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    Syriza : une alternance, pas une alternative

    Grèce international

    Brève publiée le 17 février 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.ars-combat.fr/actualites/breve-182.html

    Les élections législatives grecques du 25 janvier ont consacré la victoire sans appel de la Coalition de la gauche radicale, Syrisa.

    Avec 36,34% des voix, le parti d’Alexis Tsipras rafle 149 sièges sur 300 au scrutin proportionnel.

    C’est le PASOK de la gauche bourgeoise, le Mouvement socialiste panhellénique qui s’effondre au profit de Syriza. Le PASOK dépasse à peine les 5%.

    Quant au parti de droite Nouvelle Démocratie du premier Ministre sortant Antonis Samaras, sa base électorale est seulement écornée. Il conserve 28% des suffrages.

    Le parti d’extrême-droite Laos (pour Rassemblement orthodoxe populaire) qui avait participé à un gouvernement d’union avec la droite de Nouvelle Démocratie et le PASOK est de son côté tout à fait marginalisé au profit du parti néonazi Aube dorée qui réuni 6,28% des suffrages et se maintien en troisième position.

    Avec 338 126 voix et 5,47% des suffrages, le Parti Communiste Grec (KKE) regagne un peu d’influence électorale autour de son programme d’annulation unilatérale de la dette, de socialisation des moyens de production, de désengagement de l’UE et de pouvoir ouvrier-populaire.

    À la gauche du KKE, la coalition des huit organisations trotskystes, écologistes et maoïstes Antarsya (pour Gauche anticapitaliste) vers qui va notre préférence, obtient 9 sièges avec 0,64% des suffrages. Dans ce front électoral, nous retrouvons l’EEK (Parti Ouvrier Révolutionnaire) et l’OKDE (la section grecque de la Quatrième internationale) qui faisaient campagne pour « ouvrir la voie au renversement » du gouvernement grec de Samaras, pour « la non-reconnaissance et la résiliation immédiate de la dette usurière », pour «la nationalisation de toutes les banques et des grandes entreprises sans compensation et sous contrôle ouvrier », l’ «augmentation des salaires et la réduction du temps de travail», la «réduction du chômage», la «fermeture des bases étrangères», la «sortie de l’OTAN» et une «souveraineté populaire pour que les travailleurs se saisissent eux-mêmes du pouvoir politique».

    Syriza a récolté le plus grand nombre de suffrages à ces dernières élections, mais pas encore suffisamment pour prétendre, seul, au gouvernement. Dans la perspective de renégocier les échéances de remboursement d’une partie de la dette auprès des instances européennes, Syriza a donc préféré faire une coalition avec le parti droitier et souverainiste des Grecs Indépendants (ANEL) qui a obtenu 4,7% des voix, plutôt qu’avec le parti libéral de centre gauche To Potami.

    Avec les Grecs indépendants de Panos Kammenos, Syriza peut ainsi constituer son premier gouvernement et s’assurer la majorité absolue des sièges à l’assemblée pour un véritable gouvernement d’alternance bourgeoise aux vieux partis de droite et de gauche trop discrédités dans l’opinion après sept années de désastre.

    DEPUIS 2008, UN DÉSASTREUX

    Depuis le début de la crise de 2008, le pays connaît un véritable désastre. Le PIB grec a chuté de 25% entre 2008 et 2014.

    Les salaires des fonctionnaires ont été réduits de 30% depuis 2010, les treizième et quatorzième mois des fonctionnaires ont été supprimés à la suite du mémorandum du 7 mai 2010. Le salaire minimum a été abaissé à 480 euros (580 bruts) tandis que les pensions des retraités ont été amputées de 30%. En parallèle, les taxes étaient élevées à 23%.

    Le niveau de vie du peuple grec a ainsi chuté entre 40 et 50% depuis 2008 !

    Pour bénéficier des prêts de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, les gouvernements grecs du PASOK, de Nouvelle Démocratie et du LAOS ont accepté les accords-cadres de la troïka. Ils ont accepté de plonger le peuple grec dans la misère.

    30% de la population a ainsi basculé sous le seuil de pauvreté en quatre ans.

    Au nom de la réduction des déficits publics, 200 000 postes de fonctionnaires ont été détruits. Mais avec la baisse du pouvoir d’achat des ménages, c’est 180 000 entreprises qui ont fait faillite depuis le début de la crise. À la suite de quoi le chômage officiel a rapidement dépassé les 27% de la population active, malgré une forte vague d’émigration.

    Le budget de la santé a été si réduit que 3 millions de personnes sont aujourd’hui exclues du système de santé publique.

    Au nom de la compétitivité, certaines règles de protection de l’environnement ont été abrogées, les ressources naturelles du pays vendues à des intérêts privés.

    Et les 130 milliards d’euros de prêt du FMI prévu au deuxième mémorandum du 2 février 2012 ne sont toujours pas débloqués. Dans l’incapacité de dégager les ressources économiques suffisantes, l’ancien gouvernement de Samaras, d’accord avec le FMI pour rembourser 317 milliards d’euros de dette, s’apprêtait même à radicaliser encore sa politique anti-ouvrière et anti-populaire.

    Aujourd’hui que le pays est ruiné, la Grèce accuse un excédent primaire de 1,5 milliard d’euros, hors charge de la dette.

    Mais plusieurs années vont être nécessaires au pays pour se relever du choc. Baisse de l’espérance de vie, hausse des homicides et des suicides, des IVG et des abandons de nourrissons, augmentation de 40% de la mortalité infantile en trois ans, la population est en attente d’un plan d’urgence et de mesures de salut rapide.

    Les électeurs grecs, en votant Syriza, ont refusé de reconduire les vieux partis politiques jusqu’alors aux affaires et qui portent la responsabilité directe du niveau de misère actuel.

    Pour mettre un frein aux politiques d’austérité de la Troïka, Alexis Tsipras n’a pas demandé « un vote de protestation, mais un vote pour gouverner ». Par dépit des autres partis et surtout du PASOK, les électeurs ont appuyé le parti Syriza.

    LE PROGRAMME DE SYRISA

    La progression de Syriza a été fulgurante. Ce petit parti issu de Synaspismós (Coalition de la gauche, des mouvements et de l’écologie), situé à gauche du PASOK, est passé de 4,6% aux élections de 2009 à 16,78% en mai 2012 puis à 26,89% aux élections de juin de la même année.

    Mais il faut dissiper tout malentendu. Les 36,4% de voix rassemblées par les candidats de Syriza ne résultent certainement pas d’un large engouement populaire. À peine plus de 5000 personnes se sont rassemblées à Athènes lors de l’annonce des résultats électoraux, soit seulement la moitié des membres du parti de la ville ! Le vote Syriza n’est pas non plus l’expression électorale d’une forte poussée des luttes ces derniers mois, et encore moins l’expression d’une maturation de la conscience socialiste et révolutionnaire.

    Le KKE et Antarsya ont peu progressé alors que ce sont ces deux formations qui représentaient sur le plan électoral, la volonté d’en finir véritablement avec le système capitaliste.

    Tsipras n’a eu de cesse ces deux dernières années de modérer ses interventions et de donner des gages de responsabilité à ces potentiels interlocuteurs institutionnels au niveau européen. Rejoint par des transfuges du PASOK, le programme de Syriza est un programme d’adaptation à la société d’exploitation capitaliste, à son régime de propriété et aux règles définies par ses créanciers européens.

    L’ambition de Syriza est de donner un coup d’arrêt aux mesures les plus rétrogrades des plans d’austérité commandés par les États européens prêteurs, et en tout premier lieu l’Allemagne.

    Face à la crise humanitaire, Syriza ambitionne de panser les plaies les plus saillantes : subvention pour l’alimentation des familles, soins médicaux gratuits pour les chômeurs sans assurance, gratuité de l’électricité et des transports publics pour les ménages sous le seuil de pauvreté, une garantie de logement pour 30 000 familles, un 13e mois pour les retraités, la réembauche de 2000 fonctionnaires mis à pied, l’arrêt des saisies sur les comptes bancaires et des résidences principales, et hypothétiquement, le retour du salaire minimum à 751 euros mensuels.

    Pour financer ces mesures d’un coût de 12 milliards d’euros, Syriza promet de lutter contre l’exil fiscal et de développer l’E-administration. Mais le nouveau gouvernement souhaite surtout renégocier les échéances du remboursement de la dette auprès de la BCE et du FMI.

    En fait, tout le plan de Syriza repose sur l’espoir d’un répit accordé par les institutions financières européennes et une fois cette condition requise, d’une relance modeste et progressive de l’économie par la demande, avec la suppression des taxes foncières pour les petits propriétaires, le relèvement à 12 000 euros du seuil annuel de revenus imposables pour les particuliers qui avait été abaissé à 5000 euros et le relèvement du salaire minimum.

    Alexis Tsipras demande « des conditions de remboursement qui ne provoquent pas de récession » avec un remboursement de la dette publique indexé à la croissance.

    Nous sommes donc très loin d’un quelconque programme d’annulation de tout ou partie de la dette qui a été pourtant contractée à des taux usuraires de 30% au plus fort de la crise !

    La réalisation du modeste programme de Syriza dépendra donc au final du bon vouloir de la BCE et du FMI et des représentants des États dont ils sont les exécutants.

    LE GOUVERNEMENT SYRIZA

    Le gouvernement Syriza est un gouvernement bourgeois qui se couchera devant les injonctions de ses créanciers européens et des capitalistes grecs.

    Tsipras candidat et ses acolytes du nouveau gouvernement Syriza n’ont pas cessé de le répéter à tous ceux qui ont bien voulu les entendre. Giorgos Stathakis, ministre de l’économie : « La Grèce veut rester dans la zone euro ». Alexis Tsipras : notre programme vise à « consolider la zone euro » !

    Sauf qu’au sein de ce vaste espace de concurrence qu’est la zone euro, les économies nationales les plus faibles sont écrasées par les économies nationales les plus fortes. L’économie grecque est écrasée justement, d’être en concurrence directe avec les monstres industriels allemands ou français.

    Le programme de Thessalonique que suivent les dirigeants de Syriza vise « à atténuer la crise humanitaire », « relancer l’économie » et « remettre leurs concitoyens au travail » !

    Mais la question reste entière. Où Syriza veut trouver les capitalistes intéressés à investir ses capitaux dans un petit pays de 11 millions d’habitants, appauvri par la crise et surendetté ?

    Un gouvernement intéressé à tenir ses engagements pourrait très bien centraliser le crédit, nationaliser les banques et exproprier les avoirs des grandes fortunes pour mobiliser des investissements nécessaires à une relance économique. Mais ceci n’est pas au programme de Syriza !

    Dans un interview au Monde, Alexis Tsipras peut expliquer vouloir « tenir tête à l’oligarchie économique adepte de l’évasion fiscale ». Mais nous entendons aussi son actuel vice-premier ministre, Iannis Dragasakis se dire prêt « à écouter les idées et propositions des actionnaires pour consolider les banques et améliorer leur situation », et surtout, « sans nuire aux intérêts des actionnaires privés » !

    Tsipras dit vouloir « lutter contre les dérives de l’oligarchie ». Mais le problème ne se situe pas au niveau de certaines dérives de l’oligarchie ! Le problème se situe au plan de l’organisation économique dans son ensemble ! Le problème, c’est le capitalisme, société divisée en classes, société étrangère à elle-même.

    Les crédits sont vendus pour réaliser des plus values boursières et non pour les besoins de la production, les entreprises investissent pour abattre des concurrents et s’assurer un hypothétique monopole et non en vue de la satisfaction des besoins en consommation des ménages, le salarié cherche un emploi pour le salaire et non pour faire travail utile.

    L’économie de marché représente un cadre indépassable pour Syriza et son gouvernement de coalition avec Panos Kammenos, ancien ministre dans le gouvernement Caramanlis et privatiseur du Pirée.

    Et la société d’exploitation capitaliste n’a jamais été ni « sociale », ni « humanitaire » !

    La politique du gouvernement Syriza tournera au fiasco pour le peuple travailleur grec.

    NOTRE SOUTIEN : À LA RÉVOLUTION SOCIALISTE GRECQUE !

    La Fédération hellénique des entreprises sait bien mieux évaluer la teneur du « radicalisme utile de SYRIZA » que les différentes gauches radicales réformistes de France et d’ailleurs.

    Syriza n’a aucune intention d’engager un quelconque rapport de force avec la bourgeoisie et les oligarques tels les premières fortunes du pays Latsis ou Vardinoyannis !

    Syriza se couche devant les intérêts de ses créanciers européens et devant les intérêts bourgeois.

    Nous n’accordons pas un gramme de confiance à ce Tsipras et à ses ministres ! Ces commis universitaires de la bourgeoisie sauront revenir sur leurs modestes engagements à la première résistance de leurs partenaires.

    Lors des dernières élections c’est le vote pour le KKE et surtout Antarsya qui exprimaient une véritable volonté de rupture avec la société d’exploitation capitaliste. Dans les prochaines années, toute notre attention sera portée sur le développement de ces forces politiques et leurs capacités à prendre l’initiative des luttes.

    Les partis d’extrême-gauche qui, comme la section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière (Xekinima), ont fait la campagne pour Syriza porteront au contraire une responsabilité dans le désaveu de certains secteurs de la population pour le mouvement socialiste en général. Que ceux qui cherchent à aider au développement de la lutte de libération des travailleurs se détournent de toutes les formations politiques qui usent de phraséologie révolutionnaire pour couvrir leur politique de capitulation devant les démocrates de gauche. Le conflit est nécessaire et les travailleurs ne doivent pas le laisser désamorcer pour se soumettre plus durablement à la dictature capitaliste.

    Les révolutionnaires doivent faire preuve de la plus haute détermination pour conquérir le pouvoir gouvernemental.

    Mais nous subordonnons la formation d’un gouvernement à notre capacité d’appliquer notre programme révolutionnaire.

    Et c’est donc aux travailleurs et au peuple grec que vont nos encouragements pour mener la lutte et couper le mal à sa racine ! Notre seul soutien va à la révolution socialiste des travailleurs grecs !

    Les travailleurs grecs doivent se soulever pour constituer leur propre gouvernement capable d’exproprier messieurs les armateurs, les spéculateurs du secteur immobilier, les actionnaires des mines, des banques et des assurances !

    Les richesses qui sont produites par les travailleurs grecs doivent revenir au peuple grec !

    Abolition du profit capitaliste ! Refus du paiement des intérêts de la dette ! Le nouveau pouvoir ne peut plus reconnaître la dette contractée par les gouvernements d’hier. Le nouveau pouvoir fait table rase de ce passif. C’est une nouvelle ère qui commence. La nation prolétaire prend la place de la nation bourgeoise !

    Les travailleurs doivent prendre la main sur leurs entreprises et s’organiser à l’échelle de chaque branche et secteur d’activité !

    Aux travailleurs et à leurs conseils de production d’organiser l’industrie des biens et des services conformément aux besoins de tous !

    Comptons-nous moins de maisons habitables aujourd’hui qu’en 2008 ? Certainement pas ! Alors qu’une maison soit accordée à chacun ! Il ne faut plus voir personne à la rue.

    Les centrales électriques savent produire pour les besoins domestiques et industriels du pays ? Les centrales électriques n’ont pas été détruites ces dernières années ? Alors que l’électricité soit distribuée selon les besoins des foyers !

    Que les instituteurs enseignent, que les médecins soignent, que les paysans cultivent la terre, que les étudiants étudient, que les travailleurs travaillent ! Le pays trouvera sa prospérité. Mais nous devons pour cela nous débarrasser du parasitisme social de la bourgeoisie. Nous devons nous débarrasser de son pouvoir.

    Le peuple travailleur est le pouvoir réel ! Nous sommes la production ! Nous sommes la coordination des activités industrielles, la comptabilité des entrées et des sorties, les découvertes techniques et scientifiques !

    Emparons-nous collectivement des moyens de production et d’échange ! N’attendons plus aucun ordre, ni récompense, ni reconnaissance des exploiteurs et de leurs amis politiciens !

    Les travailleurs grecs doivent constituer leur pouvoir autonome dans chaque entreprise, dans chaque ville.

    Les travailleurs doivent organiser la production, les échanges, la police et la justice pour eux-mêmes ! Les travailleurs grecs doivent construire leur pouvoir parallèle à celui de l’État clientéliste et corrompu de son nouveau gouvernement Syriza.

    Le peuple travailleur grec doit constituer son pouvoir politique en mettant à l’ordre du jour la société d’égalité sociale, de bien-être et de liberté.