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En Bolivie, la rue et la rente

Bolivie

Lien publiée le 25 mai 2026

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

En Bolivie, la rue et la rente (Le Monde diplomatique, 22 mai 2026)

Le 20 mai, le président bolivien Rodrigo Paz Pereira — élu en novembre 2025 —, annonçait un remaniement ministériel sous la pression d’un mouvement de contestation qui réclame désormais sa démission. Depuis plusieurs semaines, les mobilisations contre la hausse des prix et les pénuries de carburant rassemblent des fédérations minières, des organisations paysannes et les réseaux militants restés fidèles à M. Evo Morales après son affrontement avec la direction du Mouvement vers le socialisme (MAS). Dans la foulée, La Paz expulsait l’ambassadeur colombien après des déclarations de M. Gustavo Petro jugées favorables à l’ancien président de gauche.

Pendant près de vingt ans, la rente du gaz a permis au MAS de financer une politique de redistribution. Les ressources tirées des exportations vers le Brésil et l’Argentine abondaient les finances publiques tandis que l’essor du commerce et de l’économie informelle reconfigurait les hiérarchies sociales, en particulier dans les villes.

Le recul des exportations gazières fragilise désormais ce modèle construit au début des années 2000 tandis que les pénuries de carburant en révèlent les limites.

Le lithium permettra-t-il de prolonger ce cycle extractif ? Les capacités de raffinage, les infrastructures industrielles et les technologies de transformation échappent largement à la Bolivie. Les groupes chinois occupent déjà une position dominante dans cette chaîne de valeur, au moment même où Washington cherche à reprendre pied dans la région.

Depuis son arrivée au pouvoir, M. Paz a renoué avec les États-Unis, relancé la coopération avec l’agence antidrogue américaine (DEA) et multiplié les envois de signaux favorables aux investisseurs étrangers. La crise bolivienne dépasse de fait le cadre national. Elle traduit sans doute l’épuisement d’un compromis progressiste latino-américain fondé sur l’exploitation de la rente des matières premières, au moment où celles-ci redeviennent un enjeu central de la rivalité entre Pékin et Washington.