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Adieu à Alain Krivine au Père-Lachaise: tristes trotskistes
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Adieu à Alain Krivine au Père-Lachaise: tristes trotskistes – Libération (liberation.fr)
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«Vous êtes venus chercher des dinosaures ?» A dire vrai, le temps d’un après-midi, la sensation est bel et bien là. Celle d’une réminiscence d’une époque révolue où l’espoir du grand soir a laissé la place aux souvenirs. A Nation, dans le XIe arrondissement de la capitale, plusieurs centaines de personnes, peut-être plus, sont venues rendre ce lundi un dernier hommage à Alain Krivine, le fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire et leader de Mai 68, décédé samedi 12 mars.
Avec la mort de Krivine, c’est un chapitre de l’histoire de l’extrême gauche française qui se clôt. Ses camarades Daniel Bensaïd et Henri Weber ont disparu avant lui. Alors en tête de cortège, vieux compagnons de route et héritiers politiques sont là. Olivier Besancenot, l’ex-assistant parlementaire de Krivine au Parlement européen et candidat à la présidentielle en 2002, qui fut son ami. Ou Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste − successeur de la Ligue fondée par Krivine − pour le scrutin d’avril.
«Un grand bonhomme»
Au milieu des drapeaux rouges, de la Ligue, du NPA, des anciens militants se retrouvent, discutent. «On se croise, on se salue», dit Daniel Pardo, un ancien de la Jeunesse communiste révolutionnaire, créée en 1966. «Krivine a été fidèle à ses engagements, a fait preuve d’honnêteté, raconte l’ancien militant. Il n’a pas dévié.» Dans le cortège, quelques jeunes, mais surtout des vieux militants. L’ancien député européen Jean-Luc Bennahmias, engagé dans sa jeunesse au Parti socialiste unifié de Michel Rocard, se souvient de la «persévérance» de celui qui se présenta deux fois à l’Elysée, en 1969 et 1974. «Un grand bonhomme», sourit Bennahmias.
«A une autre époque, la mort de Krivine, ça aurait mobilisé un monde fou…» regrette, lui, Serge Marquis. Fils de Gilbert Marquis, fondateur de l’Alliance marxiste révolutionnaire, une autre chapelle d’extrême gauche des années 60, il a adhéré un temps au Parti de gauche de Mélenchon avant de claquer la porte. De Krivine, il se souvient d’une «certaine droiture dans ses engagements» : «Il est incorruptible.» Aux fenêtres des immeubles de la rue des Pyrénées, des habitants regardent avec curiosité ce drôle de cortège, où s’agitent drapeaux rouges et résonnent des chants révolutionnaires. «J’ai passé trente ans de ma vie avec Krivine», raconte en marchant Gérard Filoche. Celui qui participa à la fondation de la Ligue avant de rejoindre le PS au début des années 90 se souvient des réunions politiques animées, des salles enfumées «où l’on ne se voyait plus à la fin». Avec Krivine, reconnaît-il, «on a eu des désaccords dès le début […] Lui voulait un pôle radical à gauche, moi je voulais un grand pôle rassemblant toute la gauche».
«Valeurs fondamentales»
Avenue du Père-Lachaise, à l’entrée du cimetière, quelques insoumis attendent le cortège. Il y a le chef, Jean-Luc Mélenchon, et ses fidèles Adrien Quatennens, Manuel Bompard, Alexis Corbière. Les drapeaux sont rangés avant de pénétrer dans les allées du cimetière. La foule s’agglutine autour du crématorium. Tout le monde semble se connaître, se donne du «bonjour camarade». Deux écrans ont été installés en bas des marches pour retransmettre les discours des proches. A l’entrée de la chapelle, au pied d’une colonne, un grand portrait de Krivine, souriant et un verre de vin aux lèvres, a été posé sur un chevalet. Puis le silence, et des discussions à voix basse.
Il est 15h40. Le cercueil est porté sur les marches de l’édifice, suivi par la famille. Le Prélude de Bach joué par Rostropovitch résonne. «Il aimait la musique classique», débute Michèle, l’épouse d’Alain Krivine. Elle déroule le fil de sa vie, de ses engagements militants. «Il était d’un incroyable optimisme», dit-elle, émue. L’assistance applaudit. Son frère, Hubert, rappelle l’engagement de Krivine contre la guerre d’Algérie. «Il est difficile de parler de son frère», souffle-t-il. Des photos de famille où l’on distingue les filles d’Alain, Nathalie et Florence, et ses deux petites-filles, défilent sur les écrans à l’extérieur. «Certes, il n’a pas fait de nous des révolutionnaires en herbe, reconnaissent Nathalie et Florence. Mais il nous a inculqué des valeurs fondamentales.»
Olivier Besancenot, le fils spirituel, rend hommage à son «camarade et ami». Avec la disparition d’une des dernières figures de Mai 68, «c’est aussi une page de notre histoire qui se tourne», glisse l’ancien candidat à la présidentielle. Ceux qui l’ont côtoyé témoignent d’un homme attentif et chaleureux. Nombreux sont ceux à qui sa présence va manquer. Dans la foule, on entend des rires, des larmes coulent sur les visages. Le cercueil disparaît sur un air de Bella Ciao. Puis, avant de s’éparpiller, la foule reprend une dernière fois l’Internationale, le poing levé.




