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Grèves ouvrières : éléments pour un premier bilan et propositions pour un programme d’action

Par Daniela Cobet (15 novembre 2009)
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Les sept ou huit premiers mois de l’année ont été marqués par le début d’un retour du prolétariat industriel sur la scène politique, comme un élément central de cette première étape de résistance aux effets de la crise capitaliste mondiale. Les travailleurs de Caterpillar, Continental, Goodyear, New Fabris, Molex, Freescale… ont non seulement attiré l’attention des médias, mais surtout inquiété le patronat et le gouvernement, les obligeant dans certains cas à quelques concessions.

Cette vague de luttes a été encourageante dans la mesure où, contre tout le discours réactionnaire qui annonçait que la classe ouvrière n’existait plus ou bien qu’elle existait mais était devenue tellement conservatrice qu’elle n’avait plus aucune capacité de lutte, elle a montré que le prolétariat industriel est toujours là, et que l’étape ouverte par la crise historique du capitalisme tend à le pousser de nouveau à l’action.

Comme il s’agit bien d’une première vague et que, malgré une certaine pause actuellement dans les luttes ouvrières à enjeu national, les tendances ouvertes par cette nouvelle étape se maintiennent, il nous semble nécessaire de commencer à tirer un bilan de ces premiers combats pour mieux préparer les suivants.

Dynamique combative et limites revendicatives des luttes contre les licenciements

Dans un article précédent (http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=35), nous avons signalé quelques caractéristiques des grèves qui avaient eu lieu jusqu’à ce moment-là (fin mai) : prédominance des secteurs périphériques de la production (dans l’automobile, par exemple, plutôt les équipementiers que les grands constructeurs), radicalité des méthodes de lutte (piquets de grève, séquestration de patrons, quelques occupations de sites), mais programme qui en général ne dépassait pas la revendication des primes licenciement et trahison des directions syndicales.

Dans quelques conflits emblématiques comme celui de Continental, les ouvriers ont obtenu des primes supérieures à ce que les patrons voulaient leur accorder, ce qui montre la force potentielle de la classe ouvrière en lutte. Mais dans la plupart des cas les conflits se sont achevés par des défaites (maintien des plans de licenciements) et l’unification des luttes, indispensable pour imposer un rapport de forces au patronat ne s’est jamais réalisée.

Jusqu’aux mois de juillet/août, ces caractéristiques (radicalité des méthodes pour des revendications limitées) se sont maintenues. Dans quelques cas comme celui du conflit de New Fabris, les travailleurs sont allés jusqu’à menacer de faire sauter l’usine dans le cas où le patron ne leur accorderait pas la prime demandée. Cette méthode extrême était à la fois l’expression d’un début de radicalisation et une déclaration d’impuissance et de désespoir face à la trahison des directions syndicales et à l’isolement dans lequel ils se trouvaient. Dans un second temps, en contact avec les camarades de la Fraction L’Étincelle et du NPA, les travailleurs de New Fabris ont politisé leur lutte en appelant à la première initiative nationale pour une « coordination contre les licenciements et les patrons-voyous », avec la manifestation de Châtellerault le 31 juillet. Comme les travailleurs de Continental, de Lear et de Goodyear qui avaient commencé à se coordonner dans l’Oise et comme les ouvriers de la Meuse qui avaient mis en place un comité de défense ouvrière (à l’initiative de militants du NPA), la lutte des New Fabris a ainsi montré la voie à tous les travailleurs, prouvant qu’il était possible de commencer à surmonter l’isolement malgré et contre les directions syndicales. C’est cette dynamique qui a abouti à la rencontre de Blanquefort le 5 septembre, à la manifestation nationale de 3000 travailleurs en lutte contre les licenciements à Paris le 17 septembre, qui s’est terminée par la prise de parole de Xavier Mathieu, délégué CGT de Continental, et de Mickaël Wamen, délégué CGT de Goodyear, contre le gré des bureaucrates syndicaux à qui ils ont demandé de prendre enfin les initiatives nationales nécessaires à la convergence des luttes.

Cependant, cela n’a pas suffi : l’atomisation imposée par les directions syndicales a été plus fort que les initiatives de coordination. Dans ce cadre, même lorsque les ouvriers ont posé le problème du maintien des postes de travail, comme à Molex, l’isolement a conduit à la défaite. De même, l’isolement explique que la dernière grève ouvrière de portée nationale, celle des travailleurs de Freescale à Toulouse contre un plan de 830 licenciements, ait été suspendue sans victoire le 9 octobre après cinq semaines d’une grève auto-organisée, dont dix jours de blocage efficace, mais levé par la police ; les ouvriers n’ont pas voulu épuiser toutes leurs forces dans un combat solitaire alors que l’usine doit fermer avant fin 2011.

New Fabris
Ouvriers de New Fabris (Châtellerault, Indre) installant des bonbonnes de gaz tout autour de l’usine en juillet (source : www.phototheque.org)

Depuis, même si le niveau d’activité des ouvriers et la portée de leurs luttes dans la situation nationale ont considérablement baissé depuis le mois d’août, il y a encore d’assez nombreuses grèves, parfois avec occupation, mais elles ne dépassent pas le cadre d’un rapport de forces local. C’est le cas de la grève de l’usine Legré-Mante à Marseille, qui produit de l’acide tartrique et est occupée par ses 48 salariés licenciés, pour la défense de l’emploi, depuis le 6 juillet. De même l’usine Sermed, à Eternoz (Doubs), qui produit des moteurs électriques, est occupée par 28 salariés malgré la fin d’activité depuis juillet ; ils demandent 11 000 euros de primes en plus des indemnités légales et empêchent le départ des machines et des stocks. L’usine Chaffoteaux de Saint-Brieuc, qui produit des chaudières, a également été occupée pendant quatre mois et demi, nuit et jour, avec des AG quotidiennes, par ses salariés luttant contre 206 licenciements ; ils ont obtenu finalement 25 000 euros d’indemnités supplémentaires et 4 à 22 mois de congé de reclassement (selon l’ancienneté) payés à 90% du salaire. À l’usine Goss de Nantes, qui produit des rotatives pour l’imprimerie, la lutte dure depuis mars contre un plan de 165 licenciements (sur 290) et des blocages ont lieu régulièrement. Il y a eu aussi la grève et la montée à Paris, au ministère de l’économie, le 5 octobre, d’une cinquantaine de salariées de l’usine Pepper de Grenoble, qui fabrique des doudounes de la marque Moncler et doit fermer malgré 300% de bénéfices depuis 2005 pour cette marque ; les 48 ouvrières, très qualifiées, ont obtenu des engagements de reclassement. Mentionnons encore la grève des bagagistes d’Orly, salariés de l’entreprise Servisair, pendant une dizaine de jours à la mi-octobre, qui a causé de fortes perturbations sur certains vols ; ils ont obtenu la reprise de la majorité des salariés par l’entreprise qui succède à Servisair, qui s’était vu refuser le renouvellement de sa licence d’exploitation, même si plusieurs dizaines de CDD sont licenciés.

Obstacle majeur des directions syndicales et rapport entre limites programmatiques et échec des initiatives de coordination

Mais pourquoi toutes ces luttes sont-elles restées isolées alors qu’il y a eu des dizaines de conflits simultanés, luttant tous contre les licenciements, et qu’une partie de l’avant-garde ouvrière avait compris qu’il fallait chercher une coordination des luttes ?

La première et principale raison est que les directions syndicales bureaucratiques et leurs amis des partis réformistes (notamment du PCF et du PG.) n’ont rien fait pour que cette coordination ait lieu, et ont tout fait pour l’empêcher, notamment par la déviation de la dynamique du début de l’année qui, influencée par la grève générale en Guadeloupe, appelait à un « tous ensemble », à la grève générale.

Or, face à la politique scandaleuse des directions syndicales, le programme mis en avant dans la plupart des luttes ouvrières est resté largement insuffisant : la lutte pour des indemnités est par définition une lutte contre son propre patron et reste donc limitée à sa propre boîte, alors que seule une bagarre de l’ensemble de la classe ouvrière contre l’ensemble des patrons, pour empêcher les licenciement et les fermetures, exigeant le maintien des postes de travail, peut permettre d’obtenir de véritables victoires.

Ces limites programmatiques peuvent être expliquées : les travailleurs font leur propre expérience et, au moment où ils commencent seulement à redresser la tête, ils subissent le poids des années de recul et de passivité des travailleurs du privé, le manque de confiance en leurs propres forces pour faire reculer le patron et certains sont donc tentés de s’en sortir individuellement en partant avec un peu d’argent plutôt que de mener une longue lutte collective à l’issue incertaine.

Cependant, si les luttes des travailleurs ne surmontent pas ce niveau de subjectivité et n’avancent pas un programme capable d’unifier l’ensemble de la classe, il est probable que les prochains combats subissent le même sort que ceux des derniers mois. Cependant, le processus de maturation de la conscience de classe à travers la lutte et notamment les initiatives de coordination malgré et contre les directions syndicales auraient pu aller beaucoup plus loin si les organisations d’extrême gauche avaient été à la hauteur de l’enjeu. Or, si elles ont participé aux grèves et aux initiatives de convergence, elles ont refusé d’en faire un axe central de leur politique en s’affrontant durement aux bureaucrates et en mettant en avant un programme de lutte réellement alternatif à la seule exigence de primes de licenciements, capable d’unifier l’ensemble des luttes en cours. Au contraire, à plusieurs reprises, elles ont fait écho au programme d’indemnités les plus élevées possible. Elles se justifient en disant ne pas vouloir donner de leçons aux travailleurs, mais ce dont il s’agit, c’est de leur proposer un programme et des initiatives qui permettent de créer une dynamique de lutte qualitativement supérieure, seule capable de balayer l’obstacle des directions syndicales.

Éléments pour un programme d’unité des travailleurs contre les licenciements et les fermetures d’usine

Pour préparer la prochaine vague de luttes ouvrières, il faut commencer à populariser un programme d’action qui formule des revendications unifiantes pour la classe ouvrière et montre que, pour obtenir des victoires, il faut s’en prendre à la propriété privée capitaliste.

Un tel programme doit d’abord unifier les revendications des ouvriers de tous les secteurs, des intérimaires et des travailleurs au chômage. Le non renouvellement du contrat des intérimaires est une forme cachée de licenciement, dont les patrons se sont servi pendant des années et encore aujourd’hui pour « ajuster » le coût de la production aux ventes, aux dépens de la vie des travailleurs. De plus, tout ouvrier sait que quand un intérimaire part, c’est à lui de faire son boulot. Et quand un nouvel intérimaire arrive, c’est à lui de le former dans sa fonction, sans rien toucher de plus. C’est pourquoi la lutte contre le licenciement des intérimaires et pour leur embauche en CDI est une revendication primordiale de tous les travailleurs. Cela implique aussi d’organiser les intérimaires dans le syndicat de l’entreprise où ils travaillent, non seulement dans celui de la boîte d’intérim dont ils dépendent.

D’autre part, le patronat utilise la menace du chômage pour mettre la pression sur les ouvriers, car il peut toujours dire que si on n’est pas satisfait, il y a une foule de gens qui accepteraient de travailler dans les conditions imposées par le patron. Car c’est toujours mieux d’avoir un travail, quoique mauvais, que de ne pas en avoir, encore plus à un moment où les attaques contre les droits des travailleurs au chômage se multiplient (radiations massives, mise en place du RSA et obligation d’accepter n’importe quel poste après quelques mois au chômage) et que la crise économique détruit massivement des postes de travail. Pour en finir avec ce mécanisme pervers, nous devons imposer le partage des heures de travail entre tous, avec une réduction de la journée de travail, sans réduction de salaire ni précarisation, jusqu’à ce que tous aient un travail. Cette revendication permet d’unifier les travailleurs avec et sans travail dans une lutte commune et d’améliorer les conditions de travail pour tous.

Où trouver l’argent pour payer un salaire à tous ? Dans les profits des actionnaires et dans les salaires millionnaires des PDG. Et si les patrons veulent nous faire croire que « les caisses sont vides », il faut qu’ils le démontrent en ouvrant les livres de comptabilité des entreprises. Car même s’ils prouvent qu’il ne font pas de profit actuellement ce qui est faux dans la plupart des cas, notamment dans les grandes entreprises qui sont souvent les donneurs d’ordre des plus petites), nous montrerons qu’il y a de l’argent dans les milliards de profit que les patrons ont accumulés pendant toutes ces dernières années grâce à notre travail !

Pour assurer la mise en place de toutes ces mesures, nous formerions des comités de contrôle dans chaque usine, auxquels tous les travailleurs pourraient participer, qu’ils soient en CDI ou intérimaires, syndiqués ou non.

Nous nous opposons aux licenciements et aux fermetures d’usine : aucun licenciement, ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise ! Si les patrons prétendent ne pas pouvoir maintenir l’entreprise, nous réclamons son expropriation et sa nationalisation sous gestion des travailleurs. Loin d’être une utopie ou un retour aux nationalisations bourgeoises faites auparavant en France, il s’agit d’une réponse concrète à la crise, seule solution pour maintenir les postes de travail et le salaire et pour en finir avec la dictature du patron dans l’usine. En Argentine les ouvriers de l’usine de carrelage Zanon l’ont montré lorsqu’ils ont occupé l’usine, l’ont remise en marche eux mêmes, sans patron et ont imposé qu’elle soit expropriée par l’État. (À ce sujet, voir notre dossier dans le précédent numéro d’Au Clair de la lutte, http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=82 et articles suivants)

Un programme de ce type, proposant des revendications communes à tous les travailleurs, les aiderait à lutter jusqu’au bout, à prendre confiance en leurs propres forces et à trouver les formes pour se coordonner largement lors des prochaines luttes, en s’opposant aux directions syndicales. C’est ainsi qu’il sera possible d’aller vers une grève générale qui paralyse le pays pour commencer à donner une réponse de fond à la crise, à imposer qu’elle soit payée par les capitalistes. En même temps, il faut expliquer sans relâche que, pour empêcher les capitalistes de faire payer la crise aux travailleurs, il ne suffira pas même d’une grève générale, mais qu’il faudra en finir avec le système capitaliste en imposant un gouvernement des travailleurs eux-mêmes, car ils sont seuls capables de défendre leurs propres intérêts.

Aujourd’hui c’est la tâche des militants ouvriers et révolutionnaires de discuter patiemment avec les collègues de travail de cette perspective, pour que nous soyons mieux préparés à intervenir efficacement dans les luttes. C’est l’un des enjeux majeurs des discussions programmatiques et stratégiques au sein du NPA, pour que notre parti soit réellement utile aux luttes ouvrières actuelles et à venir.

Molex

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