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Circulation monétaire communiste
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Episode 1 (Principes)
Récemment ont été mises en circulation des propositions pour sortir de la finance néolibérale. L’exercice qui suit pousse le bouchon plus loin puisqu’il décrit une finance communiste. Le terme pourrait sembler paradoxal, il ne l’est pas, du moins c’est que nous croyons. Dans une période politique ambivalente, nous aimerions enrichir l’éventail des solutions politiques disponibles, sait-on jamais. Cette proposition est hétéordoxe et un peu technique, aussi sa présentation s’étalera sur plusieurs billets. Elle est exposée de manière complète ici.
Il y a ...
Il y a de la monnaie. Selon nous, ce postulat vaut quelle que soit la société, capitaliste, communiste, féodale, ou n’importe quoi d’autre. André Orléan et Frédéric Lordon l’ont montré d’une manière à la fois élégante et irréfutable. Ce il y a ne préjuge en rien de combien — au sens de l’extension de la sphère marchande —, ni de comment — la monnaie peut revêtir beaucoup de formes.
Pourquoi est-ce fondamental ? Parce que la monnaie est un outil extraordinairement puissant de coordination économique. Certes quand on est plongé dans le capitalisme, cela semble un truisme. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir en sortir — de manière très légitime — or une quantité considérable de propositions dans ce sens tentent de réhabiliter la planification, avec pour horizon ultime une économie démonétarisée, basée sur une « comptabilité » en valeur d’usage pure. C’est la direction indiquée par les camarades de la revue Positions, ou par ceux de la Wertkritik. Et à notre sens, ils font fausse route. Fédéric Lordon et Bernard Friot se détachent nettement dans ce paysage, et nous sommes bien plus d’accord avec eux.
Radicaliser Gesell
Ici nous voudrions exhumer une proposition de réforme sociale radicale oubliée et l’étendre à notre profit. C’est celle du théoricien socialiste Silvio Gesell qui avait imaginé une monnaie fondante de 5 % par an, le Freigeld, qu’on traduit habituellement par monnaie franche. Son idée, éviter la thésaurisation et forcer les marchandises et l’argent à circuler. En effet si l’argent fond dans le temps, les agents économiques préfèrent s’en débarrasser en achetant quelque chose avec : les marchandises circulent, la rente disparaît. À ce stade ce qui compte, ce ne sont pas tant les idéaux sociaux de Gesell (moins marxistes que les nôtres) que le fait que son idée fonctionne en pratique. Et pourtant le maniement de sa monnaie n’était guère commode : il fallait tamponner les billets périodiquement et les renouveler quand ils avaient atteint leur nombre maximal de tampons. Malgré cela, le succès à l’échelon local a été tel que les pouvoirs publics centraux ont dû mettre fin à l’expérience. Les usagers ne se sont pas détournés de la monnaie au prétexte qu’elle fondait dans le temps. Certes, ils avaient intérêt à se débarasser de leur avoir, mais on n’a pas observé de sédition monétaire conduisant à une crise d’hyperinflation.
Le problème de la liquidité
Cependant, il y a un petit défaut qui empêche de mettre en œuvre la proposition de Gesell à l’échelle d’un Etat dans une économie contemporaine — ouverte. Un défaut que Keynes, qui l’admirait pourtant beaucoup, n’avait pas manqué de voir. S’il y a une parfaite liquidité monétaire en contexte plurimonétaire, les agents vont préférer une monnaie non fondante. Patatras ! Retour à la sédition monétaire. Mais attention ! Seulement s’il y a une bonne liquidité monétaire. D’ailleurs, l’histoire économique atteste que ce problème ne se limite pas au cas où l’on est en présence d’une monnaie fondante. James Tobin avait bien vu que la monnaie se changeait en capital (support de spéculation et d’accumulation) en cas de parfaite liquidité monétaire et de liberté des cours. C’est exactement pour cette raison qu’il a inventé la fameuse taxe qui porte son nom. Libéral pur sucre il cherchait à résoudre un problème purement technique, et certainement pas à sortir du capitalisme.
Mais c’est notre cas. Or pour sortir du capitalisme, ou même seulement du néolibéralisme, il faut se débarrasser de sa finance. Et pour cela, mettre fin à l’absolue liquidité du capital — celle-ci étant le moyen par lequel il étend sa tyrannie sur la société.
Ici, il faut se poser la question de la fluidité des échanges monétaires, sous-jacente à la liquidité du capital. En régime capitaliste certaines transactions monétaires sont fluides, d’autres visqueuses. Si l’on tient pour acquis que le communisme abouti ne tient pas en l’absence de monnaie, quels échanges monétaires y reste-t-il ? Le versement des « salaires », l’achat de biens ou de services par des particuliers, les échanges inter-entreprises, l’acquitement de l’impôt, le remboursement des prêts, les flux assurantiels, … Par contre, fini la bourse, les transactions entre différents supports financiers, les placements et autres investissements. Or voici plutôt, les échanges à conserver sont justement ceux qui sont le plus visqueux en régime capitaliste. En France, le versement des salaires est grevé du prélèvement de la cotisation, soit environ 58 % du montant total de l’échange. L’achat de biens et de services l’est du prélèvement de la TVA, soit 20 % du montant de la transaction finale. Les échanges inter-entreprises le sont indirectement de l’impôt sur les sociétés : en gros, 25 % sur les bénéfices. On met ici de côté la multiplicité des cas, on fixe juste quelques ordres de grandeur. Mettons pour le moment de côté les flux assurantiels. Une part très conséquente des transactions non financières est donc absorbée par l’impôt ou la cotisation. Par contraste, on constate que seuls les flux purement financiers ont besoin de ne pas être entravés. Mais si l’on se débarrasse d’eux, puisqu’on passe en régime communiste, il ne reste que les flux fortement ponctionnés.
Quel est notre but ici ? Faire voir que la fonte à l’échange que nous proposons, si on la comprend comme un impôt, peut sans crainte atteindre un taux élevé. On s’apprête donc à s’écarter fortement de la taxe Tobin ou de la Taxe sur les Transactions Financières (il n’y aura plus de transcations financières), en proposant des taux de fonte à l’échange bien plus élevés.
Socialiser la valeur ajoutée
En fait on souhaite substituer la fonte monétaire à tout impôt (taxe, impôt, cotisation). Allons plus loin, puisque c’était dans notre liste, aussi à tout remboursement de prêt. L’idée de ne plus financer l’économie que par subventionnement, nous la tenons de Bernard Friot, qui ici voit juste : le prêt est un moyen de chantage.
Et puisqu’il s’agit de communisme monétarisé, il va falloir, en fin de compte, socialiser toute la valeur ajoutée, afin d’empêcher l’accumulation capitaliste. Quel devra donc être le montant de la fonte à l’échange pour ce faire ? Ce rapport de l’INSEE, indique un taux de valeur ajoutée moyen de 29,9 %. Le taux de valeur ajoutée est la valeur ajoutée divisée par le chiffre d’affaire, on peut mesurer ce chiffre à l’échelle d’une entreprise ou de manière agrégée, au niveau national. Il faudra donc que la fonte à l’échange s’approche de cette valeur en y restant légèrement inférieure. La fonte dans le temps viendra rattraper l’excédent accumulé. On explicitera plus tard les mécanismes permettant de réduire la disparité inter-entreprises.
Contrôle de l’émission
D’abord, récapitulons. Le souverain — nous allons préciser immédiatement lequel — se trouve désormais en amont de l’émission monétaire, sans créancier résident. Et la monnaie est donc pleine, fondante à l’échange et dans le temps. La fonte se substitue à tout impôt, taxe, cotisation ainsi qu’à tout remboursement de prêt. La fonte capture la valeur ajoutée et toute suraccumulation, et le souverain les redistribue instantanément, en opérant les transferts sociaux et le subventionnement de l’économie.
Les banques peuvent continuer d’être privées, simplement elles ne se financent plus avec les intérêts d’emprunts mais par la commande des moyens de paiement par la puissance publique. Ces derniers sont évidemment fournis gratuitement aux usagers de la monnaie.
Mais ici attention. Même si les banques sont privées, la décision d’émission est remise au politique, aussi, il ne faut pas que l’on se retrouve avec une Gosbank de fait. C’est pourquoi il faut que le souverain ait une forme particulière. Fédérale, subsidiaire et réticulaire. Démocratique aussi — par dessus tout — ça va avec. Un billet ultérieur se chargera de présenter des institutions politiques dites mésomorphes auxquelles l’émission monétaire devra être adossée. Par mésomorphes, il faut entendre, qui combinent une partie figée, disons cristalline, et une partie suceptible de se reconfigurer dynamiquement : un pôle fluide. Dans cette architecture, c’est l’échelon local qui va opérer concrètement l’émission monétaire. Même si la décision d’émission est nationale ou régionale, on ventilera sur l’échelon local — la commune — l’émission concrète. Et, c’est là le point décisif, l’émission d’une commune ne sera pas contrôlée par la quantité totale de monnaie qu’elle met en circulation, mais par sa contribution nette à la balance extérieure des paiements. Nous y reviendrons. Il fallait à minima donner le principe de la régulation de l’émission monétaire.
Le prochain billet rentrera lui dans le dur en donnant les taux de fonte retenus, la manière dont s’effectuent les paiements et le fonctionnement la monnaie fiduciaire (les espèces).
Episode 2 (L'échange national)
On a énoncé ici les principes pour mettre en œuvre une circulation monétaire communiste. De quoi s’agit-il ? D’une monnaie pleine, et non pas émise par dette, fondant à l’échange et dans le temps, de sorte que la fonte se substitue à tout impôt. Mais ce n’est pas tout. La destruction monétaire, usuellement assurée par le remboursement des prêts bancaires, est désormais assurée par la fonte, afin que le financement de l’économie fonctionne par pur subventionnement. Dès lors, la puissance publique n’a pas de compte bancaire pour soi quel que soit l’échelon considéré. Elle est l’émettrice de la monnaie. La masse monétaire se stabilise par fonte dans le temps et à l’échange. Pour que la puissance d’émettre la monnaie ne soit pas capturée par un petit nombre de dirigeants, c’est l’échelon local — la commune — qui est chargé d’émettre la monnaie. Une commune n’est pas évaluée sur la quantité de monnaie qu’elle met en circulation, mais sur sa contribution à la balance nationale des paiements. En outre la fonte à l’échange doit capturer à la source la valeur ajoutée produite par les collectifs de production. On a vu que son taux devait être proche de 29 % en lui étant inférieur.
Monnaie scripturale
Il s’agit des virements bancaires, des paiements par carte bancaire et des chèques. Ces moyens de paiement permettent parfaitement de mettre en œuvre le mécanisme présenté. Nous proposons également un dispositif d’étalement des paiements autorisant à régler de gros achats, chose particulièrement utile dans notre cas puisque le solde d’un compte ne peut devenir négatif. Notons que les inégalités de richesse et de revenus vont fortement diminuer, de manière mécanique et non pas imposée, ce qui rend la contrainte de solde positif non problématique.
La fonte dans le temps se produit sur tous les comptes bancaires au rythme de 1/10000è par jour, ce qui correspond à 3,59 % par an. Un impôt sur la fortune « flat ». C’est même moins que Silvio Gesell. Le taux de la fonte à l’échange est lui fixé à 25 %. Ces taux sont évidemment révisables par décision politique, nous expliquerons plus en détail pourquoi nous proposons ces valeurs.
Ici on va ajouter une subtilité pour rendre l’impôt parfaitement progressif : la fonte à l’échange est répartie entre les co-échangeants au prorata de leurs avoirs. Cette partie du dispositif est optionnelle ou peut être mise en place dans un second temps. On décrit ici la solution complète.
Soit N le montant échangé entre deux comptes de soldes respectifs A et B (de A vers B).
A = A – N – 0,25 N . (A / (A+B))
B = B + N – 0,25 N . (B / (A+B))
Explication
Ces formules décrivent un impôt sur le revenu privé entièrement progressif, comprenant une infinité de tranches, prélevé à la source, d’un taux compris entre 0 % et 25 % selon avec qui on échange.
Ce ne sont pas là des mathématiques financières qui prétendent décrire positivement la « réalité économique ». La lecture en est aisée si on décompose bien.
Les termes en gras montrent que pour un montant nominal N échangé de A vers B, A est débité de N et B est crédité de N.
Enfin presque. Car nous avons ensuite la quantité 0,25 N, le quart de la transaction donc, qui doit fondre dans l’échange.
On pourrait la prendre intégralement à A, ou au contraire la déduire de ce que B perçoit. Mais afin d’être juste, on répartit cette fonte au prorata de leurs avoirs. C’est le rôle des coefficients A / (A + B) et B / (A + B)).
Dit plus simplement. Si A est très riche comparé à B il porte sur lui toute la fonte, en effet A / (A + B) vaut pratiquement 1, et B / (A + B) presque zéro. Et inversement dans le cas opposé. Si les avoirs sont égaux, les coefficients valent 1/2, et la fonte est portée à égalité par les deux coéchangeants. Voyons cela sur trois exemples.
Exemple 1
Je verse à ma sœur un montant nominal de 200€. Nous possédons chacun la même quantité de monnaie sur notre compte, mettons 1000€. Mon compte sera débité de 225€, le sien sera crédité de 175€.
En effet la quantité à faire fondre est de 0,25 x 200 = 50€.
A / (A + B) = B / (A + B) = 1000 / 2000 = 1 / 2.
50 / 2 = 25€.
200 + 25 = 225 €, A = 1000 – 225 = 775€
200 - 25 = 175 €, B = 1000 + 175 = 1175€
50€ ont disparu lors de la transaction.
Exemple 2
Je verse 100€ à un hypermarché, extrêmement riche comparé à moi (I love Bernard), pour payer mes courses. Je suis débité de 100€ et lui est crédité de 75€.
Exemple 3
Mon très riche employeur me verse 1000€ de salaire. Il est débité de 1250€ et je suis crédité de 1000€. En pratique les choses vont être un brin plus complexes pour le salaire car il sera en grande partie socialisé. Pas intégralement comme chez Bernard Friot, mais la puissance publique va abonder le salaire d’un taux compris entre 25 % et 95 % de son montant. On peut sinon brancher la proposition de Friot sur la nôtre, soit 100 % de subventionnement.
La fonte comme prélèvement
Chacun pourrait réclamer des taux de fonte moindres afin d’être moins imposé, mais la masse monétaire s’en trouverait alors accrue, et la perte de chacun résulterait de l’inflation mécanique. Aussi chacun consentira donc à l’impôt celui-ci étant le même pour tous d’une manière absolument manifeste, les agents étant en outre dispensés toute obligation déclarative, pour peu qu’ils utilisent la monnaie. À bien y réfléchir, et en prenant les choses à l’os, comment un impôt pourrait-il reposer sur autre chose qu’un échange ou une détention monétaire ? Et quoi de plus juste alors qu’un ISF flat et un IR / IS intégralement progressif ?
Transferts internes privés
On va nous objecter qu’un agent privé va s’amuser à détenir plusieurs comptes, et n’effectuer de transactions qu’avec son compte qui a le solde le plus faible. La réponse à cela est simple : la fonte s’applique à tous les comptes, qu’ils soient détenus par des personnes différentes ou la même, idem pour les collectifs de production.
Les particuliers ont parfois plusieurs comptes, les entreprises (appelons les ainsi pour le moment) en ont souvent beaucoup. La fusion en un seul reste disponible en permanence, gratuitement (à détenteur inchangé). Mais si l’usager de la monnaie souhaite vraiment conserver plusieurs comptes comme facilité de gestion, le système bancaire peut les lui fournir, sachant qu’une transaction entre A ayant trois comptes de gestion (A = A1 + A2 + A3) et B, tiendra compte non pas de l’avoir des comptes fictifs mais bien de l’avoir réel total du détenteur, et répartira la part de fonte monétaire qui lui revient entre ses comptes de gestion. Pas d’échappatoire donc, pas de triche possible.
Monnaie fiduciaire (les espèces)
André Orléan affirme que toute monnaie est fiduciaire — basée sur la confiance. Ce n’est pas dans ce sens ésotérique que nous entendons le mot ici, mais dans celui, exotérique, signifiant l’argent liquide. Évidemment on le conserve, le signe monétaire ayant selon nous une valeur symbolique irremplaçable. On propose même des billets à l’effigie de Durkheim pour se venger subtilement des économistes.
Au retrait en liquide d’un montant nominal de 100€, le compte est débité de deux fois la fonte à l’échange en plus du nominal, 150€ donc. Au dépôt de 100€, le compte bénéficiaire est crédité de 125€, le nominal plus une fois la fonte. En supposant que le billet de banque va changer de main une fois, la fonte à l’échange due est correctement effectuée.
En plus du malus au retrait et du bonus au dépôt, la portée des échanges économiques actuels limite le risque que des circulations en liquide s’installent.
Surtout, les « salaires » sont versés directement sur le compte du bénéficiaire afin de bénéficier de l’abondement, et pas en liquide. Or tout le monde est désormais « salarié ».
Certes le paiement « de la main à la main » subsiste, il est effectivement plus avantageux si on a déjà du liquide. Ce qui va se passer dès lors, c’est que le prix en liquide sera toujours plus bas que le prix avec moyens de paiement autres, comme si la monnaie fiduciaire avait un cours plus élevé que la scripturale. Simplement cette extension de cours sera bornée par le taux de fonte. Nonobstant, ces paiements « de la main à la main » ne se soustraient pas à l’impôt, celui-ci ayant été acquitté au retrait.
Tolérer qu’une part des échanges se produise en liquide est une manière de relocaliser des échanges, et au vu des contraintes écologiques que fait peser sur nous la mondialisation marchande, c’est tout à fait souhaitable.
Afin de limiter le risque de voir refleurir les liasses cachées sous le matelas, il convient de changer les billets tous les 8 à 10 ans, compte tenu des taux de fonte indiqués.
Bascule
À la bascule, tous les avoirs financiers individuels sont monétisés (on « déboucle » les participations dans des sociétés pour ceux qui en détiennent) et on accorde comme rente à vie la moyenne des revenus financiers individuels déclarés sur les 3 dernières années. Pas de spoliation donc, même pour les plus riches — s’ils ont tout déclaré. On ne prive les capitalistes que de leur droit politique sur la production, pas de leurs avoirs monétaires et financiers, car sinon, à quel niveau trancher ? En cela, notre proposition s’écarte de celle de fermeture de la bourse proposée par Frédéric Lordon, qui doit se poser le problème des seuils. Nous prenons très au sérieux la thèse selon laquelle les riches jouissent effectivement de leurs avoirs en bourse. Nous y faisons droit jusqu’au bout pour une question de logique et en faisons même une question de principe.
Il est vrai que les secteurs de la finance et de la gestion de patrimoine vont se retrouver au chômage technique à la bascule. Mais nous sommes grand seigneur, point de travail aux champs ni de goulag. On maintiendra leurs revenus déclarés suffisamment longtemps pour qu’ils se tourneront les pouces dans leur open-space jusqu’à trouver un emploi où l’on veut bien d’eux. Ils sont réputés brillants après tout.
Inflation
Là on nous objectera qu’injecter une telle quantité de liquidités monétaires va provoquer de l’inflation. Ici il faut partir des analyses d’André Orléan, qui montrent deux choses. D’abord qu’il n’y a pas de relation mécanique entre la quantité de monnaie en circulation et les prix. Ensuite que lors d’une crise d’hyperinflation, la monnaie fuit l’économie réelle vers des bulles spéculatives. Aussi, contrairement à ce que se figure le sens commun, en situation d’hyperinflation, la monnaie se raréfie dans l’économie « réelle ». Or dans notre cas il n’y a plus de sphère spéculative, et si la monnaie est plus abondante, elle reste justement piégée dans l’économie réelle.
Notre chance réside en ceci que la barrière de sortie (la fameuse fonte de 25 % à l’échange) va être d’autant plus élevée pour les riches que leur avoir est grand. Piégés dans la monnaie, ils ne vont pas vouloir qu’elle se déprécie.
C’est vrai, à la transition certains prix vont augmenter car la marge de certains agents économiques est trop faible pour compenser la fonte de 25 %. À l’export ce problème sera compensé par une petite dévaluation. Les revenus des citoyens vont être eux puissamment nivelés — nous verrons plus loin comment —, et donc, pour les plus faibles d’entre eux, tirés vers le haut, de sorte que l’inflation sera absorbée sans problème.
Il y aura aussi une inflation de long terme, mais vécue dans l’égalité afin quelle soit acceptable, correspondant à la fin progressive de l’abondance marchande du capitalisme. Comme disait le Barbu : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une immense accumulation de marchandise. » Cela s’impose pour des raisons écologiques évidentes. Il n’empêche que cela se produira lentement, et que tout au long du processus, notre communisme ne cessera de laisser une part importante à l’initiative productive privée afin d’implémenter ce que Frédéric Lordon appelle, un communisme luxueux.
Sédition monétaire
Notre monnaie étant fondante, les détenteurs vont vouloir s’en débarrasser pour se réfugier vers une autre, l’or, une cryptomonnaie, ou n’importe quel substitut. Nous avons commencé à exposer le mécanisme pour se garantir contre ce mouvement : la fonte à l’échange. Elle tient prisonnière la richesse dans sa forme monétaire, avec des murs d’autant plus hauts que la richesse est élevée. La fuite vers les espèces est cantonnée, ainsi qu’on l’a expliqué.
Pour le reste, il y aura des contrôles – dans toute société il y a de la violence, l’acceptation de la monnaie et le consentement à l’impôt en font partie. André Orléan et Michel Aglietta l’avaient bien vu, en disant de la monnaie qu’elle se tenait entre violence et confiance.
La fonte procédant par un prélèvement à la source, on pourrait croire que toute l’administration fiscale est mise au chômage. Mais le consentement à l’impôt étant désormais confondu avec l’acceptation de la monnaie, elle va travailler autrement : en disséminant quelques agents vendant et achetant de l’or incognito, ou des dollars, des cryptomonnaies, toute autre chose qu’elle suspectera de servir de valeur refuge et de supports aux échanges. Quand elle identifiera un circuit, après avoir acheté son or au dernier agent qui voulait s’en débarrasser, elle fera fondre son compte en banque de la même quantité, de sorte qui ne lui reste ni l’or ni la monnaie — par décision de justice, on n’est pas des barbares. En première instance, elle peut juste prendre seulement l’impôt manquant, puis la fois d’après le montant total. Disons au passage que la forme du souverain politique, une fédération de communes, va jouer un rôle important pour implémenter des mécanismes de protection évitant que ceux en charge de lutter contre la sédition ne soient eux-mêmes corrompus. Pour résumer à gros traits, les communes vont se contrôler les unes les autres.
Ce faisant, la puissance publique aspire progressivement les autres supports de valeur et constitue ainsi des réserves de change. Et comme nous le verrons en décrivant l’échange international, cela va être absolument nécessaire. C’est ce que nous nous proposons de décrire au prochain numéro.
Episode 3 (Echange international)
Rappel
On a décrit une monnaie nationale, pleine — non émise par prêt, sans demande de remboursement —, fondante à l’échange et dans le temps. Dans le dispositif décrit, la puissance publique n’a plus de compte bancaire pour soi quel que soit l’échelon considéré. Elle décide souverainement de l’émission monétaire, même si elle délègue l’émission concrète à un réseau de banques privées opérant à l’échelon local. La masse monétaire se stabilise par fonte dans le temps et à l’échange, la fonte se substituant intégralement à l’impôt et au remboursement des crédits auprès des banques. Les moyens de paiement sont ceux déjà existants. La fonte dans le temps se produit sur tous les comptes bancaires au rythme de 1/10 000e par jour, soit 3,59 % par an. La fonte à l’échange a lieu lors de toutes les transactions en monnaie scripturale (carte bancaire, virement, chèque, paiement sans contact, etc.). Son montant est de 25 %, réparti entre les coéchangeants au prorata des avoirs sur leurs comptes. Si N est le montant échangé entre deux comptes A et B, alors leurs soldes respectifs évoluent ainsi :
A = A – N – 0,25 N (A / (A+B))
B = B + N – 0,25 N (B / (A+B))
Un paiement peut être étalé dans le temps sur accord des coéchangeants. L’étalement procède de versements partiels automatisés, au jour le jour, de montants égaux.
La monnaie fiduciaire (les espèces) fonctionne comme suit. Au retrait en liquide d’un montant nominal de 100€, le compte est débité de deux fois la fonte à l’échange en plus du nominal, 150€ donc. Au dépôt, le compte est crédité de 125€, c’est-à-dire le nominal plus une fois la fonte. C’est le prix de la sortie du circuit bancaire. Celui qui thésaurise en liquide paie deux fois. Cependant, comme on l’a indiqué dans le billet dédié, la monnaie fiduciaire viendra s‘établir à un cours supérieur à celui de la monnaie scripturale (cet écart étant borné par la fonte à l’échange), ce qui rendra cette pénalité moins douloureuse.
À la bascule, les avoir financiers sont monétisés. Les revenus financiers individuels déclarés des 3 années antérieures sont accordés comme rente en conservant leur échéance. Le Souverain lutte contre la sédition monétaire tout en accumulant des réserves de change. Les prêts en cours continuent d’être prélevés par une fonte additionnelle jusqu’à leur échéance.
Échange international
Le principe est le même que pour l’échange national, à ceci près qu’on ne peut pas faire porter la fonte à l’échange sur l’agent économique non résident.
A est l’agent résident, B le non résident et on suppose pour simplifier la notation que les monnaies s’échangent au taux de 1 pour 1, de sorte que N est le montant de la transaction dans la monnaie de A comme dans celle de B.
Importation : A = A – N – 0,25 N ; B = B + N
Exportation : A = A + N – 0,25 N ; B = B – N
Le Souverain de rang national sert d’intermédiaire (via une entité bancaire dédiée, distribuée sur le territoire, voire dans les pays étrangers qui le permettent). Il s’interpose entre les coéchangeants.
Deux scénarios
Ici se présentent deux scénarios.
Scénario 1 : l’équilibre forcé.
Il est des plus simples : il faut immédiatement équilibrer la balance des paiements afin de ne pas épuiser les réserves de devises. Étant donné qu’il n’est plus possible de spéculer contre notre monnaie, on peut en fixer le taux de change. On abaissera donc son cours afin de favoriser les exportations et de pénaliser les importations. On pourra ajouter des tarifs douaniers par catégorie de produit. Il faudra évidemment supporter les éventuelles mesures de rétorsion qui nous seront imposées en retour.
Scénario 2 : l’internationalisation de la Fonte.
On parvient à persuader les pays avec lesquels nous avons un déficit commercial d’accepter d’être réglés dans notre monnaie. Certes cela nous prive des devises que nous percevions en exportant vers eux des biens ou des services, mais cela tend à équilibrer ou du moins borner le solde bilatéral puisque le pays tiers a un dépôt qui fond dans le temps. Un peu comme un dépôt à taux négatif auprès d’une banque centrale finalement, en un peu plus rapide. Surtout sa dépense future est captive de notre espace monétaire, ce sont donc soit des exportations différées, soit des droits de consommation touristique.
Dans les deux cas, l’État vient s’interposer entre les créanciers extérieurs et les débiteurs résidents. Il faut s’imaginer la déflagration que cela va être, sans parler du débouclage des détentions capitalistiques croisées (car elles deviennent impossibles).
Contagion
Ici nous imaginons un scénario de contagion du dispositif par les pays fournisseurs de matière premières, et d’encerclement par le bas des chaînes de valeur des puissances capitalistes. C’est évidemment très prospectif. Mais raisonnons de manière purement logique, cette défense que nous allons opposer aux pays en excédent avec le nôtre, les pays avec lesquels nous sommes en excédent vont vouloir nous la retourner. Et au lieu de s’en défendre, pourquoi ne pas permettre (encourager), via la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), que chaque pays puisse adopter, au moins pour ses circulations économiques externes, une monnaie fondante à l’échange et dans le temps ? Ça serait de l’internationalisme réel et, qui plus est, très matérialiste. Ici il faut faire appel aux travaux de Benjamin Lemoine qui montre qu’il a été possible historiquement, avant la grande offensive néolibérale, d’interposer les Etats entre les créanciers privés internationaux. D’encastrer les relations de dette privée dans des régimes de souveraineté qui leur soient hiérarchiquement supérieurs. On pense aussi aux interventions d’Eric Toussaint, quoique sur un mode différent. En tout cas cela pourrait redessiner un tout autre régime des dettes et des échanges internationaux, et faire des pays du Sud de nombreux alliés dans le bras de fer qui va s’engager contre les grandes puissances capitalistes. Notons au passage que le régime international est l’un des cinq piliers institutionnels que reconnaît la Théorie de la Régulation. Il appert clairement de ce qu’on vient de dire qu’il n’est pas complètement séparable de celui de la monnaie-finance qui fait le cœur de notre intervention, et qu’il pèse beaucoup dans la configuration présente du régime d’accumulation. En sortir (du capitalisme), nécessite de le reconfigurer.
Écologie et régime international
Ici il nous faut faire un excursus. On dit un peu rapidement qu’il faut sortir du capitalisme pour des raisons écologiques. Pour cette discussion se reporter à Figures du communisme pp. 63-69. Et c’est vrai. Mais il faut dire en tant que quoi le capitalisme est écocidaire. On ne peut pas déduire immédiatement des schémas d’accumulation du livre II du Capital que le capitalisme tend à croître au niveau des flux matériels. Même si la croissance européenne a été très chaotique depuis 2007, elle est bien réelle si on se base sur un indicateur économique tel que le PIB, lequel, en première approximation, donne une idée de la tendance à l’accumulation. Or les flux matériels, mesurés en nombre de camions qui circulent, de quantités de marchandises physiques échangées, de logements neufs construits, ont baissé. On ne rendra jamais assez hommage à André Orléan et à Frédéric Lordon d’avoir montré que ce n’est pas la quantité de travail nécessaire, en moyenne, pour produire un bien qui fait sa valeur économique (n’en déplaise aux marxistes de stricte obédience). On peut tout à fait étendre l’argument de la non-substantialité de la valeur : la valeur économique ne tient pas plus dans la quantité d’énergie, ou de CO2, « contenue » dans un bien, qu’elle ne tient dans la quantité de travail nécessaire à le produire. Aussi, au premier abord, il n’y a aucune opposition de principe à ce que le capitalisme dégage tendanciellement moins de CO2. Enfin, vu de très loin, ou en tout cas ça n’est pas exactement là que se tient le problème.
Il faut malgré tout revenir aux schémas du livre II du Capital qui distinguent le niveau macro (mettons d’une économie nationale), le niveau méso (sectoriel, divisé chez Marx en deux sections, les productions finales, et les intermédiaires), et le niveau micro (celui des entreprises individuelles), découpage rappelé dans cet entretien et reconnaître à ces niveaux qu’ils ont une énergie propre qui tend à les faire persévérer dans leur être, bref un conatus. Ils ne veulent pas s’éteindre économiquement, puisque leur être est de nature économique, ils tendent même à s’étendre. Selon le critère de la valeur économique (pas seulement mais aussi). Il y a donc une tension entre un corps productif qui, en effet, tend bien à croître économiquement du fait de l’emboîtement-composition des conatus qui recherchent leur expansion maximale, et l’innovation qui permet qu’à production égale, on dégage moins de CO2. Et c’est là seulement qu’on saisit que le ralentissement des émissions ne sera pas suffisant en restant dans le capitalisme. Il faudrait pouvoir décroître. Jean-Marc Jancovici parle de l’équivalent d’une épidémie de Covid supplémentaire chaque année (comme mesure du ralentissement économique nécessaire). Or, Figures du communisme le dit nettement : la décroissance en système capitaliste, c’est la dévastation sociale. Et d’ailleurs, on le constate, le rythme auquel procède l’Europe est bien trop lent. En France il faudrait passer de 9 tonnes de CO2 par an et par habitant, à 2. On n’est pas sur les rails.
Plus encore, si les émissions reculent un peu en Europe, ce n’est pas le cas au niveau global. Et un acteur pèse à cette échelle, la Chine. Chine dont il faut dire d’emblée que sa configuration productive correspond bien à un capitalisme monopoliste d’État (du moins si l’on se fie à l’appareil de notes de ce riche article de Nathan Sperber), et que le conatus de son système productif, est bien plus dirigé vers la surproduction et l’excédent commercial que vers une décarbonation. Du moins l’élan de croissance et d’expansion l’emporte sur celui, pourtant massif de développement du nucléaire et des énergies renouvelables. Autant l’effort pour montrer qu’une autre finance et une autre coordination économique que les néolibérales sont possibles était particulièrement louable — tactiquement on comprend très bien le geste de Lordon —, autant ça ne fera pas le compte au plan écologique de prendre la Chine pour modèle. La Chine n’est pas un système productif communiste, mais bien capitaliste monopoliste d’État (au sens de Sperber), et elle n’est pas près d’être écologique. C’est là qu’on en revient au régime international. Il faut, si possible à plusieurs pays, endiguer l’expansion productive / exportatrice de la Chine, en relocalisant et mettant en place des barrières douanières. C’est ce que notre proposition permet, en mettant en place une force de contre-réaction négative à l’échange déséquilibré.
En outre, le système d’échange que nous proposons jetterait un énorme pavé dans la mare. L’onde de choc sur les marchés de capitaux, de changes, etc. serait sans précédent. Mais précisément la question écologique appelle une sorte de nouveau Bretton Woods. Si la justice climatique ne peut être atteinte dans un pays sans la justice sociale, cela est également vrai entre les pays. Et il ne s’agit pas là d’un internationalisme abstrait ou de principe, mais d’un rapport de force concret qui vient mettre un coin dans la finance néolibérale mondialisée. Ça peut ne partir que d’un seul pays dans un premier temps, et constituer une force d’appel suffisante pour en inciter d’autres à nous suivre.
Évidemment les détentions capitalistiques croisées sont impossibles. Leur débouclage à la bascule sera l’objet d’une confrontation pyrotechnique. Mais quoi à la fin ? Veut-on sortir du capitalisme ou pas ? Sans parler de l’onde de choc dans le système financier. Non qu’on cesse de rembourser les créanciers étrangers a priori, mais notre souverain national s’interpose entre eux et les débiteurs privés résidents pour les protéger. Un souverain qui dispose des moyens de se faire respecter par presque tous les autres pays du monde, faut-il le rappeler. Donc on discutera entre puissances politiques. Sans doute il faudra faire quelques concessions à l’hégémon américain, mais en n’oubliant pas que le solde commercial des États-Unis avec l’Europe est aujourd’hui très déficitaire. D’où l’intérêt d’une solidarité économique a minima avec les autres pays européens. Le deuxième scénario incite d’ailleurs à discuter de la division technique du travail ensemble et paisiblement plutôt que de se livrer à une guerre fratricide. L’Allemagne serait contrainte d’en rabattre de ses pulsions de déflation salariale.
Pourquoi pas ?
En privé Stefano Palombarini (lecteur de la première heure, grâces lui soient rendues) nous a objecté que la liberté d’échange que nous maintenons (le taux de fonte étant le même pour tous) rend cela intenable. C’était mal voir que le souverain de rang national a le monopole sur ces échanges et qu’il s’interpose en versant ou prélevant lui-même la contrepartie. À ce titre il va évidemment ajouter des droits de douane spécifiques et mettre les importations sous condition et les hiérarchiser. Certes, on va nous rendre la pareille. Mais dans le scénario d’équilibre au moins, nous avons la main sur notre taux de change, toute spéculation monétaire étant impossible. Certes on ne peut pas attaquer commercialement tout l’Occident capitaliste de front. Mais on peut faire des raids ciblés et ordonnés dans le temps. Le livre proposait d’exporter des répliques de la Voiture du Peuple aussi fidèles que possible, évidemment en dessous du prix de marché pour convaincre d’entrée nos chers voisins. Ce n’est sans doute pas très subtil, mais il fallait être illustratif. Ce combat s’ouvrira nécessairement, nous avons intérêt à emmener les voisins européens, non pas immédiatement dans le communisme, mais dans la réciprocité économique.
Episode 4
Ici on va entrer dans le vif du sujet et parler de communisme. Du cœur du réacteur même puisqu’il va s’agir de mise au travail et de détention des moyens de production. Mais avant cela voici un mémento de la circulation monétaire que nous proposons, donné sans justification. Pour plus de détails, se référer pour cela aux articles où les différents dispositifs sont exposés.
Mémento
On propose une monnaie nationale, pleine, fondante à l’échange et dans le temps. Le financement de l’économie procède exclusivement par subventionnement. La puissance publique n’a plus de compte bancaire pour soi quel que soit l’échelon considéré. Elle décide de manière démocratique et souveraine de l’émission monétaire, même si elle délègue l’émission concrète à un réseau de banques privées opérant à l’échelon local. La masse monétaire se stabilise par fonte dans le temps et à l’échange, la fonte se substituant intégralement à l’impôt et au remboursement des crédits auprès des banques. Les moyens de paiement sont ceux déjà existants. Un paiement peut être étalé dans le temps sur accord des coéchangeants. L’étalement procède de versements partiels automatisés, au jour le jour, de montants égaux.
La fonte dans le temps se produit sur tous les comptes bancaires au rythme de 1/10 000e par jour, soit 3,59 % par an. La fonte à l’échange a lieu lors de toutes les transactions en monnaie scripturale (carte bancaire, virement, chèque, paiement sans contact, etc.). Son montant est de 25 %, réparti entre les coéchangeants au prorata des avoirs sur leurs comptes. Si N est le montant échangé entre deux comptes A et B, alors leurs soldes respectifs évoluent ainsi :
A = A – N – 0,25 N (A / (A+B))
B = B + N – 0,25 N (B / (A+B))
La monnaie fiduciaire (les espèces) fonctionne comme suit. Au retrait en liquide d’un montant nominal de 100€, le compte est débité de deux fois la fonte à l’échange en plus du nominal, 150€ donc. Au dépôt, le compte est crédité de 125€, c’est-à-dire le nominal plus une fois la fonte.
À la bascule, les avoirs financiers sont monétisés. Les revenus financiers individuels déclarés des 3 années antérieures sont accordés comme rente en conservant leur échéance. Le Souverain lutte contre la sédition monétaire tout en accumulant des réserves de change. Les prêts en cours continuent d’être prélevés par une fonte additionnelle jusqu’à leur échéance.
Le principe de l’échange international est le même, à ceci près qu’on ne peut pas faire porter la fonte à l’échange sur l’agent économique non résident. A est l’agent résident, B le non résident et on suppose pour simplifier la notation que les monnaies s’échangent au taux de 1 pour 1, de sorte que N est le montant de la transaction dans la monnaie de A comme dans celle de B.
Importation : A = A – N – 0,25 N ; B = B + N
Exportation : A = A + N – 0,25 N ; B = B – N
Le Souverain de rang national sert d’intermédiaire (via une entité bancaire dédiée, distribuée sur le territoire, voire dans les pays étrangers qui le permettent). Il s’interpose entre les coéchangeants.
À la bascule, les détentions capitalistiques croisées sont soldées. Le Souverain national s’interpose entre les créanciers non résidents et les débiteurs résidents.
La préemption permanente
Pour entrer dans le communisme, on ne va pas passer par les étapes de nationalisation puis de socialisation des moyens de production, pilotées depuis la sphère politique — un vieux problème de l’histoire révolutionnaire, soit dit en passant. Voici comment le pouvoir politique va instantanément déléguer aux travailleurs de le faire eux-mêmes. En instaurant la préemption permanente. Un droit permanent des salariés d’un collectif de saisir leur outil de production. Mais ici attention. On ne procède pas par spoliation : les propriétaires lucratifs de l’outil de production sont indemnisés par création monétaire du montant de leur entreprise. La proposition pourrait laisser croire qu’on est dans du réformisme radical / gradualiste, puisque la bascule semble se produire de manière progressive, au rythme des préemptions des différents collectifs de production. Il n’en est rien car à la bascule, tous les collectifs de production qui sont, même en partie, possédés par des détenteurs capitalistiques non membres du collectif basculent. Il n’en restera donc pas beaucoup à fonctionner sur un mode capitaliste. Et dans ce cas seulement, le patron propriétaire sera désormais placé en permanence devant les fusils de ses salariés. Ça filera doux.
Il y aura donc deux régimes juridiques de fonctionnement des collectifs de production, l’un communiste ultra majoritaire, l’autre capitaliste ultra minoritaire (il y aura même un PCF : Parti Capitaliste Français, et on le regardera faire 2 % aux élections). De ces deux types de collectifs, seul le communiste aura accès au subventionnement, c’est-à-dire à l’avance monétaire. L’autre devra se contenter de s’auto-financer avec ses bénéfices. Ici il y a un point de dénomination. Pour désigner le collectif de production communiste, Frédéric Lordon propose récommune ou res communis, par décalque de res publica. Nous sommes plus sobre : nous proposons le nom d’association. Le mot aura une portée juridique et établira un continuum entre la pratique dite associative et la pratique productive. On se réunit pour faire quelque chose à plusieurs ? On monte une association.
Nous passons vite pour le moment, nous aurons l’occasion d’y revenir, mais la démocratie d’entreprise ne va pas s’exercer sans médiations. Une proposition de transition serait que le CSE (Comité social et économique) se substitue au comité actionnarial, et que les dirigeants y reportent. Subsisteront de la verticalité et de la délégation dès que les collectifs auront une taille significative. Ils se doteront de constitutions internes.
Qui dit salariat dit licenciement. Certes communiste, mais il y en aura aussi. Car la disconvenance passionnelle est l’horizon indépassable de tout collectif humain. Aussi il faudra prendre en charge cet ultime recours. Voici comment. Même s’il a commis une faute, le travailleur licencié sera indemnisé de sa part dans l’outil de production. En nature ou en monnaie, à la discrétion des prud’hommes. S’il a commis une faute, une sanction financière pourra s’appliquer, mais elle s’exercera par ailleurs. Dans ce cas limite, nous voulions illustrer que le travailleur licencié est indemnisé, comme on indemnise le patron exproprié.
Salaire communiste ?
Dans les débats qui les réunissent, Bernard Friot et Frédéric Lordon ferraillent au sujet de la réutilisation du mot salaire. Est-ce stratégique quand on veut sortir du salariat capitaliste ? Comme motion de synthèse, ils proposent de recourir à la logique du prédicat : adjoindre un qualificatif au salariat qu’ils proposent, salariat communiste donc. Étant entendu que cela désigne la proposition de salaire à vie, à savoir un revenu inconditionnel à la personne de ses 18 ans à sa mort. L’inconditionnalité serait la même que celle des fonctionnaires, irréfragable sauf quatre cas « extrêmes » (la révocation, proche du licenciement pour faute grave suite à une procédure disciplinaire ; la démission ; l’abandon de poste ; la mise à la retraite d’office pour invalidité). Mais pas de licenciement économique comme aujourd’hui dans le privé. Pour l’essentiel Frédéric Lordon estime que la sortie du capitalisme se joue ici, dans la fin du chantage à la survie par un employeur, et donc par la décorrélation complète du revenu des individus du revenu du collectif pour lequel ils travaillent. Pourtant, il y a un mais. Un mais qu’il donne lui-même comme une mesure temporaire, de « transition dans la Transition ». La citation est longue, que l’auteur et l’éditeur, la Fabrique, nous pardonnent, mais elle vaut le détour.
« Cependant l’abolition de la logique de l’emploi, c’est-à-dire de la soumission des individus pour leur subsistance aux tenanciers de la propriété lucrative, et la garantie économique générale qu’offre en lieu et place la logique communiste du « salaire à vie », ne vont pas sans poser quelques redoutables problèmes dès lors que nous reconnaissons la nécessité de maintenir des pans significatifs de l’actuelle division du travail. C’est qu’en effet, si le salaire à vie délivre de toute obligation d’aller s’insérer dans la division du travail sous l’impératif reproductif de l’emploi, et là où l’emploi le permettait (le dictait – donc sans aucun égard pour les préférences ou les désirs d’activité des individus), on ne peut pas faire l’hypothèse que toutes les places de la division du travail à pourvoir trouveront preneurs par une sorte d’harmonie spontanée, ajustant automatiquement les segments à occuper et les désirs d’activité des individus. La question se pose notamment de savoir comment pourvoir les places dont personne ne voudra, mais qui n’en doivent pas moins être tenues. Et dont on peut parier qu’elles seront abandonnées par ceux qui y sont actuellement rivés par la seule coercition de l’emploi, du moment où ils en seront libérés par la garantie économique générale. Ici, il faut le dire, il devra y avoir une transition dans la « Transition ». Voilà pourquoi il fallait insister sur la désorganisation matérielle, l’inflation par effondrement de l’offre, les étals vides et la prolifération du marché noir comme les pires ennemis de la révolution. »
Il poursuit : « Au terme d’un travail sur elle-même, la société, face aux enjeux vitaux de sa situation terrestre, peut se rendre à l’idée qu’elle doit impérativement modifier ses normes matérielles, accepter de les réduire considérablement, mais elle ne peut pas accepter la dislocation complète, ni de descendre en dessous d’un certain niveau de prestations matérielles, qui continuent d’appeler une structure complexe de la division du travail. Dont les segments « indispensables » devront être pourvus. Sans aucun mécanisme garantissant qu’ils le soient par le jeu spontané des désirs d’activité des individus, il faudra envisager une période transitoire (la petite transition dans la grande) qui « gèlera » temporairement les assignations présentes à ces segments « indispensables » de la division du travail. C’est notamment le cas quand ces segments appellent des compétences spécialisées, qu’on ne remplacera pas facilement si leurs occupants prennent le large – comme la garantie économique générale le leur permettrait formellement. Or la collectivité aura besoin qu’ils restent, au moins le temps qu’elle se réorganise et rende à chacun le plein exercice de sa liberté d’activité. D’ailleurs, plutôt que le plein exercice, disons l’exercice maximal. Une forme de vie collective, par construction, et quelle que soit son échelle, impose à ses membres des sujétions. Ce sera donc le cas ici aussi. D’abord sur les postes spécialisés de la division du travail, que les détenteurs actuels devront continuer d’occuper un certain temps, fixation résiduelle qui aura au moins pour contrepartie immédiate la garantie économique générale (le salaire à vie tel qu’il relève absolument de l’aléa matériel et de ses inquiétudes) et la transformation profonde des rapports sociaux de production instaurée par la souveraineté des producteurs. »
Il faut saluer la lucidité intellectuelle quand elle se manifeste avec autant d’acuité. Maintenant voici les soldes commerciaux de la France par poste fournis par l’INSEE.
Poste Solde 2025
Énergie -44,4 Md€
Autres biens industriels et construction -56,4 Md€
Matériels de transport +25,5 Md€
Biens alimentaires +0,2 Md€
Services +60,6 Md€
Solde total -14,4 Md€
Pour résumer à gros traits les deux premières lignes, nos normes de confort matériel nécessitent une forte exposition économique à l’échange international, dont une quantité d’importations soit non substituables, soit seulement substituables à long terme. Un matérialisme rudimentaire commande en particulier de rappeler ici que nous n’avons pas d’énergies fossiles en France, et qu’à ce jour elles ne sont pas substituables. On peut se référer par exemple aux travaux de Jean-Baptiste Fressoz ou Jean-Marc Jancovici. Pour dire les choses un peu rapidement, pas de charbon, pas d’acier. Pas de pétrole, pas d’éoliennes. Pour faire simple, on va dépendre du pétrole et du charbon pour produire ce dont on a « besoin », et on va devoir les importer. Si le montant des exportations doit égaler celui des importations, le temps qu’on substitue une production industrielle locale à celle importée et qu’on réduise notre dépendance aux énergies fossiles, alors il faudra maintenir à leur poste l’ensemble des personnes engagées dans l’appareil productif exportateur. Il nous semble dès lors que le droit à l’absolue mobilité dans la division du travail (permise par le salaire à vie) vole en éclat, et donc le salaire à vie avec. Car à part la conditionnalité du salaire, on voit difficilement comment arrimer les individus à un poste de travail auquel ils ne tiennent pas. Il nous semble que c’est même le moyen le plus doux. À nouveau :
« Une forme de vie collective, par construction, et quelle que soit son échelle, impose à ses membres des sujétions. Ce sera donc le cas ici aussi. »
C’est par une sorte d’intuition leibnizienne qu’on aperçoit que la division du travail productif est non seulement continue mais également dérivable dans le temps — pardon pour cette analogie mathématique. Pratiquement, cela veut dire qu’on ne déplace pas des masses de travailleurs d’un coup de baguette magique du jour au lendemain d’une zone de la production à une autre. Les révolutions qui ont essayé d’envoyer les intellectuels aux champs ont rencontré quelques difficultés, il serait bon de retenir au moins cette leçon (voir Vivre sans ?, sur la Révolution Culturelle chinoise). Aussi notre proposition est que chacun reste à son poste, et que les réallocations ne se produisent que très progressivement.
Et le communisme dans tout cela va-t-on nous rétorquer ? Il prend une définition autre : celle de société sans classes. Autrement dit, tout le monde salarié. Salarié de collectifs de production placés sous le régime démocratique interne. Et là encore soyons clairs, ça ne sera pas la vie en rose. Il est peut-être même plus difficile de conserver une certaine cohérence entre eux des désirs productifs individuels quand disparaît le désir-maître du détenteur capitalistique (voir Capitalisme, Désir et Servitude) qui venait les colinéariser.
Exit donc les jurys et les épreuves de qualification de Bernard Friot. À la place, un marché de l’emploi communiste, où l’on va inverser le rapport entre l’offre et la demande par rapport au système capitaliste — à l’avantage des travailleurs donc. Notamment par une bien plus grande facilité d’accès à l’avance monétaire pour création « d’entreprise » (d’association). Il suffira que la proposition productive respecte les exigences sociales et environnementales, le critère de sa rentabilité devenant subalterne. Et si les désirs productifs ne se manifestent pas d’eux-mêmes, le Souverain, placé en amont de l’émission monétaire, pourra toujours susciter la production privée par des appels d’offres.
Dès lors c’est l’employeur qui verse la base du salaire au salarié. Mais attention ici, une grande partie du salaire est socialisé (nous voulons dire par là, versé par la collectivité). Le niveau d’abondement du salaire dépend des pratiques du collectif de production en matière d’égalité, de démocratie interne et d’écologie. Les pourcentages d’abondement sont exprimés en fonction du salaire nominal total, pas de la base versée par l’employeur.
— 25 % base de subvention des salaires évitant la non déclaration ;
— 20 % égalité salariale :
— genrée
— au sens de l’indicateur de Gini ;
— 30 % égalité politique :
— expropriation indemnisée des détenteurs capitalistiques,
— détention commune à parts égales (une personne, une part),
— constitution politique interne (une personne, une voix) exigeant a minima le vote de la grille des salaires, de l’investissement et des recrutements ;
— 20 % caractère écologique de la production :
— neutralité de la production sur l’environnement
— recyclage des produits en fin de vie.
Soit une prise en charge incitative allant de 25 % à 95 % du salaire, par la puissance publique. Ces taux sont évidemment révisables par la délibération démocratique, ils doivent simplement rester uniformes sur le territoire national.
Le mécanisme d’étalement des paiements est systématiquement utilisé pour verser les salaires, les traitements et les versements sociaux réguliers comme les retraites ou le chômage, ou encore les pensions d’invalidité. Ces versements sont effectués en monnaie scripturale. Il ne s’agit pas d’un paiement au lance-pierre, le salaire est versé en continu, chaque jour de l’année, qu’il soit chômé ou non. Le seul type de contrat qui subsiste dans le privé est le contrat à durée indéterminée (CDI).
Chômage, retraite (communistes)
Le salaire minimum à temps plein est fixé à 75% du salaire médian. Un prorata est appliqué pour les temps partiels, mais avec un plancher, soit le salaire minimum absolu, fixé aux deux tiers du salaire médian (67%), même si le salarié travaille moins des deux tiers d’un temps plein. Le salaire médian est calculé chaque semaine et les salaires dans les entreprises sont ajustés en fonction, de manière automatisée. C’est la reprise de cette vieille idée de l’échelle mobile des salaires du programme de transition de Léon Trotski. Tous ces montants sont calculés après abondement, lequel varie d’un collectif de production à l’autre. Le chômage à taux plein continue le dernier salaire perçu à proportion de 75 % de son dernier montant, à concurrence du salaire minimum à taux plein, et la retraite continue le meilleur salaire perçu à proportion de 90 % avec le même plancher.
Un an de travail donne un droit cumulable sans limite à un an de chômage, et la vie professionnelle démarre avec un crédit de deux ans de chômage à taux plein, indexé sur le revenu médian. En cas de travail à temps partiel, la vitesse de cumul du droit au chômage est diminuée d’un facteur égal au rapport de ce temps partiel au temps plein, avec un plancher à 50%. Cela signifie également que lorsqu’on a trois emplois à tiers temps, on cumule plus vite les droits au chômage qu’avec un plein temps ou deux mi-temps. Une fois la période de chômage à taux plein expirée, la valeur de l’indemnité est une exponentielle décroissante d’asymptote le salaire médian divisé par deux, la constante de temps étant fixée de telle sorte que l’asymptote plus 5% soit atteinte à l’âge de la retraite. Cette décroissance temporelle s’applique sur le taux seulement, et si dans le même temps le salaire médian monte, il tire les minima sociaux vers le haut de manière automatique.
On fixe l’âge de la retraite à 50 ans maximum, c’est-à-dire moins si la convention collective ou la médecine du travail l’exige. Une fois atteint l’âge de la retraite, le taux de remplacement du meilleur salaire s’applique. Afin qu’il s’agisse d’une véritable mise au repos, on déduit du versement de la retraite tout revenu du travail perçu après l’âge limite.
Le chômage est un droit non opposable par l’employeur, automatiquement activé, même sur démission unilatérale du salarié. Il ne fait l’objet d’aucun contrôle des bénéficiaires, et la loi sanctionne les communes qui ne le respectent pas en dégradant leur taux de change, ou en subventionnant chez leurs voisines des industries concurrentes de celles qu’elles hébergent.
Mettre au travail (un peu)
On propose la semaine de 24 heures, sans préciser le nombre de jours. Les congés sont portés à douze semaines en début de carrière avec ajout d’un jour de congé par année d’ancienneté. Le congé de naissance est d’un an pour chaque parent, les salariés bénéficient d’une semaine de congé supplémentaire par an et par enfant.
Le but assumé est de réduire le stock de travail disponible aussi loin qu’il est possible (le communisme, c’est avant tout du temps pour soi) tout en restant dans l’égalité devant le travail et en maintenant une capacité productive suffisante pour produire nos propres moyens de production. Soit nous-mêmes, soit en produisant des biens de valeur équivalente nous permettant de les acquérir grâce à la division internationale du travail (cette deuxième option étant à nos risques et périls).
Le prochain billet présentera les institutions politiques auxquelles adosser la création monétaire.
Post-Scriptum.
Pour être parfaitement juste avec Frédéric Lordon, il faut rappeler ici qu'il propose une autre dénomination pour le Salaire à vie de Bernard Friot, le mot salaire lui semblant renvoyer au salariat capitaliste d'une manière qui rend l'expression peu engageante politiquement. À la place, il propose garantie économique générale. Ça n'est peut-être pas très correct de détourner son expression pour désigner un autre objet que celui auquel il pense, mais ça nous serait très commode de pouvoir désigner l'ensemble des garanties et des protections que nous avons décrites dans ce billet comme une variante possible de garantie économique générale. Si on nous accorde que c'est bien du communisme, alors on espère qu'on nous autorisera cet emprunt.




