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Brésil: au-delà de la défaite, l’autre héritage du Mondial
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Mediapart) La catastrophe historique qui a frappé mardi 8 juillet l'équipe brésilienne, massacrée par 7 buts allemands, a éclipsé ce qui est un autre événement : le démantèlement d'un système de billetterie clandestine logé au cœur même de la Fifa, dont il se confirme qu'elle rime bel et bien avec mafia. Les autorités brésiliennes prennent ainsi leur revanche sur une organisation qui leur a dicté ses conditions.
Rio de Janeiro, de notre correspondante. C’est le Mondial de toutes les surprises. On attendait qu’une équipe de football créative, emmenée par la star Neymar, fasse rêver les Brésiliens et qu'ils oublient une organisation décrite comme chaotique et dominée par la corruption. Mais alors que le football brésilien vient d’écrire la page la plus désastreuse de son histoire, en encaissant sept buts à domicile d’Allemands décomplexés, le bilan de ce Mondial est presque à l’opposé des attentes.
Une supportrice en larmes. Une défaite pire que celle de 1950. © Paulo Pinto/ Fotos Públicas
Hagards, hébétés, les Brésiliens n’ont pas encore pris conscience du poids de la défaite. Ils savent juste déjà qu’elle a réussi la prouesse d’effacer de leur esprit ce qui restait comme le pire souvenir sportif du pays : la défaite en finale contre l’Uruguay, le 16 juillet 1950, dans un stade Maracana plein à craquer. Désormais, le traumatisme national a une nouvelle date, celle du 8 juillet 2014.
Il ne faudrait pourtant pas oublier à quel point le géant latino-américain a surpris positivement, au cours des trois premières semaines de ce Mondial, par la qualité de l’organisation et l’accueil de la population. Ni, surtout, ce qui restera comme la fin d’un tabou : c’est le Brésil qui, pour la première fois, a clairement montré au monde que la Fédération internationale de football, la Fifa, était une mafia.
Alors que le Brésil était moqué pour son incapacité à répondre au « standard Fifa », en référence à l’énorme cahier des charges du Mondial, il a imposé un autre « standard », avec l’arrestation en plein après-midi, ce lundi 7 juillet, au Copacabana Palace, le plus luxueux des hôtels de la « ville merveilleuse », de Raymond Whelan de l’entreprise Match Hospitality. Cette dernière est la société prestataire exclusive de la Fédération internationale de football pour les forfaits VIP de la Coupe du monde, comprenant tickets d’accès aux stades, billets d’avion et hôtels de luxe.
Brièvement incarcéré avant de bénéficier d’un habeas corpus durant la nuit, le Britannique est le dernier interpellé dans le cadre de l’« opération Jules Rimet », montée par la police pour démanteler un réseau de revente illégale de billets de la Coupe du monde. Onze autres membres de ce groupe ont déjà été appréhendés par la police la semaine dernière à Rio de Janeiro et à São Paulo. Tous sont poursuivis pour « blanchiment d’argent, association de malfaiteurs et revente au marché noir ». Parmi ces personnes figure le Franco-Algérien Mohamadou Lamine Fofana, d’abord soupçonné par les enquêteurs d’être le cerveau de l’organisation. Ils estiment aujourd’hui qu’il a agi en tant que bras droit de Raymond Whelan. La police a notamment capté 900 appels entre les portables des deux hommes.
Le scandale va bien au-delà du Mondial brésilien. La police a démontré que le réseau était actif lors des quatre dernières compétitions, commercialisant illégalement environ 1 000 billets par match pour un tarif de base de 1 000 euros. Le président de la Fifa Joseph Blatter a eu beau assurer qu’il ne savait rien du trafic la semaine dernière, la presse dédie des pages entières à l’explication des liens très étroits de l’organisation avec Match Hospitality. La société compte parmi ses actionnaires la société Infront Sports and Media, également basée en Suisse et dirigée par Philippe Blatter, neveu de Joseph Blatter. La Fifa lui a déjà attribué l’exclusivité de ses services d’hospitalité pour les Coupes de 2018 en Russie et de 2022 au Qatar.
Bon nombre de supporteurs ont quitté le stade avant même la fin du match. © Marcello Casal Jr/ Agência Brasil
Le gouvernement brésilien n’a fait aucun commentaire, mais on devine que certains politiques doivent se délecter du scandale. La Fifa a critiqué de façon souvent grossière la marche des travaux au Brésil, le secrétaire général Jérôme Valcker en arrivant même à dénoncer le « trop de démocratie » au Brésil. La semaine dernière, Brasilia n’a pas caché son agacement face aux nouvelles sorties du Français, qui se plaignait de l’impact de l’alcool dans les tribunes : c’est justement la Fifa qui a contraint le Brésil à un changement de législation pour pouvoir commercialiser les bières de ses sponsors autour des terrains. Jusqu’alors, la vente d’alcool était strictement interdite.
Très critique de l’organisation de la Coupe, Juca Kfouri, l’un des commentateurs sportifs les plus reconnus du pays, a salué ce qui restera comme « l’héritage inestimable » du Mondial brésilien. « Si les scandales récents qui ont sali l’image de la Fifa ne suffisaient pas, l’explosion du trafic qu’elle a mis en place constitue le coup de grâce », assure-t-il, ajoutant que le système fonctionne au moins depuis la Coupe de 1998 organisée en France. Le coup de filet ne suffira pas à consoler les Brésiliens de l'incroyable défaite du 8 juillet. On peut pourtant espérer qu’il entre lui aussi dans l’Histoire, et présage d’une profonde réforme du sport qui se targue d’être le plus populaire du monde et en est aujourd'hui le plus corrompu.




