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Le prix du baril de pétrole tombe à 50$
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Avec la hausse du dollar et l'exploitation de nouveaux gisements, les cours de l'or noir dévissent encore
Cinquante dollars ! Il y a six mois seulement, quel analyste aurait osé parier sur une dégringolade aussi brutale du baril d'or noir ? C'est pourtant bien à ce niveau inconnu depuis le printemps 2009 qu'il est tombé, lundi 5 janvier, sur le marché de New York après être passé sous la barre symbolique des 50 dollars en début de séance. Le light sweet crude américain pour livraison en février a terminé à 50,04 dollars tandis que le Brent de la Mer du nord clôturait en forte baisse (à 53,11 dollars) sur le marché londonien.
Désormais, certains opérateurs n'hésitent plus à envisager un plancher à 40 dollars, le niveau qu'il avait atteint fin 2008, trois mois après la faillite de la banque Lehman Brothers. Un tel niveau amputerait de plus de moitié les recettes budgétaire attendues par les producteurs et pourrait décider l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à réduire son quota de production (30 millions de barils par jour) pour faire remonter les prix. Fin novembre, poussé par l'Arabie saoudite et les pétromonarchies du golfe, le cartel avait refusé de le faire ; mais de plus en plus de membres (Algérie, Venezuela, Iran, Irak, etc.) réclament un changement de pied face aux difficultés budgétaires qui se profilent.
Le renouveau américain
Car tous les éléments se conjuguent pour maintenir la pression à la baisse dans les prochains mois. L'appréciation du dollars n'incite pas les investisseurs à acheter du pétrole puisque les échanges sont libellés en devises américaines. La progression de la demande restera modérée au premier semestre, voire au-delà, en raison des médiocres performances économiques de l'Europe et de la Chine, où l'industrie est à la peine, et des nouvelles menaces que la Grèce fait peser sur la zone euro.
Mais c'est surtout l'annonce d'un niveau de production record en Russie et en Irak en 2014 qui a conforté les opérateurs dans l'idée d'une surabondance de l'offre. En décembre, la production russe (10,67 millions de barils) a atteint un record inégalé depuis la chute de l'URSS en 1991, selon des analystes. Elle devrait poursuivre sur cette tendance en 2015, malgré les sanctions occidentales pénalisant le secteur de l'énergie. De son côté, l'Irak n'a jamais exporté autant de brut depuis 1980, à la veille de sa guerre contre l'Iran (1980 – 1988), avec 2,94 millions de barils par jour en décembre, a récemment indiqué Assem Jihad, porte-parole du ministère du pétrole, en ajoutant que Bagdad pourrait porter ces exportations à 3,3 millions de barils cette année.
L'offre américaine, elle, n'est toujours pas affectée par la baisse des prix du brut en-dessous du coût de production du pétrole de schiste dans certaines régions. Et l'administration Obama a donné, fin décembre, un nouveau signe de la puissance énergétique retrouvée des Etats-Unis : elle a autorisé l'exportation de pétroles bruts très légers réclamée par certaines compagnies, rompant ainsi partiellement avec un embargo qui remontait au choc pétrolier de 1973.
Certains analystes estiment qu'un million de barils supplémentaires pourraient se déverser sur les marchés fin 2015, concurrençant surtout le brut léger pompé au large des côtes d'Afrique de l'Ouest. Même s'il ne faut pas surinterpréter cette décision, elle sonne comme une réponse des Américains aux Saoudiens, lancés dans une guerre sans merci pour maintenir leurs parts de marché et freiner le développement effréné de la production aux Etats-Unis.
Foyers de tension sans incidence
D'autres barils devraient affluer sur le marché dans les prochains mois. Début 2014, les compagnies occidentales avaient annoncé l'entrée en production en 2015-2017 de gisements découverts dans les années 2000 et développés à grands frais pour tenir coûte que coûte leurs objectifs de production d'hydrocarbures. Ainsi Total a-t-il prévu de la porter de 2,3 à 2,8 millions de barils par jour d'ici à 2017. Retardera-t-il le démarrage de certains projets en attendant des jours meilleurs et une remontée des cours ? Les analystes de Morgan Stanley estiment que de nouvelles productions vont arriver sur le marché en provenance du Brésil, d'Afrique de l'Ouest, du Canada et des Etats-Unis. Et même 500 000 barils supplémentaires par jour en provenance d'Iran dans l'hypothèse d'un accord entre Téhéran et les Occidentaux sur le contentieux nucléaire.
Les fondamentaux du marché sont tellement orientés à la baisse que les foyers de tension réduisant ou menaçant la production d'hydrocarbures n'ont plus d'incidence sur les cours.
En Libye, la guerre dans l'est du pays autour des terminaux d'exportation a pourtant fait chuter la production à environ 300 000 barils par jour alors que le pays vise 1 million de barils. Au Yémen, la milice chiite contrôlant la capitale Sanaa convoite la province pétrolière de Marib défendue par des tribus sunnites et Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA). Au Nigeria, premier producteur d'Afrique, la chute des cours a ébranlé les équilibres budgétaires alors que la campagne pour l'élection présidentielle de février se déroule sous haute tension.
La principale inconnue reste l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial d'or noir. La nouvelle dégradation de l'état de santé du roi Abdallah, hospitalisé il y a une semaine pour une pneumonie, fait peser une lourde hypothèque sur l'avenir.
Jean-Michel Bezat




