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En Bosnie, la contestation sociale vire à l’émeute
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) La colère et le désespoir suscitent un mouvement de révolte sans précédent enBosnie-Herzégovine depuis la fin de la guerre, en 1995. Vendredi 7 février, pour la troisième journée consécutive, de violents affrontements ont opposé les forces de l'ordre à des milliers de manifestants à Sarajevo. Près de 150 personnes ont été blessées. La police a eu recours au gaz lacrymogène, aux canons à eau et aux balles en caoutchouc pour repousser ceux qui voulaient s'en prendre aux bâtiments publics. Le siège de la présidence de la Fédération a été en partie incendié.

Les racines de la contestation ne sont ni ethniques, ni religieuses, mais politiques et sociales. Les manifestants sont exaspérés par la paralysie de leurs dirigeants, pris dans un carcan institutionnel. Composé de deux entités (la Fédération croato-musulmane et la République serbe), le pays ne dispose pas, dans les faits, d'un véritable pouvoir central. Les alliances éphémères, les neutralisations et les coups fourrés résument la chronique politique habituelle. La Bosnie se trouve à l'arrêt depuis des années ; elle est reléguée loin derrière la Croatie, membre de l'Union européenne, ou la Serbie, qui tente de normaliser ses relations avec le Kosovo. Les jeunes font face à un taux de chômage sans équivalent en Europe (près de 55 %).
« BABY REVOLUTION »
C'est à Tuzla que le mouvement a commencé mercredi, lancé par des ouvriers. Ils étaient employés par plusieurs usines locales (détergent, meubles, produits chimiques), privatisées dans les années 2000 après avoir été les piliers de l'activité économique. Les salariés voulaient que leurs droits soient protégés et les usines, en perdition, reprises par les autorités. Ils ont ciblé le bâtiment de l'administration locale, provoquant une réaction forte des policiers. Le premier jour, une vingtaine de blessés ont été enregistrés, et autant de personnes arrêtées. Jeudi, de nouveaux affrontements ont eu lieu. L'exaspération sociale a poussé de nombreuses personnes à se joindre aux cortèges, derrière la tête composée de jeunes prêts à en découdre. La contestation s'est répandue dans d'autres villes comme Zenica, Mostar ou Bihac.

Le mouvement n'a fait que gagner de l'ampleur, hors de tout cadre partisan ou institutionnel. Il ressemble à un acte II après la « baby revolution », en juin 2013. Des milliers de personnes s'étaient émues et avaient manifesté pour dénoncer le sort réservé à un bébé. En raison d'un problème absurde de carte d'identité, l'enfant n'avait pu être transporté pour soins en Allemagne. Des milliers de Bosniens avaient bloqué les accès du Parlement pour obliger leurs élus àrésoudre cette question.
Une fois encore, les responsables politiques apparaissent incapables detranscender les lignes ethniques et de répondre à ce mouvement. L'exemple le plus caricatural a été fourni par le chef du gouvernement cantonal de Sarajevo, Suad Zeljkovic. Il a estimé que, dans la capitale, « personne n'a de raisons departiciper à de tels troubles et de telles actions ». « Il n'y a pas un seul salaire versé en retard, ni de frange de la société qui aurait des raisons d'être insatisfaite. »




