jusqu’aux salles des comparutions immédiates pour retrouver l’ambiance féodale de l’Île de la Cité. La mise en scène reste inchangée : prévenu.e.s dans un box vitré, greffières, juges et procureures aligné.e.s en surplomb. Ici, la messe est toujours la même : humilier et punir.
« Le tribunal ne fait pas de politique » balance une présidente mais suivra toutes les réquisitions des procureurs. Pour un vol de portefeuille, un chèque cadeau de 80 euros ou un téléphone portable, Diaby*, Abdel et Youssef : trois, six et huit mois de prison avec mandat de dépôt. Les preuves manquent, c’est la parole des flics contre celles des prévenus, tout est à charge, le dernier mot a beau être à la défense, la machine broie.
Les procureurs énoncent les entrées en « voies de condamnation » comme s’ils distribuaient des mauvais points. Le vocabulaire doit aussi relever de l’apolitisme : « individu », « primo-délinquant ». Un juge : « Vous êtes en situation irrégulière. La seule chose qu’on vous demande c’est de rentrer chez vous (…) Le ministre l’a dit. ». Comme le résume avec beaucoup de solennité une procureure : « tout est possible pour entrer en voie de condamnation »… et ce 24 décembre 2018, rien ne semble ébranler les magistrats.
Quand viennent les « gilets jaunes » du 22 décembre, les juges se font plus explicites : « vous êtes accusés de groupement même formé de manière temporaire en vue de la préparation caractérisée de violences volontaires ou de destructions de biens… Articles 222-13-14 … 44, 47 du code pénal ».
S’ensuit une éloge sans faille des flics : « Heureusement qu’ils sont là pour que ne règne pas la loi du plus fort, la loi de la jungle » (…) « Les policiers sont des professionnels. Ils ne peuvent pas se tromper ». « Derrière le policier, il y a un homme, un père… Non, tout le monde ne déteste pas la police ».
Les « prévenu.e.s » auront beau dénoncer les mensonges, les violences policières, Diaby est frappé derrière l’oreille dans le camion le menant au commissariat, Alice est insultée, propos sexistes et racistes, les magistrats se taisent.
Ils sont plus prolixes quand il s’agit d’interroger un témoin ou les accusé.e.s : « On ne dit pas Ouais mais oui ! ». « Vos parents ne vous ont pas éduqué normalement ? ». « Quel est votre travail ? ». « Vous mentez ». « C’est tout à fait révélateur ». « On ne vous changera pas ! ». « Où étiez-vous dans la manif ? ». « Pourquoi avoir peur de la police quand on a rien à se reprocher ? »…
Les affirmations policières ne sont pas questionnées, systématiquement valorisées. Les dossiers sont vides. Aucun document ou procès verbal détaillé ne seront disponibles pour contrer les accusations. C’est le procès des ressemblances, des « agents interpellateurs » qui communiquent par téléphone. C’est le règne de l’arbitraire.
Les réquisitions tombent. Les juges délibèrent. Deux à Huit mois de prison avec sursis pour trois manifestant.e.s. Un flic repart avec une indemnité de 800 euros.
Camille




