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Pourquoi il faut manifester avec le Comité Adama Samedi 13 octobre
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le comité Adama appelle à une manifestation puissante, le samedi 13 octobre suite à la publication du 4ème rapport d'expertise sur les causes de la mort d'Adama Traoré. Cette 4ème expertise est un acte de guerre. Contre la famille Traoré bien sûr. Mais plus largement contre le mouvement social qui se développe avec et autour du comité Adama depuis plus de 2 ans
Le comité Adama appelle à une manifestation puissante, le samedi 13 octobre suite à la publication du 4ème rapport d'expertise sur les causes de la mort d'Adama Traoré le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan. Il y a déjà eu plusieurs expertises sur la mort d'Adama Traoré. Comme s’il fallait absolument semer la confusion, elles ont toutes apporté des explications différentes : infection, fragilité cardiaque, asphyxie... Cette fois-ci, le rapport est insensé : Adama Traoré se serait en quelque sorte auto-détruit. Le fait d'avoir couru 400 mères en 15 minutes auraient constitué un "effort maximal" qui aurait engendré la mort du jeune homme de 24 ans (pourtant reconnu comme sportif). Pour expliquer la mort d'Adama, les experts prennent tous les éléments en compte - la chaleur, la course, l'état de santé, etc. - sauf 2, toujours écartés : l'intervention des gendarmes (qui lui ont fait supporter le poids de 3 corps, 250 kg) et la non-assistance à personne en danger. Pourquoi? Car ce qui est présenté comme la conclusion de l'expertise est en fait le but de "l'expertise" et son point de départ : expliquer la mort d’Adama en sortant les gendarmes du tableau. (Cf. l'article du Monde qui a rendu public ce rapport et qui ne cache pas ses interrogations que l'on peut consulter ici.)
Cette 4ème expertise est un acte de guerre. Contre la famille Traoré bien sûr. Mais plus largement contre le mouvement social qui se développe avec et autour du comité Adama depuis plus de 2 ans. Les mensonges et manipulations qu’elle contient sont à la hauteur de l’effet de déstabilisation et de critique sociale que porte ce mouvement. C’est comme si l’institution disait : rentrez chez vous, vous vous battez pour rien, il ne s’est rien passé, Adama Traoré est mort tout seul, et sa mort n’a rien à voir avec l’ordre policier, les pratiques des gendarmes, les techniques d’interpellation, le racisme, etc.
Manifester samedi, c'est répondre à cette agression - c'est faire la guerre à cet acte de guerre.
Séquence politique
Nous nous situons ici dans une séquence politique forte. Car l'opération accomplie par l'expertise à propos de la mort d’Adama Traoré n’est pas isolée. Elle s'inscrit dans une histoire politique. Faire comme si, quand ils meurent entre les mains des forces de l'ordre, les individus meurent tout seul n'est pas nouveau. C’est une opération classique : on l’a déjà vu à l’œuvre à plusieurs reprises : ça a déjà été le cas avec Malik Oussekine tabassé en 1986 par des policiers mais dont la mort avait d'abord été imputée à une insuffisance rénale. On peut rappeler l'affaire Wissam El-Yamni – l’une des plus scandaleuses de ses dernières années- qui selon la Justice ne serait pas mort sous les coups de la police mais d’un mystérieux « cocktail toxique »( ) . Mais aussi l'affaire Mirval, prisonnier mort étouffé lors d'un transfert en prison et à propos duquel 6 expertises vont se succéder pour tenter de démontrer qu'il serait le seul responsable de sa propre mort ().
Mensonge = mort
Il n'y a rien de nouveau à dire que les Etats mentent, cachent la vérité, n’assument pas leur responsabilité, inventent des narrations publiques des faits contraires à la réalité (on a vu sur tant d’événements historiques à quel point il faut du temps à l’Etat pour reconnaître ses responsabilités, qu’il suffise de mentionner ici l’affaire Audin). Mais ce qui est important c’est que le mensonge ne vise pas seulement à couvrir les actions des forces de l’ordre. Il fait partie du système qui produit l’exposition à la mort ou à la violence de certaines populations, notamment, les jeunes garçons noirs et arabes des quartiers populaires.
On sait que par exemple la plaque commémorative pour Malik Oussekine rue Monsieur-le-Prince dit que celui-ci a été « frappé à mort ». Mais elle ne rajoute pas : « par la police ».. Ne pas dire que Malik Oussekine est mort frappé par la police, c’est s’interdire de mettre en question la police, l'usage de la force et c'est donc rendre possible la mort d'autres Malik Oussekine. Dire, comme on essaie de le faire aujourd’hui, qu’Adama Traoré est mort tout seul, c’est vouloir empêcher de mettre en question les pratiques des gendarmes et de la police, l’idée d’interpellation, les techniques, la domination raciale, etc. Et c’est alors rendre possible la mort d’autres Adama Traoré…
Manifester samedi 13 octobre, contre le mensonge d’Etat, c’est, comme lors de la marche en souvenir à Adama en juillet à Beaumont, manifester contre l’ordre policier et pour rendre les vies plus vivables.
La mort d’Adama Traoré est une scène politique. Le simple fait que les gendarmes lui aient demandé ses papiers d’identité alors qu’il n’avait rien fait, qu’il faisait du vélo dans sa ville, le fait qu’il courre et, encore plus important, le fait que les gendarmes lui courent après alors qu’il ne présente aucun danger pour assouvir un fantasme de maitrise et de possession constitue en tant que telle une séquence politique dont la responsabilité incombe aux gendarmes.
Aller manifester samedi c’est réaffirmer la nécessité et la force d’un combat que la Justice voudrait voir disparaître, c’est réaffirmer l’existence publique de la lutte du comité Adama quand l’institution dit « Rentrez chez vous ». C’est amplifier ce mouvement qui doit permettre, comme le dit souvent Assa Traoré, de sauver la vie d’autres Adama Traoré.
RDV Samedi 13 octobre, à 14h30 à Gare du Nord.




