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Liens
Cinéma : Moi, Daniel Blake
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/idees/culture/cinema-moi-daniel-blake
De Ken Loach. Avec Dave Johns, Hayley Squires et Dylan McKiernan. Sortie le mercredi 26 octobre.
Rebecca O’Brien, sa productrice qui l’accompagne depuis plus de 20 ans (depuis leur premier film ensemble, Hidden Agenda, en 1990) était la marraine du festival. Un débat était organisé sur les conséquences du Brexit pour le cinéma britannique, débat auquel elle a participé. Elle y a exprimé le désarroi des professionnels qui constatent l’amateurisme des partisans de la sortie qui n’ont pas du tout anticipé ses conséquences. Si des grosses productions telle Harry Potter vont probablement continuer à être tournées en Grande-Bretagne, il est à craindre que les petites structures qui ont besoin des aides européennes et de la diffusion qu’elles permettent, soient celles qui en pâtissent le plus.
Le festival de Dinard a couronné Sing Street de John Carney, qui a raflé tous les prix. Il met en scène un groupe d’élèves d’un collège public irlandais des années 1980 qui décident de monter un groupe de musique pour s’échapper de l’univers carcéral et violent de l’institution scolaire. Fraîcheur de ton, enthousiasme, espoir dans l’avenir, avec une bande son géniale (The Cure, Duran Duran, the Clash…), emportent la conviction. Le film sort aussi en France le 26 octobre, et il n’y a pas de raison de ne pas se faire du bien en allant le voir.
Registre très différent pour le film de Ken Loach qui explore une fois de plus les dégâts de la politique libérale initiée par Thatcher sur la classe ouvrière britannique. Cette nouvelle œuvre fait partie de la tradition de ses films centrés sur le social, loin de ses œuvres historiques de style plus épique. Là c’est une petite histoire, deux vies, deux quotidiens, qui se croisent dans les locaux du Job center, le Pôle Emploi britannique. Un menuisier de 59 ans, malade du cœur, déclaré apte au travail par l’organisme privé chargé de traquer les tricheurs, alors que ses médecins s’y opposent. Une jeune femme, mère de deux enfants, qui voit sa pension supprimée pendant un mois... parce qu’elle arrive cinq minutes en retard à son rendez-vous !
Dignité humaine
Ken Loach s’en prend à la politique de privatisation des services publics engagée depuis 2010 par George Osborne, ministre des finances de Cameron, qui lui a permis d’atteindre les niveaux le plus bas des dépenses publiques depuis la guerre. Clairement une politique post-thatchérienne aux conséquences sociales dramatiques.
C’est probablement l’un des films les plus noirs que réalise ici Ken Loach. Nos deux héros, Daniel et Katie, s’appuient l’un sur l’autre pour faire face. Cela facilite leur existence mais cela ne les aide pas à échapper à la mécanique sociale de l’exclusion qui les entraîne vers le fond, chacun à sa manière. L’espoir n’est pas de ce monde. Il y a la démerde individuelle qui peut s’accompagner de solidarité. Il y a des irruptions de révoltes, de colère, teintées d’humour tragique. Mais plus rien de collectif, plus rien qui ressemble à de la résistance. Juste l’affirmation de la dignité humaine qui permet de penser que quelque chose peut encore se reconstruire.
La marque de fabrique de Ken Loach, c’est l’amour qu’il témoigne à ses actrices et acteurs, aux héros qu’ils et elles interprètent (working class hero...). On sait dans quel camp il se situe, quitte à risquer un certain manichéisme. La qualité du casting, la justesse du jeu de ses interprètes, l’émotion qui s’en dégage, ne peuvent laisser indifférent. Après Jimmy’s Hall, Ken Loach avait laissé entendre qu’il allait arrêter de tourner. Il n’en est rien et c’est tant mieux.
Jean-Marc Bourquin




