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    Européennes : cachez cette crise que La France insoumise ne saurait voir

    France-Insoumise

    Brève publiée le 28 novembre 2018

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.regards.fr/politique/article/europeennes-cachez-cette-crise-que-la-france-insoumise-ne-saurait-voir

    En moins de six mois, La France insoumise voit plusieurs cadres partir, quand ils ne sont pas mis dehors. Une crise qui va de pair avec une ligne politique qui zigzague.

    Depuis plusieurs semaines – depuis le clivage sur l’appel des migrants ? Depuis les perquisitions ? – La France insoumise ne cesse de voir s’égrener les départs. Et tous ne viennent pas du même bord. Et tous ne partent pas pour les mêmes raisons.

    Dernièrement sont partis Liêm Hoang-Ngoc, Sarah Soilihi, Corinne Morel-Darleux, Djordje Kuzmanovic et François Cocq. Sans compter l’annonce de Charlotte Girard de ne plus être tête de liste aux européennes.

    Au cœur du débat, c’est le mode de fonctionnement de ce "mouvement gazeux" à "clé de voûte" qui est remis en question. Car un petit groupe décide souverainement de la ligne et de celles et ceux qui la portent : le comité électoral.

    Comité opaque

    « Vous connaissez un parti européen où les militants n’élisent pas la direction, même indirectement ? Il n’y a que La France insoumise. » Voilà ce que nous disait il y a quelque temps un journaliste du Monde diplomatique. Si la remarque peut sembler excessive, ou si après tout c’est ça le nouveau monde, LFI traverse une période de grandes difficultés.

    Le 8 novembre, c’est l’oratrice Sarah Soilihi qui partait pour Génération.s. Celle-ci jugeait que sa place sur la liste pour les européennes n’était pas assez "haute", neuvième chez les femmes. Peut-être aurait-elle mieux fait de prendre son mal en patience et de négocier. Mais ce qui est fait est fait. À Libération, elle expliquait son choix, dénonçant les « petits arrangements entre amis » du comité électoral de LFI. Même son de cloche pour Djordje Kuzmanovic, qui publie une tribune dans Marianne :

    « Ce comité est d’emblée apparu comme un organe sur mesure conçu pour satisfaire le petit groupe de dirigeants auto-proclamés. Le processus de sélection des candidats s’est distingué par la même opacité. »

    Ce fameux comité est composé de « 14 représentant-e-s des différents espaces de La France insoumise (programme, lutte, équipe opérationnelle, politique) et 18 insoumis-es tiré-e-s au sort », peut-on lire sur le site de LFI. Quant à savoir comment ont-ils été désignés... mystère. Mais on y trouve aussi bien des militants historiques du PG que des personnes à l’engagement politique plus récent, des proches de "JLM" et des "cocos insoumis".

    Gauchistes vs souverainistes

    Mais il n’y a pas que le fonctionnement qui cloche. En fait, l’autoritarisme du sommet est d’autant plus fort que la ligne politique est contradictoire. Officiellement, c’est la sensibilité "populiste de gauche" qui donne le ton, avec ses deux faces : la cohérence de François Ruffin d’un côté, la virulence de Jean-Luc Mélenchon de l’autre. Mais la fin de l’été a été aussi marquée par le ralliement des socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, qui se distancient du populisme sur deux points : l’Europe et le refus de tourner le dos à la gauche.

    Quand Sarah Soilihi soulignait « les excès dans la communication [qui] ont fini par brouiller la ligne politique : sur l’Europe, les migrants, l’écologie », appelant à ce que la gauche ne se laisse pas « emmener dans la montée des nationalismes », Djordje Kuzmanovic fustige pour sa part « la gauche traditionnelle [qui] ne peut pas, ne peut plus gagner par voie démocratique ».

    Et à croire celui qui fut conseiller de Jean-Luc Mélenchon, le « choix tactique » pour les européennes est de « viser les populations qui y votent – les classes urbaines cultivées, ces fameux "bobos" – et d’opérer des rapprochements avec des partis de gauche, pourtant âprement critiqués un an auparavant ». Et même jusqu’à lundi dernier pour ce qui concerne la défaite de Farida Amrani.

    L’éviction de Djordje Kuzmanovic rend le départ de Corinne Morel-Darleux de la direction du Parti de gauche plus difficile à comprendre. Cette dernière reprochait alors le fait que « les "signifiants vides" du populisme et de la stratégie anti-Macron, visant à fédérer le plus largement possible, étouffent trop souvent la radicalité du projet initial. Les affaires internes et le commentaire systématique de l’actualité me semblent de plus en plus hors-sol. » Et Corinne Morel-Darleux d’ajouter :

    « La critique interne, même bienveillante, est vécue comme une attaque, le pas de côté comme une trahison. »

    Ligne politique "yo-yo"

    Manifestement, le groupe dirigeant de LFI voit bien que la ligne populiste ne porte pas ses fruits et ne débouche pas sur le résultat attendu : amplifier la vague du printemps 2017. François Cocq fait d’ailleurs ce constat sur son blog :

    « Les termes "rassemblement de la gauche" et même "union de la gauche" faisant leur retour […] jusque dans la bouche de certains cadres de La France insoumise. Cette séquence a indubitablement marqué une rupture par rapport à la précédente où l’ambition de fédérer le peuple passait par la mise à distance du terme "gauche" lui-même. »

    Mais se tourner vers l’union de la gauche empêche de faire valoir le bénéfice acquis en 2017, à savoir une gauche éparpillée et ultra-dominée par LFI. Sondages et élections suggèrent que cet état de grâce n’est plus de mise : LFI reste la première force à gauche, mais elle n’est plus numériquement hégémonique. D’où la double méthode, du louvoiement et de l’autoritarisme. Avec son revers : cela fuit de tous les côtés.

    Que faire maintenant ? Le départ de quelqu’un comme Djordje Kuzmanovic pourrait signifier que la ligne "populiste" n’est plus de mise. Sauf que le soir même de la défaite de Farida Amrani lors de la législative partielle en Essonne, Jean-Luc Mélenchon faisait cette analyse, à chaud :

    « La campagne de second tour, contre mon avis formellement exprimé, s’est faite sur le thème d’une soi-disant "gauche rassemblée" [...] Selon moi donc, cette ligne […] a contribué à bloquer la mobilisation qui aurait été possible en assumant d’être "l’opposition à Macron" sans obliger à montrer patte blanche. »

    Étonnante analyse pour celui qui, en 2017, reprochait sa défaite à Benoît Hamon.

    Au-delà du fait que le président du groupe parlementaire étale sur la place publique les problèmes internes de LFI, la question est la suivante : qui dit vrai ? Le Mélenchon qui refuse la « soi-disant "gauche rassemblée" » à Evry ou le comité électoral qui écarte les tenants du populisme pour les européennes ?

    Bon courage pour trouver une tête de liste apte à porter ces ambiguïtés. Charlotte Girard a renoncé, tant à cause des « conditions d’organisation » et de « contraintes personnelles, familiales et professionnelles », écrivait-elle le 15 novembre sur Facebook. Le nom de Manon Aubry, de l’ONG Oxfam, est régulièrement cité.

    D’ici là, la convention de Bordeaux des 8 et 9 décembre prochains, où la liste définitive doit enfin être dévoilée, s’annonce musclée.