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Comment la stratégie populiste a permis à Errejón de battre Podemos
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Dimanche, à Madrid, Íñigo Errejón a pris le dessus sur son ex-formation, Podemos, en revenant aux sources de ce qui avait fait la force de ce mouvement. Un enseignement pour la France insoumise ?
Quarante élus régionaux, c’est ce qu’il reste à Unidas Podemos après les élections de dimanche dernier. En 2015, Podemos avait obtenu 115 élus aux élections des communautés autonomes à peine un an après sa naissance comme nouvelle formation politique qui devait, selon la formule consacrée, « monter à l’assaut du ciel ». Quatre ans plus tard, les ambitions initiales semblent complètement oubliées et largement hors d’atteinte. En cause, de nombreuses erreurs stratégiques, ainsi qu’un spectacle permanent de division et de repli sur soi.
Malgré une bonne campagne aux élections générales d’avril dernier, le parti de Pablo Iglesias ne fait plus rêver. Plus il s’affaiblit, plus la ligne du « rassemblement de la gauche » est présentée comme l’unique possibilité de retrouver une dynamique électorale et de renouer avec des électeurs désabusés. Cette ligne a été fortement sanctionnée dimanche dernier lors duquel se tenaient élections municipales, régionales et européennes. Alors qu’à elles deux, Izquierda Unida et Podemos totalisaient onze députés européens en 2014, ces deux formations, une fois alliées, n’obtiennent que 10,05 % des voix et six élus au Parlement européen.
DÉCRÉPITUDE DE PODEMOS
C’est à partir de ce constat de décrépitude de son ex-formation politique qu’Íñigo Errejón a lancé l’initiative Más Madrid pour renouer avec la transversalité et la stratégie populiste. Il ne faut pas se méprendre, si en France cette stratégie-là est associée dans l’imaginaire à un discours agressif et clivant, celle mise en œuvre par Íñigo Errejón est bien différente. Elle repose sur l’articulation d’un discours de dénonciation des élites corrompues certes, mais aussi sur la proposition d’un projet positif pour la communauté de Madrid. Un projet capable de redonner de l’espoir à un électorat défaitiste et replié dans l’abstention. Loin des discours anxiogènes et contestataires, ou de l’empilement de mesures, Íñigo Errejón a choisi d’interpeler les émotions de son auditoire, lui promettant fierté retrouvée et reconstruction d’une communauté qui protège. Protection et ouverture ont d’ailleurs été les deux piliers de sa campagne qui lui ont permis, dans le même temps, de répondre aux angoisses produites par la société néolibérale et d’offrir à ses concitoyens un horizon de progrès. Ce discours à caractère patriotique, alors qu’il s’agissait d’une campagne régionale, a pleinement fonctionné.
"Nous n’avons pas de temps de parole, mais nous avons des balcons"
Le pari était pourtant risqué. Más Madrid disposait de peu de moyens et était donnée derrière Podemos au début de la campagne avec 9 % des intentions de vote contre 10 %. Pire encore, comme il s’agissait d’une nouvelle formation politique, début mai, le tribunal électoral a réduit à zéro le temps de parole médiatique de ses membres, que ce soit Íñigo Errejón ou Manuela Carmena, sa camarade de Más Madrid et maire de la ville. L’ancien stratège de Podemos a su avoir la bonne réaction en disant « nous n’avons pas de temps de parole, mais nous avons des balcons » et en demandant à tous ses soutiens d’afficher à leurs fenêtres ces drapeaux sur lesquels figuraient son visage et celui de Carmena. En 24 heures, Más Madrid reçoit plus de 3 000 demandes de drapeaux. Trente mille drapeaux finissent par être arborés aux balcons madrilènes. Javier Calvo et Javier Ambrosi, des stars très appréciées de la jeunesse madrilène, s’y mettent, s’affichent avec Errejón, et diffusent la séquence sur les réseaux sociaux rendant l’opération hype. Quelques jours plus tard, c’est un reggaeton « Madrid te necesita », produit par le think tank La Trivial, qui est lancé et qui buzze sur le Net et dans les émissions de télévision. Malgré un temps de parole inexistant, tous les médias se mettent à parler de cette campagne innovante, qui ressemble, par bien des aspects, à celles menées par Podemos au début de son histoire.
À la mi-mai, les meetings se remplissent de plus en plus, la dynamique prend. Le 18 mai, Manuela Carmena et Íñigo Errejón, qui mettent en scène leur complicité et leur complémentarité depuis le début de la campagne, réussissent le tour de force de remplir le Madrid Arena avec une foule de 5 000 personnes dont la composition va bien au-delà des cercles militants habituels.
UNE CAMPAGNE INTELLIGENTE
À l’arrivée, le résultat est sans appel, Íñigo Errejón réalise 14,7 % des voix à la communauté de Madrid, contre 5,6 % pour Podemos. Malgré ce très beau score et un écart très serré avec leurs adversaires, Más Madrid et ses alliés ne parviennent pas à prendre la communauté de Madrid à la droite. De son côté, Carmena perd de très peu, bien qu’elle soit arrivée en tête de l’élection municipale avec 31 % des voix. Cependant, Madrid est bien le seul endroit où la gauche hors PSOE se maintient à un tel niveau et ne perd pas de sièges (27 sièges si on cumule ceux de Más Madrid et de Podemos, comme en 2015), alors que partout ailleurs elle s’effondre. Íñigo Errejón aura même réussi le tour de force de réduire fortement l’écart entre le bloc de droite (PP, Ciudadanos et Vox) et le bloc « progressiste » (PSOE, Más Madrid et Podemos) par rapport aux élections générales d’avril dernier. Celui-ci passe de 10 à 3 points.
Dans ce contexte, la coalition Unidas Podemos semble plus que jamais marginalisée et aura perdu presque toutes ses mairies. Íñigo Errejón, lui, a réussi son pari en menant une campagne intelligente et en posant les jalons d’une nouvelle option politique à l’échelle de l’Espagne. Cette preuve par le fait aura de nombreuses conséquences. La recomposition ne fait que commencer.




