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Les somaliens ne meurent pas pour rien ! Grâce à eux, nous allons rouler propre !
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METTEZ UN SOMALIEN DANS VOTRE MOTEUR
Les petits crève-la-faim de la Corne de L’Afrique ne meurent pas pour rien. Grâce à eux,nous allons pouvoir rouler propre.
Charité. Comme c’est mignon d’être charitable et d’envoyer plein d’argent à L’Unicef. Trop mignon. D’autant que La situation est affreuse, hein ? 12 millions de personnes frappées par une sécheresse biblique dans La corne de l’Afrique, qui claquent des dents. Et, parmi eux, tant de gosses tellement télégéniques.
Pendant ce temps, concentrée sur des choses plus sérieuses, notre vertueuse Union européenne a décidé de donner un Label. Bruxelles va en effet, au cours de cinq prochaines années, désigner des biocarburants « durables», forcément durables. Rappelons pour le fun que d’excellents humanistes industriels sont parvenus à obtenir des subventions publiques, par dizaines de millions d’euros, pour fourguer à nos beaux pays des carburants automobiles tirés de plantes alimentaires. Ici du colza, du tournesol, du blé, de la betterave. Ailleurs de la canne à sucre, de l’huile de palme, du maïs, du manioc. Parmi les « partenaires » de notre belle Union européenne chargés de labelliser Les biocarburants, une structure appelée RTRS’, qui compte parmi ses membres bienfaiteurs Monsanto, et une autre où le champion des OGM DuPont-Pioneer fait La pluie et le mauvais temps.
COMME AUX BEAUX TEMPS DES COLONIES
Mais y a-t-il un rapport entre [‘actuelle famine de masse dans La Corne africaine et ces si beaux profits? À question curieuse. réponse étonnante: c’est oui. Partout en Afrique on accapare des terres pour fabriquer des carburants destinés à nos chères bagnoles. Les exemples sont si nombreux qu’on ne peut qu’évoquer une poignée de cas. Au Burkina, pays d’un ancien président assassiné — Thomas Sankara —, on a fêté le 23 juillet le premier anniversaire du groupe Belwet biocarburant SA, en présence du Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, et d’un ancien chef de l‘État, Saye Zerbo. On ne sait pour qui ça paie, mais ça paie, Partout, de l’Angola en ruine au Mozambique en haillons, du Mali à la Tanzanie en passant par La République démocratique du Congo — ancien Zaïre —, Les philanthropes au pouvoir vendent des millions d’hectares de terres agricoles ou de forêts, destinés aux biocarburants.
L’exemple du Kenya est d’autant plus frappant qu’il est au cœur de la zone actuelle de grande famine. Le quotidien de Londres The Guardian du 2 juillet raconte comment un village de 427 âmes du delta du Tana e été détruit de fond en comble pour laisser la place à une plantation de canne à sucre destinée aux biocarburants européens. Très joyeux. On se croirait revenu au beau temps des colonies. Un témoin raconte «Ils nous ont dit que nous serions tous brûlés si nous ne partions pas […]. Aucun d’entre nous n’a compris pourquoi. » Aucun? Ces Africains sont vraiment de grands enfants. Et nos réservoirs, les gars?
Dans L’Éthiopie voisine, pareil. Kuraz Sugar Project, compagnie d’État, est en train de vendre 150000 hectares de terres fertiles dans La vallée de l’Omo, destinés aux biocarburants tirés de la canne à sucre. La compagnie italienne Fri-El Green, installée au sud de l’Omo, gère déjà 30 000 hectares de palmiers à huile, dans Le même but, comme le révèle l’association Survival.
Gardons notre bonne humeur, et ne faisons pas comme ce mauvais coucheur de Christian Berdot, qui suit de très près le dossier pour les Amis de la Terre. « À une autre époque, dit-il à Charlie, on parlait de Schreibtischtäter, des criminels de bureau. En Éthiopie, des firmes européennes ont acheté, loué, en tout cas utilisent I million d’hectares pour faire pousser de la canne à sucre, une plante qui nécessite beaucoup d’eau. Dans un pays où des millions de personnes sont touchées par la sécheresse et la famine. »
On s’en fout et l’on a bien raison, car [‘Union européenne maintient ses objectifs de 10% d’énergie renouvelable dans les carburants d’ici à 2020, dont l’essence viendrait des biocarburants. Et nous avons chez nous des avocats de choc de ce noble choix de civilisation. Par exemple, Bernard Chaud, vice-président du Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAAI industrie de pointe des biocarburants. Jusqu’en 2007, Chaud était chef du bureau Biomasse, Biocarburants, Bioénergie et Biomatériaux au ministère de l‘Agriculture. Une bonne place publique, suivie d’un magnifique poste privé.
Fabrice Nicolino




