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Les indépendantistes catalans en tête des sondages
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
A un peu moins de trois semaines d'un scrutin régional centrée sur l'indépendance, les deux listes sécessionnistes catalanes pourraient compter sur une majorité des sièges. Mais l'élection ne sera que le début du processus.
Les indépendantistes catalans peuvent espérer l'emporter lors des élections régionales du 27 septembre prochain. Selon le sondage de l'institut Gesop réalisé auprès de 1.400 personnes entre le 31 août et le 3 septembre, pour le quotidien de Barcelone El Periodico, les deux listes indépendantistes, Junts pel Si (« ensemble pour le oui ») et l'extrême-gauche indépendantiste CUP, obtiendraient ensemble entre 67 et 70 sièges, alors que la majorité absolue des sièges est à 68. Un autre sondage, réalisé par SigmaDos pour le quotidien madrilène El Mundo et réalisé au cours de la même période donne entre 70 et 74 sièges à ces deux listes (62-65 pour Junts pel Si, 8 à 9 pour la CUP).
Progression de la liste commune indépendantiste
La victoire du camp indépendantiste n'est donc pas acquise, mais ces enquêtes, les premières véritablement sérieuses de la campagne, sont plutôt encourageantes pour ce camp. La liste commune Junts pel Si fondée en juillet qui regroupe la CDC, le parti centriste du président de la région, Artur Mas, la gauche républicaine (ERC) d'Oriol Junqueras et plusieurs associations séparatistes, commence à prendre pied dans la campagne. En juin, dans une enquête du même institut, l'ensemble des formations de cette liste n'obtenaient pas davantage que 52 à 55 sièges. Cette fois, ils sont crédités de 60 à 62. Le succès n'était pas évident dans la mesure où cette liste regroupe des partis qui ont des programmes très différents. Parallèlement, néanmoins, la CUP recule en trois mois, passant de 11 à 12 sièges à 7 à 8 sièges. En tout donc, la progression des indépendantistes s'élève à 3 ou 4 sièges.
L'effet de la remontée du PP dans le reste de l'Espagne
Ce frémissement s'explique par deux phénomènes. Le premier se joue au niveau espagnol. Il existe en effet une interaction entre la situation politique nationale et celle de la Catalogne. Le rejet des partis politiques traditionnels est très fort dans la région, notamment celui du Parti populaire de Mariano Rajoy, tant pour sa politique opposée à l'autonomie renforcée de la région que pour sa politique d'austérité budgétaire. Plus le PP est fort au niveau espagnol, plus les indépendantistes progressent en Catalogne, car la perspective d'une « rénovation » de l'Etat espagnol semble s'éloigner. Or, depuis la fin du printemps, le PP remonte dans les sondages en Espagne et les partis « alternatifs », Podemos à gauche et Ciudadanos à droite, reculent nettement. Logiquement, donc, les séparatistes catalans sont plus attirants pour l'électorat de la région.
Le durcissement de Mariano Rajoy
Ce premier phénomène a été renforcé par un second, celui d'une offensive de Madrid contre l'indépendantisme. Mariano Rajoy qui ne cesse de marteler que la Catalogne ne sera pas indépendante a ainsi présenté mardi 2 septembre un projet de loi permettant de suspendre des fonctionnaires et des dirigeants qui ne respectent pas ses décisions. Ce projet est une préparation institutionnelle contre le risque de déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne et le PP ne s'en cache guère. Or, comme en 2010 lors de la suspension du projet de statut d'autonomie ou avant le référendum du 9 novembre, lorsque Madrid avait bloqué le processus, la « ligne dure » espagnole profite à l'indépendantisme. Du reste, une autre « gaffe » est venue apporter de l'eau au moulin des séparatistes.
La provocation de Felipe Gonzalez
Le 31 août, l'ancien chef du gouvernement espagnol socialiste, Felipe Gonzalez, a publié dans El Pais, une tribune comparant la montée du catalanisme à celle des fascismes des années 1930. Une comparaison particulièrement mal perçue en Catalogne, car les indépendantistes ont compté parmi les premières victimes du franquisme, à l'image de Lluys Companys, ancien président ERC de la région, exécuté en 1940 après avoir été livré par les Allemands.
Les indécis restent les vrais arbitres
Les indépendantistes n'ont cependant pas gagné, loin de là. Les indécis devraient décider du vote. Mais la dynamique manque au camp unioniste. Certes, les deux grands partis nationaux, PP et PSC (version catalane du PSOE), progressent mais au détriment des deux partis « alternatifs », Ciudadanos et Podemos. Pour autant, le camp indépendantiste doit faire face à plusieurs défis. Le premier est celui de la nature de la majorité. La majorité des sièges n'est pas la majorité des voix. La position de Junts pel Si est qu'une majorité parlementaire suffira à entamer le processus sécessionniste. Mais les défis ne manqueront pas.
La question de l'alliance entre les deux listes indépendantistes
D'abord, la majorité parlementaire sera dépendante d'une alliance entre Junts pel Si et la CUP. Or, ce dernier parti à sa propre feuille de route, plus radicale dans sa volonté de se séparer de l'Espagne. Baptisé « pour la rupture », ce programme préconise une « déclaration unilatérale d'indépendance » alors que le programme de Junts pel Si réclame une proclamation de « souveraineté. » La nuance est importante, car la deuxième option n'induit pas de rupture immédiate avec Madrid et appelle à des négociations. Le sondage de la Gesop souligne cependant que la majorité des Catalans et des électeurs de Junts pel Si et de la CUP sont en faveur d'une telle déclaration uniquement s'il y a une majorité des voix, pas seulement des sièges. Mais si Madrid, comme le souhaite Mariano Rajoy, ne veut pas négocier et a recours à l'article 155 de la constitution espagnole qui autorise le gouvernement à « prendre toutes les mesures nécessaires pour contraindre une communauté autonome à respecter ses obligations [lorsqu'elle] porte gravement atteinte à l'intérêt général de l'Espagne », comment réagiront les partis membres de la coalition ? La CUP ne sera-t-elle pas tentée de jouer la rupture ?
Convaincre l'opinion
Autre défi : faute de majorité forte - et de majorité absolue dans l'électorat - les indépendantistes devront encore convaincre pendant le processus de séparation, au risque de voir ce dernier échouer. La feuille de route de Junts pel Si, prévoit en effet un référendum sur l'indépendance à l'issue du processus. Pour ne pas rendre vain et risqué ce processus lui-même, il faudra donc s'assurer d'une majorité plus large. Autrement dit, il faudra gagner encore des positions à gauche, soit dans les électeurs socialistes, soit parmi les électeurs de Podemos et de l'alliance de gauche ICV-EuiA. L'indépendantisme possède en théorie ici un certain potentiel, notamment si le PP demeure au pouvoir en Espagne après le 20 décembre prochain.
Quel effet d'un refus de Madrid de négocier ?
Le principal défi, là encore sera celui du bras de fer avec Madrid. Si Madrid refuse de discuter, il sera naturellement plus difficile d'élargir le consensus. Mais, comme on l'a vu, chaque durcissement espagnol profite au sécessionnisme catalan. Et pourrait donc renforcer le soutien à un gouvernement indépendantiste pour une accélération du processus de rupture. Comme on le voit, l'élection du 27 septembre ne sera qu'une étape, même si les indépendantistes catalans l'emportent.




