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    France, le grand déclassement économique en Europe ?

    Lien publiée le 6 août 2026

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    Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    France, le grand déclassement économique en Europe ?

    Pour la quatrième année consécutive, le PIB français par habitant en parité de pouvoir d’achat est sous la moyenne européenne. Le symptôme d’un long déclassement économique, nourri par des décennies de désindustrialisation, d’une mondialisation mal maîtrisée et de choix politiques défaillants

    France, le grand déclassement économique en Europe ?

    Pendant longtemps, la France faisait partie des économies les plus prospères d'Europe occidentale. Son industrie comptait parmi les plus puissantes du continent, ses grands groupes exportaient dans le monde entier et son niveau de vie se situait nettement au-dessus de la moyenne européenne. Cette situation n'est plus tout à fait celle d'aujourd'hui.

    Les dernières données d'Eurostat confirment en effet une évolution passée relativement inaperçue dans le débat public mais dont la portée est considérable. Pour la quatrième année consécutive, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la France, mesuré en standards de pouvoir d'achat (SPA), demeure inférieur à la moyenne de l'Union européenne. Autrement dit, la richesse produite en moyenne par Français est désormais légèrement inférieure à celle produite en moyenne par un citoyen de l'Union.

    À première vue, l'écart peut sembler modeste, car la France se situe autour de 98 lorsque la moyenne européenne est fixée à 100. Deux points seulement, mais ce chiffre est trompeur. Ce qui importe n'est pas tant la photographie que l'évolution et sur plusieurs années. Au début des années 2000, la France affichait un PIB par habitant supérieur d'environ 8 à 10 % à la moyenne européenne. En un peu plus de vingt ans, elle a donc perdu une dizaine de points relativement à ses partenaires. Pendant que certains pays progressaient rapidement, la France avançait moins vite.

    Il ne s'agit pas d'un effondrement brutal comparable à celui qu'ont connu certaines économies lors de grandes crises financières, c'est un décrochage progressif, mais certain et continu. L'histoire économique montre que les déclassements des grandes puissances prennent souvent cette forme... année après année, les concurrents gagnent du terrain jusqu'au moment où les hiérarchies de puissance finissent par s'inverser.

    Ce que mesure réellement le PIB en parité de pouvoir d'achat
    Le PIB constitue l'indicateur le plus utilisé pour mesurer la richesse créée par une économie. Il additionne la valeur de l'ensemble des biens et services produits sur un territoire pendant une année, et des échanges financiers pour ces biens et ces services. Rapporté au nombre d'habitants, il donne une idée de la richesse économique moyenne produite par chaque citoyen.

    Cependant, comparer directement les PIB nominaux nationaux ne disent pas grand chose Mille euros ne permettent pas d'acheter la même quantité de biens à Paris, Varsovie, Sofia ou Copenhague ; le coût du logement, de l'alimentation, de l'énergie ou des services varie fortement d'un pays à l'autre, et c'est cela qui compte.

    C'est précisément pour corriger ces différences qu'Eurostat utilise les parités de pouvoir d'achat (PPA), exprimées en standards de pouvoir d'achat (SPA) pour comparer les pays. Cette méthode neutralise les écarts de prix entre les pays afin de comparer non pas les revenus nominaux, mais la quantité réelle de biens et de services que ces revenus permettent d'acquérir. Il s'agit aujourd'hui de l'indicateur le plus pertinent pour mesurer les écarts de richesse entre économies européennes.

    Il convient naturellement de rappeler que le PIB par habitant ne résume pas, à lui seul, le niveau de vie d'une population. Il ne renseigne ni sur les inégalités, ni sur la répartition des revenus, ni sur la qualité des services publics ou de la protection sociale. Un pays peut afficher un PIB élevé tout en connaissant une forte concentration des richesses, ou inversement. Néanmoins, lorsqu'il s'agit d'apprécier la capacité d'une économie à produire durablement de la richesse, cet indicateur demeure l'un des plus solides et des plus largement utilisés par les économistes.

    Le classement européen est à cet égard révélateur. Devant la France figurent désormais le Luxembourg, l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l'Autriche, l'Allemagne, la Suède, Malte et la Finlande. Les cas du Luxembourg et de l'Irlande, et partiellement celui des Pays-Bas, méritent d'être relativisé en raison de leurs spécificités statistiques – travailleurs frontaliers dans un cas, localisation de bénéfices de multinationales dans l'autre, dumping fiscal européen organisé dans le cas de ces trois pays. Mais la présence durable devant la France de l'Allemagne, de la Belgique, des pays nordiques, des Pays-Bas, ou de l'Autriche traduit bien une réalité économique profonde, celle d'un décrochage.

    Plus inquiétant encore, plusieurs pays qui étaient très loin derrière la France il y a vingt ans convergent désormais rapidement vers son niveau. La Pologne, la Lituanie, l'Estonie ou encore la Roumanie connaissent depuis leur entrée dans l'Union européenne, dont la France est pourtant une des puissances fondatrices, des rythmes de rattrapage remarquables. Leur niveau reste inférieur à celui de la France, mais l'écart se réduit année après année ; bientôt un pays comme la Pologne qui a bénéficié et bénéficie des largesse de l'Union européenne dépassera une France... contributeur net.

    Le problème français n'est donc pas seulement d'être passé sous la moyenne européenne, il est que cette évolution s'inscrit dans une tendance de long terme qui voit notre pays perdre progressivement sa position relative en Europe.

    La désindustrialisation, véritable moteur du décrochage
    Ce recul ne relève ni de la malchance ni d'un simple accident conjoncturel. Il est l'aboutissement d'un processus engagé depuis plusieurs décennies, la désindustrialisation.

    L'industrie n'est pas un secteur économique comme un autre. Elle concentre l'essentiel des gains de productivité, une grande partie de la recherche privée, des emplois qualifiés et des exportations. Autour d'une usine gravitent des bureaux d'études, des laboratoires, des sous-traitants, des centres de formation, des entreprises logistiques, divers emplois de services induits et tout un écosystème qui irrigue l'ensemble du territoire.
    Lorsqu'un pays perd son industrie, il ne perd pas seulement des chaînes de production, il perd progressivement sa capacité d'innovation, son autonomie stratégique, son savoir-faire technique, ses emplois qualifiés et, à terme, une partie de sa prospérité.

    La France a probablement connu l'une des désindustrialisations les plus marquées d'Europe occidentale, sinon la plus marquée. En l'espace d'un demi-siècle, des centaines de milliers d'emplois industriels ont disparu. La part de l'industrie manufacturière dans la richesse nationale est tombée sous les 10 %, contre près de 19 % en Allemagne et environ 15 % en Italie. De nombreux secteurs autrefois emblématiques – textile, électronique grand public, machines-outils, chimie fine ou pharmacie – ont vu leurs capacités de production diminuer fortement ou être délocalisées.

    Cette évolution n'était pourtant pas présentée comme un problème, bien au contraire. Pendant des années, une large partie des responsables politiques et économiques expliquaient que les économies développées avaient vocation à abandonner progressivement les activités de production au profit des services, de la finance, de la recherche, du tourisme ou des nouvelles technologies. La mondialisation devait permettre à chacun de se spécialiser dans les activités où il était supposé être le plus performant.

    Cette théorie s'est révélée beaucoup plus fragile que prévu, voire suicidaire.

    L'idée paraissait séduisante. Les pays développés conserveraient les activités les plus sophistiquées, et les plus lucratives ou supposées telles – conception, ingénierie, recherche, finance, marketing – tandis que les productions industrielles les plus intensives en main-d'œuvre seraient transférées vers les pays à faibles coûts salariaux, en particulier en Asie, Afrique du Nord, Turquie, Amérique Latine, mais aussi en Europe de l'Est. Les consommateurs bénéficieraient de produits moins chers, les entreprises de marges plus importantes et chacun trouverait finalement son intérêt dans cette nouvelle division internationale du travail.

    La réalité s'est révélée beaucoup plus complexe et négative, on le sais maintenant... sans que les politiques publiques ne changent réellement.

    Une usine n'est pas seulement un lieu où l'on fabrique ou assemble des produits. Elle constitue également un centre de compétences, de formation, d'innovation et d'amélioration continue. Les ingénieurs travaillent au contact des ateliers, les chercheurs avec les équipes de production, les sous-traitants développent leurs propres savoir-faire ; c'est tout un écosystème qui va du chercheur à l'ouvrier et où chacun développe ses compétences, ses savoir-faire et améliore le processus global, en synergie les uns avec les autres (l'Allemagne en a été longtemps, et encore récemment, un exemple parfait, rôle pris aujourd'hui par la Chine). Lorsqu'une usine disparaît, ce n'est donc pas seulement une chaîne de fabrication qui s'éteint, c'est tout cet écosystème industriel qui s'affaiblit progressivement.

    Les crises récentes ont brutalement rappelé cette évidence. La pandémie de Covid-19 a révélé la dépendance européenne pour les médicaments, les principes actifs pharmaceutiques, les masques, les composants électroniques ou encore certains équipements médicaux. La guerre en Ukraine puis les tensions géopolitiques en Asie ont montré à leur tour combien les chaînes de valeur mondialisées pouvaient devenir des facteurs de vulnérabilité. Une économie qui ne produit plus les biens essentiels perd une partie de sa souveraineté.

    La France paie aujourd'hui plusieurs décennies durant lesquelles la question industrielle a été reléguée au second plan... et le reste tragiquement, malgré les grandes phrases du Président de la République ou celles de ses anciens premiers ministres candidats à la magistrature suprême.


    Une mondialisation sans véritable stratégie de protection nationale
    Cette désindustrialisation n'est pas uniquement le produit des progrès technologiques ou de l'évolution naturelle des économies développées. Elle résulte également d'une orientation politique largement partagée depuis les années 1980, celle de la mondialisation qui devait être « heureuse ».

    L'ouverture commerciale a progressivement cessé d'être considérée comme un instrument parmi d'autres servant les intérêts de la nation, pour devenir un objectif en soi, même si cela allait contre les intérêts du pays. La baisse des droits de douane, la libéralisation des échanges, la libre circulation des capitaux et l'intensification de la concurrence internationale étaient supposées conduire mécaniquement à une meilleure allocation des ressources et à davantage de prospérité.

    Dans les faits, les bénéfices de cette mondialisation ont été très inégalement répartis. Les pays qui ont conservé une politique industrielle forte – l'Allemagne, la Corée du Sud, le Japon ou plus récemment la Chine (et maintenant les autres pays BRICS, Russie, Inde, Brésil, Iran, etc.) – ont continué à soutenir et à défendre, c'est-à-dire protéger, activement leurs filières stratégiques, leurs exportateurs, leur recherche et leur montée en gamme industrielle.

    Certains faisaient et font du protectionnisme, d'autres, idéologiquement, comme ne France, n'en font pas. La France a souvent privilégié une approche davantage fondée sur l'attractivité générale de son territoire que sur la consolidation de son appareil productif. Les aides publiques aux entreprises se sont multipliées, mais rarement dans le cadre d'une stratégie industrielle cohérente de long terme. Les politiques industrielles ont fréquemment changé au rythme des alternances, sans véritable continuité ni stratégie, mais toujours en respectant le libre-échange imposé par Bruxelles et sans le discuter.

    Parallèlement, les règles européennes de concurrence ont limité les possibilités d'interventions ciblées de l'État dans plusieurs secteurs, tandis que la logique du marché intérieur conduisait parfois à mettre en concurrence des entreprises européennes avec des producteurs bénéficiant de coûts sociaux, environnementaux ou énergétiques très différents. A ce jeu, la France a toujours été perdante, ces dirigeants étant incapables de défendre, y compris dans le cadre des instances européennes, ses intérêts (contrairement à l'Allemagne).


    L'euro, une monnaie adaptée à certains, plus contraignante pour d'autres
    À cette évolution s'ajoute la question monétaire. Une monnaie unique ne peut produire les mêmes effets sur des économies dont les structures industrielles, les spécialisations et les niveaux de compétitivité diffèrent profondément.

    L'Allemagne abordait l'euro avec une industrie particulièrement puissante, fortement exportatrice et spécialisée sur des produits à haute valeur ajoutée. Son appareil productif bénéficiait déjà d'une excellente réputation internationale et d'un important excédent commercial.
    La France présentait une structure différente. Son industrie était davantage positionnée sur des productions plus sensibles à la concurrence par les prix (en particulier dans le cadre du libre-échange) et amorçait déjà son recul dans plusieurs secteurs.

    Avant l'euro, une économie qui perdait temporairement en compétitivité pouvait retrouver une partie de ses marges grâce à une dépréciation de sa monnaie. Ce mécanisme a disparu avec la monnaie unique.
    L'euro n'est évidemment pas, à lui seul, responsable des difficultés françaises. L'Italie connaît des problèmes comparables malgré la même monnaie, tandis que les Pays-Bas ou l'Autriche ont amélioré leur position dans ce même cadre monétaire. Mais il est difficile de nier que la monnaie unique a davantage bénéficié aux économies déjà très compétitives qu'à celles dont l'appareil industriel était en voie d'affaiblissement. En supprimant les ajustements monétaires, elle a rendu encore plus déterminantes les différences de productivité, de qualité industrielle, d'organisation des filières et de spécialisation productive.

    Le déficit commercial ou le révélateur d'une perte de compétitivité
    L'une des conséquences les plus visibles de cette évolution apparaît dans le commerce extérieur. Pendant plusieurs décennies, la France figurait parmi les grands pays exportateurs. Aujourd'hui, elle importe durablement davantage qu'elle n'exporte. Sa balance commercial est déficitaire, et de plus en plus déficitaire sans que cela semble réellement inquiéter les locataires de l'Elysée ou de Matignon.

    Le déficit commercial français atteint régulièrement plusieurs dizaines de milliards d'euros par an, parfois au-delà des 100 milliards ! Certes, la flambée des prix de l'énergie après la guerre en Ukraine a temporairement aggravé ce déficit. Mais celui-ci existait déjà auparavant et concerne de nombreux secteurs industriels. À l'inverse, l'Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark et même l'Italie conservent des positions exportatrices particulièrement solides (même si la guerre en Ukraine et la crise énergétique plongent lentement mais sûrement l'Allemagne vers les mêmes abysses).

    Cette situation signifie qu'une part croissante de la demande des ménages français bénéficie à des producteurs étrangers plutôt qu'à des entreprises implantées sur le territoire national. Les emplois, les investissements et les recettes fiscales associés à cette production sont donc créés ailleurs.

    Le ralentissement de la productivité
    L'autre grande faiblesse de l'économie française réside dans la stagnation de sa productivité. La richesse produite dépend essentiellement de deux variables, le nombre d'heures travaillées et la richesse créée pendant chacune de ces heures.

    Pendant longtemps, la France figurait parmi les pays les plus performants au monde sur ce second critère, et même en augmentation de sa productivité (même si cela concernait finalement relativement peu le travail industriel en déclin, biaisant les données). La productivité horaire française était comparable, voire parfois supérieure, à celle de l'Allemagne ou des États-Unis.

    Depuis plusieurs années, cette dynamique s'essouffle.
    Les économistes débattent encore des raisons précises de ce ralentissement, mais plusieurs facteurs explicatifs se cumulent : le développement d'emplois moins productifs dans certains services, les effets durables de la crise sanitaire, la faiblesse persistante de l'investissement industriel, et même son recul réel, les difficultés de diffusion des innovations dans les PME ou encore les problèmes d'organisation du marché du travail.

    Quelles qu'en soient les causes exactes, les conséquences sont bien connues : lorsque la productivité progresse moins vite, il devient plus difficile d'augmenter durablement les salaires, de financer la protection sociale, de réduire les déficits publics ou d'investir dans les infrastructures. Et la pente de la France est mauvaise, le ralentissement de la productivité constituant l'un des principaux freins au retour d'une croissance forte et durable.


    Une richesse nationale qui finance de moins en moins la puissance publique
    Le décrochage du PIB par habitant ne constitue pas seulement une donnée statistique, cela produit des effets très concrets sur l'ensemble du fonctionnement du pays.
    Une économie qui crée relativement moins de richesse dispose de marges de manœuvre plus réduites pour financer ses services publics, moderniser ses infrastructures, investir dans la recherche, soutenir son armée ou préparer les grandes transitions technologiques et énergétiques... d'autant que la dette s'accroît inexorablement.

    Or la France se trouve aujourd'hui dans une situation paradoxale.
    Elle demeure l'un des pays développés où la dépense publique représente la part la plus importante de la richesse nationale, tout en accumulant des déficits publics et commerciaux parmi les plus élevés d'Europe occidentale. Cette contradiction traduit moins un problème de niveau de dépense qu'un problème de création de richesse : une économie peut supporter un État-providence ambitieux à condition de produire suffisamment. Lorsque la croissance de la richesse ralentit durablement, en particulier industrielle, les équilibres deviennent de plus en plus difficiles à maintenir – ce qu'un nombre de plus en plus inquiétant de femmes et d'hommes politiques ne semblent pas ou plus comprendre, en particulier à gauche, au regard des programmes du NFP (nouveau front populaire) ou avant de la NUPES, pour lesquels le problème de la production est complètement sorti de leurs équations politiques et économiques (alors que c'est une base classique de l'économie marxiste).

    Depuis plusieurs décennies, une part croissante de l'action publique consiste ainsi à compenser les effets de la désindustrialisation et du ralentissement économique par... encore plus de dépenses publiques : aides aux entreprises, exonérations de cotisations, soutien au pouvoir d'achat, dispositifs exceptionnels face aux crises, aides énergétiques, chèques pour ceci ou cela ou encore soutien à certains secteurs fragilisés. Ces politiques peuvent être nécessaires à court terme, mais elles ne remplacent pas une stratégie de reconstruction productive qui pour le moment n'existe pas et qui n'est même pas abordés par les candidats ou potentiels candidats à l'élection présidentielle, à l'exception notable de Natacha Polony et d'Arnaud Montebourg qui en font leur cheval de bataille premier.

    La véritable question n'est donc plus de savoir comment redistribuer une richesse qui progresse lentement, voire se réduit, mais comment recommencer à en produire davantage. C'est sûrement une des questions principales de cette élection présidentielle à venir.


    Un avertissement sévère plus qu'une humiliation
    La France conserve naturellement de nombreux atouts.
    Elle dispose d'infrastructures de qualité même si elles doivent pour beaucoup être maintenue correctement (ce qui est un autre problème, les différents gouvernements ayant fait des économies sur des maintenances nécessaires, voire critiques), d'une agriculture potentiellement parmi les plus performantes du continent, de la deuxième surface maritime mondiale, d'une industrie aéronautique de premier plan, d'un secteur nucléaire unique en Europe, de grandes entreprises internationales, d'universités et écoles reconnues formant des ingénieurs et scientifiques de talents (que d'autres pays nous accaparent) et d'une capacité d'innovation qui demeure importante.

    Rien ne permet donc de parler d'un pays en voie d'effondrement, mais c'est précisément parce que ces atouts existent que le recul relatif de la France apparaît préoccupant. A continuer ainsi, cela finira par un effondrement.

    Devant elle figurent désormais le Luxembourg, l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l'Autriche, l'Allemagne, la Suède, Malte et la Finlande. Derrière viennent encore l'Italie, l'Espagne, la Slovénie, Chypre, la Tchéquie, la Lituanie, le Portugal, l'Estonie, la Pologne, la Roumanie, la Croatie, la Hongrie, la Slovaquie, la Lettonie, la Grèce et la Bulgarie.

    Mais le problème ne réside pas dans la situation au moment présent t, il réside dans la dynamique.
    Il y a vingt ans, plusieurs pays d'Europe centrale affichaient un PIB par habitant représentant parfois la moitié de celui de la France, et aujourd'hui, certains s'en rapprochent rapidement. Ce mouvement traduit leur rattrapage, mais aussi la faiblesse relative de la croissance française.

    Pendant que d'autres reconstruisaient leur appareil productif, industriel et agricole, développaient leurs exportations et amélioraient leur compétitivité, la France poursuivait une trajectoire morose.


    Changer de cap
    Le passage durable sous la moyenne européenne du PIB par habitant en PPA ne constitue pas une simple anomalie statistique, il est le révélateur d'un modèle économique qui s'essouffle.

    Pendant près de quarante ans, les gouvernements successifs, quelles que soient leurs sensibilités politiques, ont poursuivi des orientations largement convergentes. La désindustrialisation a été acceptée comme une évolution inévitable ; l'ouverture commerciale a été privilégiée sans toujours exiger une véritable réciprocité ; les politiques industrielles ont souvent cédé la place à des dispositifs d'aides dispersés ; l'investissement productif de long terme a progressivement perdu sa centralité au profit d'une logique davantage tournée vers la consommation, les services et l'attractivité financière.

    Ces choix n'expliquent évidemment pas, à eux seuls, toutes les difficultés françaises. Les transformations technologiques, la montée en puissance de la Chine, l'élargissement de l'Union européenne, les crises financières, la pandémie ou encore les bouleversements géopolitiques ont profondément modifié l'environnement économique mondial, mais les nations qui ont le mieux résisté sont précisément celles qui ont conservé une vision stratégique de leur appareil productif, de leur industrie, de leur souveraineté technologique et de leurs capacités d'innovation et... qui ont su les protéger, malgré les bouleversements géopolitiques et technologiques.

    Le recul de la France dans le classement européen constitue donc moins une condamnation qu'un avertissement. Un pays qui ne produit plus suffisamment finit toujours par dépendre davantage des autres, il perd progressivement ses emplois qualifiés, ses marges budgétaires, son autonomie stratégique et, à terme, une partie de son influence politique.

    L'économie n'est jamais une question purement comptable, ce n'est pas un science « dure », l'économie est toujours politique, elle conditionne la capacité d'une nation à maîtriser son destin. C'est pourquoi le débat ne devrait plus opposer les partisans de davantage ou de moins d'État, davantage ou de moins de marché, la véritable question est devenue beaucoup plus fondamentale : comment reconstruire un appareil productif capable de créer durablement davantage de richesse sur le territoire national qui profitera au statut de la France en EUrope et dans le monde, mais aussi à ses citoyens ?

    Car derrière les pourcentages, les indices et les classements se joue en réalité un choix de société : une nation qui renonce à produire finit toujours par renoncer, un peu, à décider par elle-même. La production est la clef d'un avenir positif possible.

    Le fait que la France entre, pour la quatrième année consécutive, sous la moyenne européenne en PIB par habitant mesuré en parité de pouvoir d'achat ne résume pas, à lui seul, l'état de notre économie, en revanche, il constitue un signal d'alarme qu'il serait imprudent d'ignorer.
    Les politiques économiques menées depuis plusieurs décennies n'ont pas permis d'enrayer le décrochage relatif du pays, bien au contraire et spécifiquement sous la présidence d'Emmanuel Macron, incarnation parfaite de cette mondialisation néolibérale d'avant.
    Continuer dans la même direction en espérant un résultat différent relèverait de l'aveuglement. Si la France veut retrouver sa place parmi les économies les plus dynamiques d'Europe, elle devra renouer avec une ambition industrielle, une stratégie de long terme et une conception plus souveraine de son développement économique. C'est désormais moins une option qu'une nécessité.