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Détruire un stand du ministère, c’est bien. Réfléchir à une sortie du modèle productiviste, c’est encore mieux

Par Tristan Daul (29 février 2016)
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Cela ne vous aura sûrement pas échappé : samedi 27 février, des paysans désespérés ont démonté le stand du ministère de l'agriculture lors du salon du même nom avant d'être évacués par les CRS. Cet acte fait écho à une année de mobilisations musclées et continues, partout en France et principalement dans le Nord Ouest, zone sinistrée par la mise en concurrence mondialisée de l'agriculture.

Les éleveurs ne peuvent plus vivre de leur travail. Leur production est vendue à perte, faisant parallèlement la joie de la grande distribution qui bénéficie de marges vertigineuses1.

De plus, les paysans sont surendettés à cause de l'achat de matériel, de l'agrandissement des cheptels et des terres cultivables (qui permet soit disant d’accroître la productivité donc les revenus), de l'achat d'« aliments » pour les animaux et de produits nauséabonds en tous genre pour les cultures. Bien que propriétaires de leurs moyens de production, ces paysan-ne-s sont finalement exploité-e-s par les banques.

La détresse sociale s'étend. Les milliers de faillites conduisent à des centaines de suicides2, les paysans étant la catégorie sociale la plus touchée par ce fléau social3.

L'agriculture s'est progressivement transformée une activité marchande comme les autres, sujette aux fluctuations du marché, conduisant par exemple en 2011 à de nombreuses émeutes de la faim comme en Egypte, en Inde ou en Éthiopie. Du coup, la crise du capitalisme tire les prix vers le bas, et les pouvoirs publics ont renoncé à contrôler les prix.

En France, le discours de la FNSEA valorise l'industrialisation des fermes, de même que la concurrence entre les exploitants français ou européens. Ainsi, pour le patron du syndicat4 majoritaire, la remise en question du système de production n'est pas à l'ordre du jour, pas plus qu'il ne l'est pour les gouvernements. Pourtant, la base commence à le désavouer5.

La situation des agriculteurs est finalement un des reflets de la société capitaliste : des petits propriétaires terriens produisent dans un premier temps pour une demande locale, puis vendent leur production à des entreprises nationales voire internationales. Ces entreprises exigent une production régulière et supérieure à la capacité de l'exploitation. Les exploitants s'endettent pour s'agrandir, puis apprennent qu'ils ne sont plus compétitifs, qu'ils doivent vendre moins cher. Prisonniers par les banques, par les semenciers et par les fabricants d'engrais et de pesticides, ils n'ont d'autre choix que de capituler.

Il s'agit donc de repenser la filière agro-alimentaire dans son ensemble, et de montrer en quoi une agriculture censée doit absolument se développer en dehors et contre le système capitaliste.

Il faut pour cela prendre l'ensemble des composants de la filière en considération : les paysan-e-s doivent produire en fonction des capacités de l'environnement, la production doit être accessible localement, en vente directe. Cela permettra de réduire les transports (et donc l'impact écologique) ainsi que les profits réalisés par les marchands (dont nous espérons nous débarrasser à moyen terme) de l'industrie agro-alimentaire et de la grande distribution. Les terres agricoles doivent êtres réservées à l'agriculture et non pas vendues aux industriels du BTP, les cheptels doivent êtres de petites tailles afin de minimiser l'impact environnemental et de maintenir des conditions de vie dignes pour les animaux.

Pour cela, il faut encourager à l'installation de paysans dans des petites structures, qui permettront d'avoir un travail partagé et équilibré. De plus, il faut encourager la mise en place de coopératives pour en finir avec la propriété privée, source de conflits permanents et d'exploitation des travailleu-r-se-s.

Certes, ce discours est difficile à diffuser dans un monde paysan majoritairement à droite et attaché à la propriété privée. Cependant, nous devons y contribuer, en nous appuyant aussi sur l'existant comme par exemple la Confédération Paysanne.

- Nous soutenons les agriculteurs en lutte, non pas dans toutes leurs revendications mais dans leur colère légitime

- Nous exigeons un contrôle public des prix agricoles : les agriculteurs doivent pouvoir vendre leur production à un prix qui leur garantit un revenu décent

- Nous appelons les agriculteurs à s'unir pour produire différemment, loin des exigences des industriels du secteur

- Nous appelons les agriculteurs à la convergence des luttes avec les ouvrier-e-s exploité-e-é, les précaires, les jeunes, les chomeu-r-se-s.
 

En finir avec la FNSEA et avec Xavier Beulin !

Alors que des paysans se suicident par centaines, que plus personne ne peut ignorer que le modèle productiviste est à bout de souffle, comment un syndicat agricole, la FNSEA, peut-il encore recommander aux agriculteurs d’agrandir leurs exploitations ?

Tout a été dit sur Xavier Beulin, cet industriel proche de Sarkozy représentant d’une profession acculée au pire à cause de ses recommandations, d’autant que sa propre position d’acteur économique, à travers sa société April, le place directement en porte-à-faux avec des agriculteurs, dès lors qu’il s’agit de transformer une matière première alimentaire en produits (biodiésel) à haute valeur ajoutée.

Que Xavier Beulin cesse de se draper derrière le paravent des « paysans » alors qu’il défend des intérêts industriels capitalistes

Qui peut prétendre qu’au nom de la compétitivité de la France et d’une libéralisation fossoyeuse des hommes et des terroirs, les recommandations de la FNSEA faites aux « paysans » d’agrandir leurs exploitations, de se confronter aux marchés avec des outils « plus compétitifs », d’accroître leurs investissements n’aient pas été un pousse-au-crime ?


1Cf. http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/crise-des-eleveurs/crise-des-eleveurs-trois-graphiques-pour-connaitre-la-composition-du-prix-quand-on-achete-un-kilo-de-viande_1007023.html

2Cf. http://www.msa.fr/lfr/prevention-du-suicide-des-populations-agricoles

3Cf. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20141013.OBS1885/chez-les-agriculteurs-un-suicide-tous-les-deux-jours.html

4Xavier Beulin, président de la FNSEA et accessoirement président du groupe Avril (7 milliards de chiffre d'affaire en 2013, http://reporterre.net/ENQUETE-2-Au-coeur-de-l-agro) et exploitant agricole.

5Cf. http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/07/28/que-reprochent-ses-detracteurs-au-patron-de-la-fnsea_4702196_4355770.html

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