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Dans l’est de l’Ukraine, Kiev perd la bataille des coeurs
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Les rebelles prorusses, soutenus par Moscou, multiplient les offensives dans l'Est de l'Ukraine. Sur le terrain, les témoignages recueillis par les envoyés spéciaux illustrent une défiance croissante de la population envers les autorités ukrainiennes.
Les autorités ukrainiennes ont-elles perdu la bataille "des coeurs et des esprits", chère aux stratèges militaires, dans l'est de l'Ukraine? Après bientôt un an d'affrontements, les reporters sur le terrain mettent en avant les doutes des populations locales.
Alors que les banques ont cessé leurs activités, la suspension par Kiev des retraites et des fonds versés aux écoles et aux hôpitaux de l'Est à l'automne dernier a certainement contribué à ternir l'image des autorités ukrainiennes, souligne Lev Golinkin, écrivain américain originaire de l'Est de l'Ukraine, dans une tribune publiée dans le New York Times. "Vous voyez, cela est bien égal à l'Ouest si vous mourez de faim", peuvent clamer les prorusses. La défiance envers Kiev "est un sentiment qui ne cesse de croître", constate Lev Golinkin.
Après la mort d'une douzaine de civils tués par un tir d'obus sur un bus à Volnovakha (sud de Donetsk), le 13 janvier, Kiev a qualifié de complices des auteurs de ce massacre tous ceux qui, dans le Donbass, combattent aux côtés des séparatistes. Kiev fait erreur, déplore le Kyiv Post. "En qualifiant de démons tous les sympathisants des séparatistes, le gouvernement ukrainien s'aliène les coeurs et les esprits de ceux qu'il a le plus besoin de gagner".
Propagande russe
"Quand on repense à l'année dernière, on se demande comment tout ça est arrivé. Qui aurait pu penser qu'on en arriverait là?", interroge une professeure de français, Olga, rencontrée à Donetsk par Le Figaro, en décembre dernier. "Rares sont ceux qui soutiennent la poignée d'activistes prorusses qui ont occupé l'immeuble de l'administration régionale et proclamé l'indépendance de la région". Pourtant, la réponse de l'Ukraine à cette crise n'a pas permis de retisser les liens avec la population du Donbass.

Dans les faubourgs de Donetsk, le 30 janvier 2015.
Reuters/Alexander Ermochenko
Un journaliste de Kiev qui a passé 123 jours emprisonné dans les geôles prorusses fait lui aussi le constat des erreurs des autorités nationales. Dans la prison, "personne ne qualifiait les séparatistes de terroristes, contrairement à ce que font les médias ukrainiens", témoigne Roman Cheremskiy pour Libération. "J'ai eu le sentiment, ajoute le journaliste, que presque personne, même parmi mes camarades de cellule, n'était véritablement hostile au régime séparatiste". Il explique ce phénomène par la désinformation russe. Le Kyiv post fait de même: "Une des raisons du manque de confiance ( de la population envers Kiev) est la propagande déversée quotidiennement par la télévision d'Etat russe. Le journal en ligne met aussi en cause la propagande en provenance de Kiev, maladroite, qui retourne la population contre les médias ukrainiens: 'Nous ne regardons jamais les médias ukrainiens, seulement les Russes. Les informations ukrainiennes mentent", affirme une femme citée par le Kyiv Post.
Les rebelles et le pouvoir, renvoyés dos à dos
Alors que les autorités ukrainiennes considèrent Moscou comme un agresseur, le nombre de réfugiés qui choisissent de partir à l'Est montre que pour la population du Donbass, les choses ne sont pas si simples. Sur les 800.000 personnes déplacées en raison de la crise, 387,000 réfugiés ont choisi de trouver refuge en Russie, selon l'ONU.
Dans le village de Krasny Partizan, à une trentaine de kilomètres au nord de Donetsk, l'envoyé spécial du Monde constate le dépit des habitants envers le gouvernement ukrainien. Comme beaucoup de ceux qui sont restés dans le Donbass, Lioudmila Mikhaïlovna, 67 ans, voit dans l'Ukraine l'agresseur. Peu importe que le village ait aussi été bombardé par les rebelles. "Mais elle ne se soucie désormais plus de savoir qui gagnera cette guerre, pourvu qu'elle s'arrête."
Sur la ligne de front, côté ukrainien, la ville de Popasna, près de Louhansk, partage les mêmes doutes. "Peu importe qui contrôle la ville, à partir du moment où on a la paix et la sécurité", explique Viktor, 63 ans, à l'envoyé spécial du Figaro. Un autre voisin, Nikolaï, n'hésite pas à prendre parti. Il attend avec impatience, que 'les rebelles nous libèrent de l'armée ukrainienne' qui défend la ville."
A Debaltseve, localité de 25.000 habitants avant la guerre, encerclée par les rebelles prorusses, de nombreux habitants ont fui "car les tirs sont incessants. Dans la ville, il n'y a pas d'eau, pas d'électricité et pas de chauffage", selon le chef du poste de police, interrogé par l'AFP. Ceux qui n'ont pas fui se terrent dans des abris sous-terrain. "On ne veut ni de la Garde nationale (composée de volontaires ukrainiens, ndlr), ni de la DNR (République populaire autoproclamée de Donetsk, ndlr), on veut le calme", lance Lioudmila, 69 ans, à Debaltseve. "Sous Ianoukovitch, il n'y avait pas ça et la Crimée était encore à nous", renchérit Alla, faisant allusion au président prorusse renversé l'an passé après un mouvement de protestation à Kiev.
"Avant, confie Galia, une retraitée de Donestk à la correspondante d'El Pais, nous avions tous des idées divergentes. Aujourd'hui, nous ne voulons plus qu'une seule chose, que cette guerre s'arrête, qu'ils arrêtent de tirer"'.




