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Aux abois, la Grèce doit convaincre ses créanciers
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Les ministres des finances de la zone euro se réunissent lundi. Au menu : les réformes proposées par Athènes
Les négociations entre le gouvernement de M. Tsipras et le reste de la zone euro sur les conditions de l'aide financière à la Grèce ont recommencé ces derniers jours. Lors de la réunion de lundi, la question centrale sera la suivante : quelles mesures mettre sur les rails, comment les financer, sachant que l'Eurogroupe exige que, globalement, elles ne grèvent pas les finances publiques grecques ?
Vendredi 6 mars, M. Varoufakis a fait parvenir à Jerœn Dijsselblœm, le président de l'Eurogroupe, une première liste de sept réformes. Un paquet d'aides pour les foyers grecs les plus démunis (rétablissement de l'électricité, accès aux soins, etc.), une mesure visant à augmenter les recettes de l'Etat par l'allocation de licences à des sites de paris en ligne, un projet d'amnistie fiscale pour régler en partie le problème des énormes arriérés d'impôts (76 milliards d'euros)…
M. Varoufakis fait même une proposition inattendue pour lutter contre la fraude à la TVA. A en croire la version de sa lettre publiée in extenso par le Financial Times, il s'agirait de former des agents du fisc amateurs pour des missions ponctuelles, y compris en recrutant des touristes traquant en caméra cachée les commerçants…
Pas de changement de méthode
Ces propositions vont dans le sens de ce que demande la zone euro, qui considère prioritaire une réforme fiscale pour mettre fin à des années d'impéritie des gouvernements grecs en la matière, et de faire entrer de manière substantielle l'impôt dans les caisses de l'Etat. Pourtant, elles ne devraient pas être discutées formellement en Eurogroupe, lundi. " Cela doit d'abord être discuté avec les institutions ", expliquent plusieurs sources européennes.
De fait, les créanciers de la Grèce (Banque centrale européenne, Commission européenne, Fonds monétaire international) ont fait une concession sémantique au gouvernement Tsipras, en acceptant d'abandonner le terme de " troïka ", l'équipe d'inspecteurs qui les représente et qui, depuis 2010, négocie pied à pied avec les politiques grecs. A Bruxelles, on ne parle plus que des " institutions ".
Mais les Européens n'ont pas cédé sur la méthode : les réformes grecques doivent d'abord être négociées entre Athènes et les " institutions ", avant d'être validées au niveau politique, en Eurogroupe. Or, Syriza n'a cessé, ces derniers mois, de dénoncer les méthodes de la " troïka " et ses technocrates sans légitimité démocratique. " Nous voulons que les techniciens discutent avec les techniciens et les politiques avec les politiques ", indique une source diplomatique grecque à Bruxelles.
Du coup, ces derniers jours, si les contacts ont été intenses, les négociations n'ont à proprement parler pas commencé dans le format" institutions ", avec les représentants de la BCE, de Bruxelles et du FMI. " Les Grecs semblent vouloir s'écarter des niveaux techniques pour revenir au politique mais le message va demeurer, lundi, qu'il faut travailler avec l'Eurogroupe et les institutions ", ajoute une autre source diplomatique européenne.
Autre point de friction : les besoins financiers de la Grèce. Le pays a annoncé, vendredi, avoir remboursé un prêt de 310 millions d'euros au FMI. En ajoutant les besoins de fonctionnement de l'Etat et un autre remboursement au FMI de 1,5 milliard, ce sont près de 6 milliards d'euros qu'Athènes va devoir décaisser au total en mars. Une somme considérable pour un pays financièrement fragile.
Le gouvernement Tsipras espérait beaucoup de la BCE, qui a suspendu, début février, un des deux canaux de financement des banques grecques, quand Athènes refusait encore le principe de l'extension du deuxième plan d'aide. Mais jeudi 5 mars, l'institution n'a pas donné suite à ses demandes : Athènes doit d'abord se mettre d'accord sur son programme de réformes avec ses créanciers.
Même message, pour l'instant intransigeant, des Européens : la Grèce ne peut espérer toucher par anticipation la dernière tranche du deuxième plan d'aide (un peu plus de 7 milliards d'euros) que si elle avance concrètement sur les réformes. Quant à l'ouverture d'une discussion le plus vite possible, comme demandé par M. Varoufakis, sur un troisième plan d'aide à la Grèce, elle n'est pas non plus au menu de lundi.
" On parle de la conclusion du deuxième plan uniquement ", précisent des sources à Bruxelles. " Si nous sortons de l'Eurogroupe, lundi soir, avec un engagement sans ambiguïté à poursuivre le travail, ce sera déjà bien ", relevait, très prudente, une source européenne vendredi. " Il est très important que cet Eurogroupe soit un succès, nous y travaillons tous ", a reconnu le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras.
Est-on à nouveau parti pour des semaines de tensions maximales entre Athènes, Berlin et les autres capitales ? Côté Européens, la question est de savoir si Athènes va vouloir, ou va pouvoir, se conformer aux exigences de ses créanciers. " Tsipras n'a pas été élu pour faire les réformes que les Européens exigent de lui ", constatent, lucides, des sources diplomatiques à Bruxelles.
La position très dure des gouvernements conservateurs de la zone euro à l'égard de M. Tsipras, et l'attitude jugée désinvolte, voire arrogante en Eurogroupe, de M. Varoufakis, n'arrangent rien.
Le fait que M. Tsipras ait sollicité Jean-Claude Juncker pour une rencontre n'est, dans ce contexte, pas innocent. Le président de la Commission européenne " a eu un nombre de fois incalculable " le premier ministre grec au téléphone, en février, selon une source bruxelloise et a beaucoup travaillé pour que l'accord du 24 février soit trouvé.
M. Juncker travaille à la recherche d'un compromis, mais ne veut surtout pas donner l'impression d'interférer avec le travail de l'Eurogroupe. Le rendez-vous aura lieu, mais pas avant lundi. Plus probablement dans les 15 jours qui suivront la réunion des ministres.




