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Marseille s’effondre et réveille la rage du peuple
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Fin décembre, la rappeuse Keny Arkana et ses complices du collectif La Rabia del pueblo ont produit le documentaire « Marseille, récit d’une ville qui s’effondre ». Le film, que nous diffusons ici, donne la parole aux habitants du quartier populaire de Noailles où se sont écroulés deux immeubles le 5 novembre, faisant huit morts. Deux mois après, 200 immeubles ont été évacués et plus d’un millier de personnes vivent encore à l’hôtel.

Le 5 novembre vers 9 heures du matin, les numéros 63 et 65 de la rue d’Aubagne disparaissent, s’écroulent sur eux-mêmes. Les corps sans vie de Simona, Niasse, Ouloume, Julien, Taher, Fabien, Cherif et Marie-Emmaunel en sont retirés. Huit morts au total. À la place des immeubles : un trou béant et des gravats, au cœur de ce quartier populaire du centre-ville. L’un des derniers probablement. En tout cas, celui où l’éloignement des pauvres a pris plus de temps qu’au Panier, livré aux touristes et à des populations plus aisées.
L’équipe de La Rabia del pueblo donne d’abord la parole aux habitants des immeubles de la rue d’Aubagne et du quartier Noailles. Ils racontent les logements insalubres, les marchands de sommeil rarement inquiétés, l’incurie des services municipaux et la responsabilité de Jean-Claude Godin, le maire de Marseille. Tout le monde savait. À leur tour, associations et journalistes expliquent la politique d’éloignement des pauvres du centre-ville, menée par la majorité au pouvoir depuis 23 ans. S’entremêlent les images de ces deux derniers mois, ponctués par plusieurs manifestations, où la colère des Marseillais a explosé.
La rage contre Gaudin
Aujourd’hui, rien n’est réglé. Le 28 décembre, la ville de Marseille a annoncé avoir pris une centaine d’arrêtés de péril imminent pour quelque 200 immeubles évacués depuis le 5 novembre. Deux fois plus que les années précédentes en six fois moins de temps, éclairant l’attentisme coupable qui régnait jusqu’alors à l’hôtel de ville, et le peu d’empathie pour les populations vivant dans ce quartier. Aujourd’hui encore, alors que l’INSEE chiffrait à 33 218 le nombre de logements vides à Marseille en 2015, plus d’un millier de personnes, sur les 1600 évacuées des immeubles dangereux, dorment à l’hôtel.
Le 3 janvier, les anciens occupants du numéro 65 de la rue d’Aubagne ont adressé une lettre ouverte aux pouvoirs publics. Devant le guichet d’accueil des délogés, une des rescapés de l’immeuble effondré a lu ce courrier dénonçant un manque de prise en charge et une « gestion inhumaine » de la crise. Accompagnée du collectif du 5 novembre, des délogés de tout Marseille, et d’anciens habitants du 65 rue d’Aubagne, elle a aussi accusé les élus de mener une « politique urbaine à deux vitesses » et d’être « aveuglés par le profit ». En cause : les 22 millions d’argent public dédiés à la transformation du quartier vivant de La Plaine, en un espace attractif pour les investisseurs, les promoteurs, et les touristes.
Les cris de rage « Gaudin assassin », scandés abondamment pendant la manifestation de la colère du mois de décembre, n’ont pas fini de résonner dans la cité phocéenne. Les oreilles du maire de Marseille risquent encore de siffler le 9 février, à l’occasion de la journée « Solidarité Noailles » au Dock des Sud. S’y produiront des artistes nationaux et locaux. Déjà, le 21 décembre, un premier concert de soutien aux habitants du quartier avait réuni IAM, la Foncky Family, et bien sûr Keny Arkana.




