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Un étudiant condamné pour avoir occupé un amphi de la Sorbonne pour la Palestine : soutien à Luiggi !
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Luiggi, un des 86 étudiants interpelés en mai 2024 pour avoir occupé un amphithéâtre de La Sorbonne en solidarité avec la Palestine a été condamné ce mardi à 6 mois de prison assortis d'un sursis probatoire de 2 ans. Une peine grave qui vise à discipliner l’ensemble du mouvement étudiant.
C’est une condamnation d’une extrême gravité qui a été rendue, tard dans la soirée de mardi, au Tribunal correctionnel de Paris. Un an après s’être mobilisé aux côtés de nombreux étudiants contre le génocide à Gaza, Luiggi a écopé d’une peine de six mois de sursis avec deux ans de sursis probatoire. Cela signifie que s’il ne réalise pas 140 heures de « travaux d’intérêt général » (soit 18 mois) et ne verse pas 1 500 euros aux parties civiles d’ici deux ans, il sera envoyé en prison pour six mois.
Il était poursuivi pour « violences sur agent de sécurité ayant entraîné moins de 8 jours d’interruption du travail » après qu’un vigile du rectorat - dont les locaux sont dans La Sorbonne - ait porté plainte en l’accusant de lui avoir tordu le doigt. Alors que l’agent ne l’a jamais identifié formellement dans le cadre de l’enquête et les policiers n’ont pas jugé utile d’entendre des témoins des faits le juge a quand même décidé de déclarer Luiggi coupable et de lui infliger une peine lourde puisqu’elle implique à la fois une peine de prison et l’obligation de réaliser des travaux d’intérêt général.
Une punition sévère pour discipliner la jeunesse propalestinienne
« Il est très surprenant que mon client soit condamné sur la base d’une seule déclaration d’un agent, qui n’est corroborée par aucun élément objectif dans la procédure. A l’inverse, nous avons produit 6 témoignages, dont celui d’un journaliste, qui indiquent non seulement que Luiggi n’a pas été violent envers les agents mais que ces derniers ont été très brutaux à l’encontre des étudiants. En réalité, tout porte à croire que c’est l’occupation de la Sorbonne en elle-même qui a été sanctionnée. C’est d’ailleurs le sens des interpellations de masse qui ont eu lieu ce jour là » explique son avocate Me Elsa Marcel.
Le 7 mai 2024, Luiggi faisait en effet partie des 86 étudiants interpelés après avoir décidé d’occuper un amphithéâtre de La Sorbonne en solidarité avec le peuple palestinien. Une action s’inscrivant dans le cadre d’une mobilisation étudiante à l’internationale, née sur les campus étatsuniens sur lesquels des milliers d’étudiants avaient lancé des campements contre le génocide et la complicité des régimes occidentaux avec Israël.
Déjà au printemps dernier, ce mouvement avait dû faire face à une très forte offensive de la part des soutiens de l’État colonial. Accusés d’antisémitisme, de connivence avec le régime iranien et même d’appeler au meurtre en raison de l’usage du symbole des mains rouges, les étudiants ont été lourdement criminalisés en raison de leur solidarité avec le peuple palestinien.
Aussi, cette action de protestation s’était terminée par une intervention policière dans l’enceinte de l’université et la mise en garde à vue de l’intégralité des étudiants présents sur place. Entre coups, insultes islamophobes et sexistes et humiliations dans les commissariats le régime avait déjà montré sa détermination à faire taire coûte que coûte ceux qui oseraient dénoncer la complicité de la France avec Israël et qui revendiqueraient la rupture des partenariats universitaires, stratégiques pour l’impérialisme français.
De ce point de vue, la condamnation de Luiggi s’inscrit dans la continuité de cette politique de censure et d’intimidation des opposants au régime et fait en réalité le procès d’un étudiant politisé à gauche. A ce titre, le dossier contient notamment des extraits de livres que Luiggi avait sur lui au moment de l’interpellation. Sur dix pages de procès-verbaux, la police détaille ainsi les phrases annotées par l’étudiant concernant la lutte contre le franquisme comme une preuve de radicalité, et donc de culpabilité.
Plus en général, la lourdeur de la peine écopée par Luiggi est un signal envoyé à l’ensemble du mouvement étudiant, actuellement mobilisé contre les coupes budgétaires et qui continue les actions de solidarité avec la Palestine. Alors qu’en 2020 le gouvernement avait tenté d’inscrire dans la Loi de programmation de la recherche la criminalisation des blocus et occupations étudiantes, l’institution judiciaire applique de facto cette orientation. Un précédent gravissime sur lequel vont s’appuyer non seulement les directions d’université et le gouvernement mais aussi l’extrême droite, qui a pour habitude de tenter des opérations violentes contre les étudiants mobilisés sur leurs campus.
Face à cette décision politique, Luiggi a décidé de faire appel, a indiqué ce mercredi son avocate Me Marcel. Mais au-delà de la voie judiciaire, c’est une grande campagne de solidarité qu’il va falloir construire pour obtenir la relaxe et refuser cette scandaleuse criminalisation des étudiants qui ont osé relever la tête pour la Palestine. Sans quoi, ce sera demain les luttes féministes, écologistes ou encore dénonciation de la course à l’armement et de l’impérialisme français qui vaudront d’être traîné en Justice.




