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Martinique: malgré le couvre-feu, les tensions entre manifestants et forces de l’ordre restent vives
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La nuit de jeudi 19 à vendredi 20 septembre a été « agitée » en Martinique - île française des Caraïbes. Quatre personnes y ont été interpellées et certaines communes sont soumises depuis mercredi 18 septembre à un couvre-feu, en raison d'un regain de tensions et émeutes contre la vie chère, a indiqué la préfecture.

Un barrage routier organisé dans une rue de Fort-de-France, en Martinique, le 17 septembre 2024. AFP - THOMAS THURAR
Cette deuxième nuit de couvre-feu partiel, décidée par le préfet en début de semaine sur certaines zones de Fort-de-France, a quand même été agitée. Cela bien que ces violences soient restées en deçà de ce qu'il s'est passé sur l'ile depuis lundi 16 septembre, rapporte Claude Gratien, grand reporter chez nos confrères de Martinique 1ère.
Ces actes de violence se sont déplacés du coup plutôt en dehors de la ville et sur le territoire d'autres communes. Quelques barrages ont été érigés et incendie en certains points du réseau routier, notamment sur le territoire de communes du sud de l’île. Ils ont été enlevés par les forces de l'ordre, des policiers et des gendarmes qui ont parfois été à nouveau visés par des pas d'armes à feu et dont plusieurs personnes ont été arrêtées cette nuit.
Depuis le début des événements, près d'une trentaine de personnes, notamment des mineurs, ont été interpellés après le pillage et le saccage de dizaines de magasins. Il faut signaler que ces violences sont menées en marge du mouvement de protestation lancé contre la vie chère par les leaders du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), à l'origine de la mobilisation. Des violences qu'eux-mêmes d'ailleurs ont condamnées.
« Cela nous rappelle le mouvement des “gilets jaunes” »
Les habitants de Martinique soutiennent le mouvement malgré leurs inquiétudes. C'est ce que témoigne Elhona, étudiante, jointe par Olivier Chermann du service France de RFI. « Avant, les interactions avaient lieu beaucoup plus tard la nuit, mais là, on se retrouve environ de 20h30, jusqu'à 4 heures du matin avec des explosions toute la nuit. Il y a beaucoup de débris. Cela nous rappelle un peu le mouvement des “gilets jaunes”. Les ronds-points en fait sont bloqués et c'est principalement ça en fait qui bouche les accès routiers », décrit-elle.
Puis, Elhona poursuit : « Pour se déplacer, même de manière quotidienne, cela devient problématique et aussi pour sortir le soir par exemple. Nous, comme on a nos études et qu’on a envie quand même d'avoir une vie personnelle à côté, ne serait-ce que pour se déplacer la nuit en fait, ou en tout cas déjà en fin d'après-midi, nos parents peuvent s'inquiéter. »
« Je me sens préparée à toute éventualité, mais je ne dirais pas non plus que je suis inquiète parce qu'en fait cela reste quand même une cause que je soutiens, même si je ne soutiens pas la manière dont elle est véhiculée », assure l'étudiante.
Des émissaires du gouvernement venus depuis Paris pour des tables rondes
Des renforts significatifs de policiers et de gendarmes ont commencé à arriver en Martinique et des discussions avec des émissaires du gouvernement venus de Paris ont eu lieu, souligne Claude Gratien, grand reporter pour Martinique 1ère. Deux experts fiscaux et financiers sont venus faire remonter au gouvernement les propositions issues des diverses tables rondes qui se sont déroulées cette semaine. Il y en a déjà eu trois depuis le début de la mobilisation.
Il y a une priorité qui a été définie, examinée, les causes structurelles de la formation des prix sur l'ile, comme les frais de l'approche, mais aussi les marges des distributeurs et puis aussi mettre fin à certains monopoles. Pour une majorité de la population, rien n'a changé depuis le grand mouvement contre la vie chère en 2009. Soit 15 ans plus tard
Les choses ont même empiré pour certains : le nombre de familles en difficultés a explosé. Certains ont du mal à avoir des fournitures avec 100 euros, certains produits coûtant plus du double par rapport à la métropole : un yaourt avalant trois euros coûtent en Martinique plus de sept euros, soit plus de 125 % d'augmentation. Un chiffre encore plus inquiétant, car près de 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.




