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    Guadeloupe: bananes sans pesticides

    écologie

    Brève publiée le 7 novembre 2014

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Le Monde) L'île a été empoisonnée par le chlordécone, un produit interdit aux Etats-Unis depuis 1976

    Pisang raja, Calcutta-4 : les noms des bananiers de la station agronomique expérimentale de Neufchâteau, sur les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau (Guadeloupe), rappellent que leurs origines se situent en Inde ou en Asie du Sud-Est. Dans cette belle plantation sont entretenues quatre cents variétés de bananes, c'est l'une des cinq plus riches collections du monde.

    Mais toute cette diversité présente sur la plate-forme du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, le Cirad, est au service d'une seule : la banane d'exportation produite sur l'île, l'omniprésente Cavendish qui règne sur la quasi-totalité des marchés mondiaux. L'objectif numéro un est de trouver le moyen de rendre ce fruit plus résistant aux attaques de ravageurs qui prospèrent dans la chaleur humide tropicale… mais sans recourir aux pesticides.

    Grâce à l'aide des scientifiques en partie soutenus par des fonds européens, avec aussi une forte pression de la société, les planteurs assurent avoir réduit de 75  % l'usage des produits phytosanitaires en dix ans. Ils traitent en moyenne dix fois moins que leurs concurrents dans le monde. Une performance méconnue des consommateurs, se plaignent-ils. Il faut dire qu'une autre image colle à la peau de leurs bananes. Jusqu'en  1993, les professionnels ont utilisé le chlordécone pour lutter contre le charançon qui fait mûrir les fruits trop vite, alors que cet organochloré très persistant était interdit depuis 1976 aux Etats-Unis, puis dans l'Union européenne à partir de 1990. Les sols, l'eau douce, puis la mer ont été contaminés pour plusieurs siècles, avec des conséquences graves sur la santé publique et sur l'économie.

    Ingénieurs du sol

    Dans les années 2000, l'épandage d'autres pesticides par voie aérienne afin de combattre cette fois des maladies, la cercosporiose noire et la cercosporiose jaune, n'a rien arrangé. Après des années de bataille des défenseurs de l'environnement, le gouvernement vient de signer l'arrêt a priori définitif de cette méthode. Les petits avions ont été revendus à la République dominicaine.

    Avec cette méthode, on faisait moins attention à l'état des bananiers. Maintenant, j'ai quelqu'un qui effeuille tous les jours, témoigne Miguel Héry, un jeune planteur de Capesterre.On revient à la raison en laissant travailler les ingénieurs du sol : les fourmis qui sont des prédateurs des charançons, les vers de terre, les scolopendres… " Un pot en plastique jaune posé à l'entrée de la parcelle contient une phéromone (substance permettant aux animaux de communiquer par l'odeur) qui attire les charançons : une alternative simple aux insecticides. "Dans les pays comme le Costa Rica, les grandes compagnies américaines en sont à un traitement tous les cinq jours ", précise David Dural, directeur de l'Institut technique tropical, qui sert d'interface entre les chercheurs du Cirad et les planteurs. " J'en suis au cinquième passage herbicide en seize mois, " assure Miguel Héry.

    Sur la plate-forme de Neufchâteau, si l'on ne parle pas d'agriculture bio, c'est bien dans cette direction que tendent les agronomes. " Il faut remettre le moteur naturel en marche pour qu'il soit plus résistant, assure Hoa Tran Quoc, l'un d'entre eux. Nous préconisons des jachères suffisantes pour remettre de la vie dans les parcelles qui ont été matraquées pendant des années et qui sont pleines de némotodes - vers microscopiques - . Nous travaillons sur l'association des bananiers avec des plantes répulsives qui éloignent certains ravageurs, sur d'autres à fleurs qui favorisent la pollinisation, sur les légumineuses qui permettent une bonne couverture végétale du sol. Dans ce domaine, on est jeunes, dynamiques et ignorants. En fait, le modèle idéal, c'est… la forêt. "

    Avec ces progrès agronomiques, les Antilles ne sont pas représentatives du secteur mondial des exportateurs de bananes. " Ce sont les grandes compagnies qui donnent le la ", résume Kodjo Tomekpe, botaniste généticien.

    Depuis une quinzaine d'années, le Cirad tâche de mettre au point une nouvelle variété à la fois résistante aux maladies, productive, avec des fruits bien remplis et non fragiles, qui ne réclame ni herbicide, ni fongicide, ni insecticide.

    " Nous créons environ 1 000 variétés par an et nous en jetons 99,9  %, " rapporte Jean-Michel Risède, directeur de l'unité de recherche concernée au Cirad. Il est cependant fier d'annoncer qu'une super-banane baptisée Cirad 925, sur laquelle l'équipe travaille depuis une quinzaine d'années, est actuellement testée sur 6 hectares de parcelles, chez des planteurs de Martinique et de Guadeloupe.

    Ce n'est pas une bête de cirque, la 925 ne résiste pas à tout ! ", tempère toutefois M. Risède.

    Martine Valo