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Le tournant pro-Brexit que Corbyn
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Lors de son discours de rentrée, le chef de file du Parti travailliste britannique a négocié un tournant inattendu sur les questions de l’Europe et de l’immigration.
En chute libre dans les sondages, le chef de file du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a tenté de redresser la barre, mardi 10 janvier, en négociant un tournant inattendu sur les deux questions qui font fuirses électeurs : le Brexit et l’immigration. Alors qu’il n’acceptait aucune restriction sur l’immigration jusqu’à présent, il a déclaré que le Labour n’était « pas marié avec le principe de la libre circulation des citoyens européens » et que les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne devraient prévoir une réforme des règles de l’immigration afin d’aboutir à « une gestion raisonnable ».
Jeremy Corbyn, qui a fait mollement campagne contre le Brexit, dit aujourd’hui tout haut ce qu’il a tu pendant des mois : « Le Royaume-Uni peut prospérer après le Brexit. » La focalisation de son discours de rentrée sur ces questions cruciales, qu’il rechignait jusqu’à présent à évoquer, et le choix de la ville de Peterborough, dans le centre de l’Angleterre, qui a voté largement pour le Brexit – contrairement à la consigne officielle des responsables travaillistes –, signalent un recentrage destiné à regagner l’électorat populaire que lorgne de façon de plus en plus insistante le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP, extrême droite) et son nouveau patron, Paul Nuttall.
Le dilemme central des discussions à venir avec l’UE se joue entre l’accès au marché unique, jugé vital pour l’économie britannique, et la fin de la libre entrée des Européens, tous deux revendiqués par le Royaume-Uni et promis aux électeurs pendant la campagne du référendum, mais jugés incompatibles aux yeux de Bruxelles.
Alors que la première ministre conservatrice, Theresa May, vient de confirmer qu’elle privilégierait le contrôle de l’immigration sur l’accès au marché unique européen lors des négociations qu’elle veut ouvrir à la fin mars avec les Vingt-Sept, M. Corbyn a semblé faire le choix inverse. « Nous ne pouvons nous permettre de perdrele plein accès aux marchés européens dont tant d’emplois dépendent au Royaume-Uni », a-t-il déclaré.
Déclarations contradictoires
Il n’est pas certain que son discours de Peterborough dissipe l’épais brouillard qui entoure les positions de son parti sur le Brexit et l’immigration. Lui-même a multiplié mardi les déclarations ambiguës, voire contradictoires entre discours et interviews, n’excluant pas la liberté de mouvement des Européens après avoir pris ses distances avec ce « principe », semblant prôner une gestion plus serrée de la frontière, avant de déclarer que le flux net de 190 000 migrants européens entre juin 2015 et juin 2016 « n’était pas » trop élevé.
L’essentiel à ses yeux semble être de lutter contre « la grotesque exploitation » des travailleurs européens par certaines entreprises britanniques et la pression à la baisse sur les salaires qui en résulte. « Ce que nous ne voulons pas, a-t-il déclaré, c’est que la Grande-Bretagne devienne une économie d’aubaine aux portes de l’Europe abaissant l’impôt sur les sociétés et encourageant les bas salaires. »
Lui-même peu clair sur les moyens d’atteindre ces objectifs, il a accusé Theresa May d’entretenir le flou. « Jamais depuis la seconde guerre mondiale, a-t-il tonné, l’élite au pouvoir au Royaume-Uni n’a mis si imprudemment le pays dans une situation aussi vulnérable sans avoir de plan. » La charge contre « l’élite » fait partie de la nouvelle ligne anti-establishment de M. Corbyn destinée à séduire les électeurs des classes populaires dont le vote pro-Brexit vise les responsables politiques londoniens.
Cette stratégie survient alors que l’impopularité du leader et la perte du bastion écossais excluent toute possibilité de victoire électorale nationale. Tandis que les conservateurs sont crédités de 39 % d’intentions de vote, le Labour n’en recueille que 26 % et le UKIP 14 %.
Seuls 14 % des Britanniques estiment que Jeremy Corbyn serait « le meilleur premier ministre » alors que la cote de Mme May atteint 47 %. Selon un rapport du cercle de réflexion de gauche Fabian Society, les travaillistes pourraient passer de 232 sièges à moins de 150 aux prochaines élections législatives.
La première alerte concrète pourrait venir, fin janvier, du résultat de l’élection partielle de Copeland, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Une circonscription acquise au Labour depuis 1931 mais aujourd’hui menacée après la démission de son député Jamie Reed. Celui-ci a claqué la porte après avoir accusé M. Corbyn d’avoir injecté « du poison comme jamais » dans le parti.
Les prochaines législatives ne sont programmées qu’en 2020, mais, au moindre obstacle sérieux sur la route du Brexit, Theresa May peut provoquer un scrutin anticipé pour asseoir son autorité, avec la quasi-certitude d’un triomphe contre le Labour de Jeremy Corbyn.




