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Entre 1er Mai de luttes et répression aveugle en Algérie
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le 1er Mai est l’occasion de mesurer le poids du monde du travail et son expression politique, y compris dans le hirak.
Le mouvement syndical est formellement pluraliste mais corporatiste et bureaucratisé. Les luttes ouvrières restent défensives et atomisées. Les pôles industriels restent silencieux alors que les secteurs périphériques sont plus combatifs. La combativité des enseignantEs de l’éducation est intacte mais les appareils syndicaux se sont bureaucratisés.
Faiblesses du mouvement syndical et ouvrier
Béjaïa est aujourd’hui à l’avant-garde de nouvelles expériences de luttes et les travailleurEs de Numilog tracent la voie. Les syndicats autonomes tentent l’unité dans l’action et l’UGTA appelle à la grève générale. Bougie indique une configuration d’avenir du mouvement syndical et ouvrier. Un processus à son début, fragile et réversible. Le mouvement syndical reste fondamentalement bureaucratisé et institutionnalisé, agissant par déclarations et activisme organique formel. La concurrence syndicale est plus dans les appareils et les égos que dans les idées et l’action. Les figures syndicales faisant consensus ne sont plus là. Achour Idir clôturait un cycle d’éveil syndical et de conscience de classe. Il l’a payé de sa vie, comme Osmane Redouane. Les politiques néolibérales, les privatisations, la désindustrialisation et l’autoritarisme patronal sont passés par là. Il faut ajouter la faiblesse des partis ouvriers, une gauche aseptisée et des traditions d’émiettement très préjudiciables.
Aujourd’hui, le mouvement syndical et ouvrier ne peut influer sur le cours politique des choses et encore moins peser sur les rapports de forces politiques. Le monde du travail le paye cher et l’utopie révolutionnaire est encore bien éloignée de la réalité. Tous les indicateurs montrent que le changement révolutionnaire porté par le mouvement ouvrier n’est pas pour demain. Néanmoins, ce qui se passe dans le champ des luttes sociales et l’avènement salutaire du hirak montre qu’un nouveau cycle politique se dessine, caractérisé par une radicalité des revendications politiques antisystémiques et une formulation programmatique encore balbutiante et très confuse.
Singularités du hirak
Le hirak, comme mouvement populaire radical et mobilisateur, apporte une singularité à ce cycle politique où l’éveil politique et social est plus citoyen que de classe. La dimension interclassiste du hirak participe à cette accumulation d’ambiguïtés, de confusions ou de contradictions politiques au sein du hirak car sa sociologie est bipolaire. Entre un « bloc » social hétéroclite fait de travailleurEs, de fonctionnaires, de chômeurEs, de jeunes socialement déclassés etc. et un « bloc » social de couches moyennes allant de l’universitaire au commerçant ou entrepreneur indépendant, le jeu d’intérêts est complexe et les convergences encore plus difficiles. Toute la stratégie du pouvoir et de la police politique, c’est de casser cette connexion qui s’est faite entre les deux blocs sociaux à travers le hirak. La peur d’une convergence politique sur fond de radicalisation pousse les stratèges de ce pouvoir illégitime à briser les éléments activistes ou influenceurs considérés comme subversifs.
Des militantEs de Rachad au syndicaliste Chouicha, du poète Tadadjit à l’icône étudiante Abdenour Ait Said, de l’universitaire Mhanna Abdesselam à Dalila Touat, du journaliste Drareni à Jamila Loukil : l’objectif est de casser cette fraternité entre deux pôles sociaux, porteuse d’un projet politique alternatif au pouvoir. Se réapproprier les couches moyennes en les libérant d’éléments radicalisés pour ensuite en faire un acteur privilégié dans un modèle économique et sociopolitique validé par les tenants de la mondialisation capitaliste, tel est l’objectif des réformateurs zélés du système. Le bloc social des « oppriméEs » où cohabitent ouvrierEs et lumpen, chômeurEs et socialement déclasséEs, sera isolé dans une confrontation classique permanente avec un pouvoir d’État rôdé aux crises sociales.
Cette répression aveugle est l’expression de cette velléité stratégique du pouvoir et en même temps l’expression de sa difficulté. Il faut la contrer par une mobilisation solidaire concrète et sur le terrain. Travailler pour que le hirak intègre la revendication sociale et ouvrière et que le mouvement syndical et ouvrier intègre le hirak et contribue à lui donner une perspective politique, telle est la tâche des hirakistes porteurs de valeurs démocratiques et progressistes.





