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L’Algérie face à la révolte anti-gaz de schiste
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Malgré de violents heurts, les autorités maintiennent l'exploration dans le sud du pays
C'est la trêve à In Salah, dans le Sud algérien, entre les anti-gaz de schiste et les autorités algériennes après des violences survenues les 1er et 2 mars qui ont fait de nombreux blessés et dégâts matériels.
Une rencontre entre le général major Amar Athamnia, chef de la 6e région militaire de l'armée algérienne, et les représentants des contestataires a eu lieu le 3 mars. Ces derniers, qui ont commencé à manifester en décembre et ont depuis largement remporté la bataille de la communication face au pouvoir en utilisant abondamment les réseaux sociaux, affirment avoir reçu l'assurance de l'officier supérieur de l'armée de pouvoir continuer à manifester pacifiquement sans intervention de la police et de la gendarmerie.
Les opposants au gaz de schiste peuvent ainsi reprendre possession de l'esplanade située près du siège de la daïra (sous-préfecture), rebaptisée " place “somoud” " (résistance) où des rassemblements quotidiens sont organisés depuis le 31 décembre 2014 pour protester contre le forage d'un puits pilote à Ahnet près d'In Salah.
De leur côté, les manifestants se sont engagés à ne pas s'en prendre aux installations gazières et pétrolières ainsi qu'aux sièges des entreprises multinationales opérant dans la zone. La situation avait dégénéré en émeutes dimanche et lundi à la suite d'une intervention des forces de l'ordre pour faire dégager la " place “somoud” ", devenue le haut lieu d'une contestation sans précédent, fortement soutenue par les journaux algériens.
Des dizaines de manifestants ont été blessés, un commissariat de police ainsi que le siège de la daïra et la résidence du sous-préfet ont été incendiés. La " trêve " obtenue après l'intervention de l'armée ne met pas fin à aux divergences de fond. Les autorités refusent le moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste demandé par les opposants qui redoutent la pollution des eaux du sous-sol saharien.
" Incompréhensions "
Face au déclin des réserves pétro-gazières du pays et l'explosion de la consommation intérieure, le gouvernement mise sur l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Les autorités algériennes, habituées à trancher sur ces questions sans organiser de vraies consultations, ont été surprises par l'ampleur de la mobilisation contre la fracturation hydraulique – seule technique d'exploitation du gaz de schiste – dans le sud du pays.
Les contestataires ont adressé au président Bouteflika un appel à moratoire, pour " rétablir la confiance et le dialogue entre les populations concernées, le pouvoir central et la communauté scientifique ". Un appel resté sans réponse. Les autorités ne veulent pas reculer sur une option jugée " vitale " pour l'avenir énergétique et économique du pays. Le 27 janvier, le président Bouteflika a indiqué que l'exploitation du gaz de schiste n'était pas à l'ordre du jour et qu'il s'agissait d'une simple exploration du potentiel du pays. Il a demandé au gouvernement de mieux communiquer afin de lever les " incompréhensions et les inquiétudes suscitées par les essais préliminaires dans le domaine du gaz de schiste ".
Le 24 février, alors que des manifestations anti-gaz de schiste de l'opposition étaient empêchées par les services de sécurité à Alger, le président Bouteflika a fait lire un message lors de la cérémonie officielle marquant l'anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures en 1971. " Le pétrole, le gaz conventionnel et de schiste, les énergies renouvelables sont des dons de Dieu. Il nous incombe de les faire fructifier et d'en tirer profit, pour nous et pour les générations futures. " Le premier ministre, Abdelmalek Sellal, a rappelé que l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels avait été officialisée par une loi. " C'est cela la démocratie ", a-t-il affirmé.
Le Parlement algérien avait effectivement adopté fin 2012 une nouvelle loi sur les hydrocarbures assumant l'option du recours aux hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, réservoirs compacts) malgré des réserves exprimées par des experts algériens. Le déclin des réserves pétro-gazières constitue un souci majeur. Le secteur des hydrocarbures représente 98 % des recettes d'exportations et compte pour 70 % dans son budget. Selon des projections d'experts locaux, l'Algérie pourrait ne plus être en mesure d'honorer ses engagements à l'export d'ici à 2030 sans efforts substantiels dans l'exploration.
Le recours aux hydrocarbures non conventionnels paraît la seule réponse des autorités à cet inquiétant déclin. L'Algérie détiendrait les 4es réserves mondiales de gaz de schiste avec près de 20 000 milliards de m3. Il est politiquement difficile de " tourner le dos à un tel potentiel "constate dans le journal El Watan, l'analyste El Kadi Ihsane.
Il estime que le moratoire constitue une " porte de sortie momentanée " raisonnable malgré le coût du dédommagement des partenaires étrangers opérant avec la compagnie publique Sonatrach. A défaut, ce sera un " passage en force " qui risque de saper " les bases de toute l'industrie pétro-gazière en Algérie en créant un syndrome nigérian. L'insurrection de l'embouchure du fleuve Niger fragilise depuis plus de vingt ans le potentiel énergétique du Nigeria ".
Amir Akef




