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Malcolm X et le combat pour les droits civiques aux États-Unis
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Malcolm X a été assassiné le 21 février 1965 au tout début de sa phase de radicalisation qui établissait un lien entre l’histoire raciale des États-Unis et le développement du capitalisme. Sa mort coïncide aussi avec un pic de radicalisation croissante du mouvement des droits civiques américains. En guise de backlash, la révolution néolibérale des années 1980 est allée de pair avec la stigmatisation et la répression des populations noires américaines. Le mouvement Black Lives Matter, qui a repris la lutte antiraciste, s’inspire encore de la figure de Malcolm X. Par Edouard Soulier et Stéphane Waha.

Des Blacks Panthers à Black Lives Matter, 60 ans de luttes
Le mouvement Black Lives Matter (BLM) de 2020 a sans doute été le mouvement le plus inspirant contre le racisme de ces dernières décennies. Il a constitué le plus grand mouvement social de l’histoire récente des États-Unis et a imposé à l’échelle mondiale la mise à l’ordre du jour des discussions sur le racisme. Ce mouvement a inspiré aussi en France l’une des rares mobilisations importantes de l’antiracisme dans la période récente.
Antiracisme et anticolonialisme
La situation raciale aux USA a toujours été structurante de la politique américaine. L’assassinat de Malcolm X il y a soixante ans a marqué une étape importante de la lutte pour les droits civiques. En plein mouvement d’émancipation, cette lutte venait rejoindre la dynamique de radicalité qui commençait à naître. En effet, le mouvement des droits civiques marquait l’entrée en scène des personnes noires elles-mêmes pour défendre leurs droits collectivement à la suite de la Seconde Guerre mondiale menée pour la démocratie et la justice contre le fascisme. Il est clair qu’il y avait une convergence avec les grandes vagues de décolonisation et de luttes anticoloniales : Algérie, Vietnam par exemple. Les luttes contre la ségrégation — de facto un peuple sous domination coloniale dans le même pays — ont conduit à l’un des mouvements les plus importants de l’histoire des États-Unis : manifestations de masse, boycotts collectifs, désobéissance civile. Cette lutte a pris de l’ampleur jusqu’à la jonction avec le mouvement contre la guerre du Vietnam.
La création du Black Panther Party, parti politique le plus réprimé de l’histoire des États-unis, est révélateur, déjà à l’époque, de ce qu’une réponse seulement institutionnelle ne suffit pas à améliorer le sort des noirEs et à diminuer le racisme. La répression sanglante des militantEs noirEs orchestrée par la police américaine a été déterminante pour arrêter cette vague.
Redlining contre déségrégation
En faisant sa révolution néolibérale au tournant des années 1980, la classe dirigeante a continué de se structurer autour du racisme. Une partie de la société américaine a réagi violemment à la déségrégation :
développement des écoles privées (et même fermetures des piscines publiques, pour prendre les exemples les plus criants) ; mise en place des techniques pour limiter l’impact du vote « noir » aux États-Unis par l’ajustement de la carte électorale (ce qui fait que les États du Sud sont les plus racistes et parmi les plus pauvres) ; la guerre à la drogue pour criminaliser encore plus la population noire (il y a plus de jeunes noirs en prison aux États-Unis qu’à l’université et ils représentent une part disproportionnée de la population carcérale) ; et le redlining s’est développé pour éviter le développement économique des quartiers noirs.
La mort de jeunes noirs causée par la police et les « justiciers » montre l’insécurité permanente dont ils sont victimes. Même si une partie des noirEs américainEs ont enfin pu accéder à des échelons supérieurs de la société américaine, la ségrégation — même informelle — subsiste. Elle est un des maillons du vote républicain et en miroir explique que le vote noir est essentiellement démocrate (74 % pour les hommes et 95 % pour les femmes).
Backlash
Le deuxième mandat de Trump va aggraver la situation. La fin de l’Affimative Action pour les facs (discrimination positive), suivi du backlash sur les DEI (la politique d’inclusivité de l’administration américaine) jusqu’à la fin de l’ensemble des politiques d’aides aux plus pauvres, et la déportation de milliers de sans-papiers, sont des attaques qui visent directement les populations racisées. L’objectif de la « démocratie » américaine est bien d’avoir des populations subalternes dont les droits sont limités. Quelques semaines avant sa mort, Malcolm X exprimait : « Tu ne peux pas avoir le capitalisme sans le racisme ». Ce qui fait que le mouvement BLM reste un épisode central de l’histoire récente des USA et la force qui potentiellement peut s’opposer aux politiques néofascistes du nouveau locataire de la Maison Blanche.
Édouard Soulier
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Les trois Malcolm
Malcolm X n’était pas prédestiné à devenir un leader politique. Si nous devons tirer des enseignements de son parcours, il faut partir du constat que la figure de Malcolm X en éclipse deux autres. Celle qui la précède et celle qui lui succède.
Malcolm Little
Il naît Malcolm Little le 19 mai 1925. C’est un Afro-Américain ayant grandi dans le Sud avec tout ce que cela sous-entend d’héritage de l’esclavage et de peur viscérale du Ku Klux Klan.
Dans son autobiographie relatée par Alex Haley, Malcolm se décrit comme à part dans sa fratrie en raison de sa peau plus claire et de ses cheveux roux. Il fait donc l’analyse, à demi-mots, que le colorisme le situe différemment parmi les siens.
Pourtant, adulte, il connaîtra le destin de nombre d’Afro-Américains, fait de débrouillardise et de deal, ce qui le conduira en prison. Malcolm appartient au lumpenprolétariat, à la part du prolétariat qui est à la fois la plus pauvre et la moins encline à s’organiser pour une transformation révolutionnaire de la société. Celle qui, à en croire Marx ou Trotski, est plus susceptible de pencher du côté de la réaction. En marxistes, nous nous interrogeons donc sur ce qui, de là où il est au moment d’entrer en prison, a conduit Malcolm X à devenir une figure révolutionnaire.
Malcolm X
Alors qu’il est en prison, les frères et sœurs de Malcolm tous convertiEs, envoient l’un d’entre eux pour le convertir à son tour aux préceptes de la Nation of Islam, en donnant un sens politique à sa condition. Il lui parle du « diable blanc », de l’histoire des Afro-Américains et d’islam. Son parcours a tous les traits d’un parcours de radicalisation semblable à celui de djihadistes ou d’un Kemi Seba. Précisément parce qu’il s’agit d’une radicalisation à la fois politique et religieuse.
Malcolm Little devient porte-parole de Nation of Islam. Il abandonne son nom de famille hérité de l’esclavage et le remplacera par un X, marque du caractère inconnu du nom de ses ancêtres africains. Il devient une figure de premier plan dans le cadre du mouvement des droits civiques dans lequel il porte une voix radicale. Nation of Islam prône un nationalisme noir et un séparatisme racial. Toutefois, les relations entre lui et le chef de Nation of Islam s’enveniment jusqu’à l’amener à s’en éloigner définitivement.
Malik al-Shabbazz
Malcolm X se rapproche de l’islam sunnite et adopte une démarche plus internationaliste, empreinte de socialisme et de panafricanisme (dont son père était proche). Il fait le pèlerinage à La Mecque et prend le nom d’Al-Hâjj Mâlik al-Shabazz (il utilisait déjà le pseudo Shabazz auparavant). Il ne survit malheureusement pas plus d’un an à sa séparation d’avec Nation of Islam et est tué le 21 février 1965 un peu avant son 40e anniversaire.
Le parcours de Malcolm X est celui d’un militant sorti d’une condition des plus précaires et politisé sur des bases réactionnaires. Mais son parcours s’achève précisément là où on voudrait qu’il commence, sur une voie révolutionnaire. Ce que nous pouvons en tirer, en militantEs, c’est la nécessité d’avoir des relais dans toutes les couches de notre classe, afin d’être aptes à faire partir nos luttes de ses marges.
Stéphane Waha




