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    Athènes demande l’extension du plan d’aide

    Grèce international

    Brève publiée le 19 février 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Le Monde) Le gouvernement Tsipras a envoyé sa lettre demandant la prolongation du financement européen

    Le maintien de la Grèce dans la zone euro tient-il à une missive ? Depuis mardi 17  février au matin, Bruxelles attend du gouvernement Tsipras qu'il formule, par écrit, une " demande d'extension du plan " d'aide internationale au pays. Ce qu'il vient de faire jeudi 19  février. Les Européens avaient prévenu Athènes : il sera trop tard pour rallonger ce plan d'aide au-delà du 28  février, date théorique de son extinction.

    Or, sans " parapluie " financier et réglementaire, la Grèce, qui se relève à peine de six ans de crise violente, sera contrainte de se financer seule et à des taux prohibitifs sur les marchés. Elle devra faire face à des échéances de remboursement importantes de son énorme dette (175  % du produit intérieur brut) dès le printemps. Selon diverses estimations, Athènes aurait besoin d'un apport supplémentaire de 4  milliards d'euros pour " passer " le mois de mars…

    Quelle lettre les Européens espèrent-ils recevoir ? Lundi 16  février au soir, à l'issue d'un Eurogroupe raté (réunion des 19 ministres des finances de la zone euro), Jerœn Dijsselblœm, le président de l'eurozone, a lancé un ultimatum au gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras. Si la Grèce veut continuer à bénéficier d'une aide financière de l'Europe, elle doit demander une " extension du programme actuel " d'aide de quatre à six mois, assortie d'un certain nombre d'engagements.

    Ce programme avait été mis en place en  2012, avec un prêt de 130  milliards d'euros conditionné au lancement de réformes visant à restaurer la compétitivité du pays.

    Pour les Européens, Athènes doit notamment promettre de ne pas revenir sur les mesures imposées par la " troïka " (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international, Commission européenne) et de mettre en place celles qui ne l'ont pas encore été. Sur ce point, l'Eurogroupe estime qu'il y a néanmoins une marge de négociation.

    Quelle demande Athènes est-elle prête à formuler ? Le gouvernement Tsipras a envoyé jeudi 19  février une " demande d'extension du financement " européen de six mois.

    Selon le ministre des finances Yanis Varoufakis, ce" document est rédigé de façon à satisfaire à la fois la Grèce et le président de l'Eurogroupe ". On devrait y retrouver notamment les demandes suivantes : pouvoir abaisser le niveau d'excédent primaire (avant paiement des dettes) pour les années 2015 et 2016 au-dessous du seuil de 3  % du PIB prévu par le programme actuel, et relever le plafond d'émissions de bons du Trésor.

    Athènes souhaite également pouvoir appliquer une partie de son programme d'urgence sociale. Un premier projet de loi relatif au gel des saisies et mise aux enchères des biens immobiliers des foyers surendettés devait être présenté dès jeudi au Parlement.

    En échange, le gouvernement grec verrait d'un œil positif certaines des exigences de la " troïka " telles que le lancement de réformes visant à renforcer l'indépendance de l'administration fiscale et la modernisation du système judiciaire afin de lutter contre les oligarques. En revanche, le pays refuse toute nouvelle baisse des retraites, hausse de la TVA ou flexibilisation du droit du travail…

    Qui va décider que la demande de la Grèce est acceptable ? " C'est le président de l'Eurogroupe, M.  Dijsselblœm, qui prendra la décision ", a annoncé Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission chargé de la stabilité de l'euro.

    Concrètement, une réunion préparatoire à l'Eurogroupe a été convoquée pour jeudi 19  février, à 15  heures, pour examiner la lettre grecque. Cette réunion, à laquelle participent les directeurs du Trésor des 19 pays de la zone euro, devait statuer sur la demande des Grecs. Si rien n'est tranché, ce sera à un Eurogroupe – au niveau ministériel – de prendre la décision, vendredi 20  février ou lundi 23  février.

    Bruxelles devra apprécier si Athènes répond aux engagements attendus. La marge d'appréciation est conséquente et l'exercice éminemment politique. Les Européens ne veulent en effet pas que M. Tsipras mette sur les rails des mesures anti-austérité qui entameraient la compétitivité et les finances publiques de la Grèce.

    Mais les pays membres ne sont pas tous au diapason sur le sujet. Les Allemands sont sur une ligne dure : accorder une marge de manœuvre la plus faible possible à Athènes. Les Français sur une ligne plus compréhensive : le ministre des finances, Michel Sapin, déclarait ainsi mercredi que la France ferait " tout " pour qu'un accord soit rapidement conclu avec la Grèce.

    La Commission européenne, elle, joue aux " facilitateurs ". Son président, Jean-Claude Juncker, a ainsi passé sa journée de mercredi au téléphone avec le premier ministre grec, selon une source européenne. " Nous avons besoin de la Grèce dans la zone euro, et la Grèce a aussi besoin de la zone euro ",disait pour sa part Pierre Moscovici, le commissaire à l'économie, mercredi matin sur Bel RTL.

    A quel jeu joue la Banque centrale européenne ? Le rôle que tient l'institut monétaire dans le dossier grec est à la fois déterminant et délicat. Créancier de la Grèce, il est aussi le maître des liquidités essentielles à la survie des banques grecques, fragilisées par les fuites de capitaux.

    Or, ce sont aujourd'hui ces banques qui achètent la dette à court terme de l'Etat grec et donc lui permettent de se financer…

    Le 11  février, la BCE a coupé l'un des régimes de liquidité d'exception accordés à la Grèce. Mais elle en a maintenu un second, baptisé " ELA ", qui autorise la banque centrale d'Athènes à accorder directement des liquidités aux établissements helléniques. Le 18  février, elle a augmenté le plafond de ces ELA de 65 à 68,3  milliards d'euros. Et toutes les deux semaines elle devra renouveler ou non son feu vert pour son maintien.

    Une épée de Damoclès pour Athènes, qualifiée de scandaleux chantage de Francfort par certains. Mais s'il est clair que la BCE met la pression sur M. Tsipras et ses partenaires afin qu'ils trouvent un accord au plus vite, il est peu probable qu'elle suspende les ELA. Même au plus fort de la crise chypriote, elle n'a jamais imposé une telle saignée à Nicosie…

    Marie Charrel, Adéa Guillot (à Athènes), et Cécile Ducourtieux, (à Bruxelles)