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    Affaire Benalla : vers une crise au sommet ?

    Par Tristan Daul (25 juillet 2018)
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    L’affaire Benalla ne cesse de prendre une ampleur sans précédent suite aux nombreuses révélations qui nourrissent chaque jour la scène politique et médiatique. Depuis le début de la semaine, une commission d’enquête parlementaire auditionne tour à tour les plus hauts responsables de la police et de l’appareil d’Etat pour tenter de déterminer si oui ou non Benalla et ses complices ont agi sous la protection de Macron, voire même avec l’aval de celui-ci. Dans son audition surréaliste, Gérard Collomb, ministre d’État et ministre de l’Intérieur, a tenté par tous les moyens de répondre le plus vaguement possible aux député.e.s afin de se dégager de toute responsabilité et de protéger l’Elysée, renvoyant la balle au Préfet de police de Paris. Alain Gibelin, directeur de l'ordre public à la préfecture de police de Paris, a à son tour été entendu. Après avoir affirmé qu’Alexandre Benalla avait participé à plusieurs réunions à l’Elysée alors qu’il était censé être suspendu de ses fonctions, Gibelin est revenu sur ses déclarations ce matin en déclarant s’être trompé sur les dates. Aujourd’hui c’est au tour du gouvernement d’être questionné par les député.e.s. Richard Ferrand, président du groupe parlementaire LREM qui avait du démissionner de son poste de Ministre de la cohésion des territoires suite à une « prise illégale d’intérêts » dans l’affaire des mutuelles de Bretagne1 est monté au créneau pour resserrer les rangs chez les député.e.s de la majorité. C’est avec le même objectif que le premier ministre Edouard Philippe a aussi pris la parole au sein de son groupe, à l’heure ou des voix dissonantes au sein même de la majorité présidentielle se font entendre2. A l’heure ou Macron, tout protégé derrière son immunité présidentielle fait mine de prendre ses responsabilités et exhorte quiconque à « venir le chercher » le désaveu à son encontre ne cesse de croître3. L’affaire Benalla apparaît donc comme un scandale d’État et un scandale politique qui peut faire vaciller le gouvernement Macron, d’autant qu’il apparaît de plus en plus clairement qu’il ne s’agit que la partie visible de l’iceberg. En effet, le proche de Benalla, Vincent Crase, gendarme réserviste est aussi impliqué dans le tabassage de manifestant.e.s comme le montrent les nombreuses vidéos, de même que Philippe Mizerski qui s’était déjà illustré lorsqu’il avait exfiltré le groupe de député.e.s de la France Insoumise de la manifestation en hommage à Mireille Knoll, sous la pression – ou en lien avec ? - le groupe d’extrême droite la Ligue de Défense Juive4. Il semble donc que nous sommes en face de ce qui s’apparente clairement à une milice privée qui agit sous la protection des plus hautes sphères de l’État.

    Une institution pourrie, charogne pour les vautours.

    Cette affaire, au-delà de mettre en lumière les coulisses d’une institution sclérosée – la Vème République – montre aussi que la bataille idéologique et politique à mener est bien plus large que le simple cas Benalla. En effet, si la politique du gouvernement, en faisant tout pour ne rien laisser filtrer veut clairement axer sa défense sur un cas isolé, nous ne devons pas nous y tromper : c’est tout un système politico-policier auquel il s’agit de faire face. La commission d’enquête parlementaire, malgré une certaine capacité à faire pression sur Macron ne doit pas nous leurrer : parmi les député.e.s, aucun.e ne considère que l’affaire Benalla est un symptôme non pas de la politique d’un gouvernement carnassier mais celui de tout un système. A gauche notamment où malgré une politique offensive de la FI, jamais la question du « maintien de l’ordre » dans son ensemble n’est pointée du doigt, ce qui semble paradoxal au lendemain de la marche de la Justice et de la Vérité pour Adama Traoré tué par les gendarmes il y a deux ans où étaient présents entre autres Eric Coquerel, François Ruffin et Danièle Obono. Enfin, cette commission compte aussi dans ses rangs les raclures d’extrême droite comme Marine Le Pen, Gilbert Collard ou encore Nicolas Dupont Aignan, qui, s’ils font mine de s’offusquer seront sans aucun doute les premier.e.s à appliquer de telles méthodes s’ils étaient au pouvoir. Constater ceci ne revient certainement pas à mettre sur le même plan le travail des un.e.s et des autres. Il s’agit simplement de constater que cette commission politicienne n’en demeure pas moins qu’une garante de la Vème république et de ses institutions, dont la police fait partie.

    Collomb démission ?

    Face à ce scandale, quelles revendications pouvons nous porter ? Si nous voyons souvent revenir le cri de « Collomb démission », qui serait certes une très bonne nouvelle, pouvons nous pour autant considérer que ça serait une victoire si cela aboutissait ? Nous pensons plutôt que cela ferait porter la responsabilité sur une seule personne et qu’une fois celle-ci éliminée, l’affaire serait réglée. Il n’en serait pourtant rien. Plutôt que de se limiter à cela, il nous semble plus juste d’appuyer sur le fait que c’est un ensemble, une structure qui doit sauter. Nous ne pouvons pas non plus nous contenter de dire que Benalla n’est qu’un flic comme les autres, que ce sont des violences auxquelles nous sommes habitué.e.s. Benalla n’est pas un flic comme les autres, c’est un milicien déguisé en flic, protégé personnellement par Macron. Que les violences policières soient en nette hausse depuis quelques années, d’abord dans les quartiers populaires puis contre les mouvements sociaux est un fait que le NPA, avec toutes ses composantes, n’a cessé de dénoncer et de combattre. Mais le cas Benalla dépasse cela dans la mesure où l’opinion publique est particulièrement choquée par cette situation, ce qui n’est pas le cas – bien sur nous le déplorons – dans le cas des exactions commises par les bleus en uniformes. Nous devons donc tenir les deux bouts de l’histoire pour tenter de proposer une politique juste qui aille dans le sens d’une prise de conscience plus générale du rôle de la police – et donc des violences policières – en tant qu’outil de répression au service de l’État et du capital. Il faut donc exiger la dissolution de tous les groupes, de toutes les milices au service privé des jeunes loups qui ont pris le pouvoir. Sans nous leurrer pour autant, nous devons exiger l’arrêt de la répression du mouvement social et syndical, l’interdiction du flash ball et des LBD-40. Enfin, nous devons exiger que la justice soit rendue à toutes les victimes de crimes policiers. Nous devons faire cela sans mépris pour les personnes qui pensent que malgré quelques brebis galeuses (ce qu’avait par exemple déclaré Mélenchon à propos des ordures qui ont torturé Théo) la police fait un travail convenable. On ne peut pas faire de la politique en méprisant les gens, mais en les convaincant. Enfin, nous devons interpeller fermement les directions du mouvement ouvrier qui doivent condamner à l’unanimité de tels agissements contre des manifestant.e.s.

    Face à un gouvernement, qui, s’il montre des signes évidents de faiblesse, reste un gouvernement de combat particulièrement virulent et combatif, nous devons faire un front commun pour espérer le faire plier plutôt que de s’en tirer en coupant quelques têtes.


    1 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/05/31/l-affaire-richard-ferrand-en-cinq-questions_5136649_4355770.html

    2 https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-pour-le-depute-lrem-paul-molac-c-est-le-pire-du-monde-d-avant_2864781.html

    3 https://tendanceclaire.org/breve.php?id=29263

    4 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/07/22/01016-20180722ARTFIG00109-qui-sont-les-protagonistes-de-l-affaire-benalla.php

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