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A Radio France, huit jours de grève et un malaise généralisé
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Ceux qui n'ont pas trouvé de place sur les sièges bleus sont assis sur les marches des escaliers, en tailleur sur la scène, ou se tiennent debout, sur le balcon. Ce jeudi 26 mars au matin, le studio 105 de la Maison de la radio est plein à craquer.
Il est 10 h 15, et les salariés grévistes de Radio France, tous corps de métier confondus, se réunissent en assemblée générale (AG), comme chaque jour depuis le début du mouvement entamé le 19 mars, et qui ébranle autant l'antenne que le président de la société, Mathieu Gallet. L'ordre du jour est chargé : la veille, des représentants de l'intersyndicale ont été reçus par des membres du cabinet de la ministre de la culture, pour évoquer la crise, et doivent délivrer un compte rendu à leurs collègues.

Un représentant de Sud donne le ton : « Ils se sont foutus de nous. Nous n'avons pas été traités sérieusement, la tutelle ne prend pas la mesure de ce qui se passe à Radio France. » Au cours de la réunion, le ministère de la culture ne sera quasiment jamais désigné autrement que par ces mots, « la tutelle », une sémantique qui en dit long sur la façon dont les salariés appréhendent leur lien avec la rue de Valois : ni plus ni moins qu'un cordon de bourse, qui a une douloureuse tendance, ces derniers temps, à se resserrer.
Motion de défiance
Au 8e jour du mouvement, les grévistes ont la sensation d'être les pions d'un jeu qui se déroule au-dessus de leurs têtes, entre la direction de Radio France, incarnée par M. Gallet, et le ministère. La première doit ficeler un projet d'économies de 50 millions d'euros sur cinq ans tandis que le second a décidé de baisser le niveau de son financement à l'entreprise publique.
Les salariés se trouvent entre les deux, en colère de devoir se serrer la ceinture alors qu'ils observent d'énormes dépenses d'argent autour d'eux. Il y a bien sûr ces travaux de réhabilitation commencés il y a dix ans mais qui n'en finissent pas et dont le budget a dérapé, l'enveloppe pour la rénovation passant de 172 millions d'euros en 2004 à 584 millions aujourd'hui. Sans oublier les révélations des frais engagés pour la rénovation du bureau de M. Galet (100 000 euros) puis du coût de son conseiller en communication (90 000 euros par an). Des dépenses qui, si elles ne sont pas à l'origine de la grève, n'ont pas apaisé les aigreurs.
Pour autant, « il ne faut pas personnaliser la cible de notre lutte », répond un membre de l'AG à un journaliste qui propose le vote d'une motion de défiance contre le PDG, « notre problème, ce n'est pas tant Mathieu Gallet que l'ensemble des choix faits par la direction ». Dont acte : l'AG adoptera ce jour-là le principe d'une motion de défiance contre la politique mise en œuvre par la direction dans son ensemble.
« La direction a humilié des gens »
Quatre préavis de grève ont été déposés le 19 mars. Ils témoignent des craintes des salariés au sujet des externalisations de services, de la réforme des modes de production, des réductions d'effectifs sur le réseau France Bleu et de la perte d'un des deux orchestres de la maison.

Les négociations qui se déroulent quasi-quotidiennement entre les grévistes et la direction ont permis une légère avancée : l'abandon de la réforme du service propreté. Un seul point, certes, mais loin d'être anecdotique : il y a un an, « les personnes qui s'occupaient du ménage des bureaux dans les étages, qui travaillaient là depuis parfois 25, 30 ans, ont été déplacées au sous-sol, tandis qu'une entreprise extérieure a été embauchée pour faire leur travail », raconte Anne Le Guehennec, technicienne et membre de la CGT. Peu de grévistes rencontrés oublieront de mentionner cette histoire, perçue comme symbolique des mutations à Radio France – « la direction a humilié des gens qui travaillaient là depuis des années, que l'on croisait tous les jours », insiste Isabelle Yhuel, réalisatrice.
Pour le reste, la situation est bloquée. Et aux préavis officiels, s'ajoute une interminable liste de griefs dépeignant un malaise généralisé dans la société. La direction « ne parle pas le même langage que nous, lance un salarié au cours de l'AG. Quand nous disons “chaînes”, comme France Inter ou France Culture, on nous répond “marques” ». Les studios où se déroulent émissions en direct et programmes enregistrés « accueillent de plus en plus d'entreprises pour des séminaires », souligne aussi Bertrand Durand, technicien et élu CGT, un choix qui, selon lui, nuit au service public que se doit de proposer Radio France. En résumé, « la valeur et l'éthique de Radio France sont en train de disparaître, et la société risque d'être privatisée », soupire celui qui se fait appeler « Franck La Révolte », responsable des services de serrurerie, signalétique, menuiserie et maçonnerie dans la Maison ronde.
« Une vraie agence d'intérim interne »
Logiquement, les salariés ont reconduit la grève pour un neuvième jour et espèrent maintenant élargir la lutte. Des idées sont lancées : appeler des personnalités de la culture à afficher leur solidarité avec le mouvement, contacter les députés frondeurs de la majorité, intervenir lors des programmes qui continuent à être diffusés. Malgré la grève, quelques émissions sont en effet toujours à l'antenne, non pas à cause d'une faible mobilisation, assure M. Durand, mais parce que « des techniciens en CDD, qui ne peuvent pas se mettre en grève, ont été déplacés sur certains horaires stratégiques ». C'est ainsi que le « 7-9 », la tranche matinale de France Inter, a pu être maintenue jeudi et vendredi dernier.
Combien sont-ils à observer la grève ? Les concernés contestent les chiffres de 7 % à 11 % du personnel avancés par la direction : ceux qui travaillent l'après-midi se déclarent après le point de 10 heures, transmis aux médias, et beaucoup de grévistes se relaient pour que la fiche de paie soit moins lésée à la fin du mois. Les journalistes, eux, ne sont pour l'heure pas massivement mobilisés, et le SNJ, syndicat majoritaire, n'a pas encore appelé à suivre la grève. Pourtant, « il y a matière à se mobiliser », souligne une reporter, sous couvert d'anonymat, dénonçant « l'usage abusif des journalistes en CDD à Radio France. Il y a une vraie agence d'intérim interne ». Elle cite en particulier le malaise dans les stations locales où « tout est à flux tendu : les journalistes triment, finissent souvent à 21 h ». Et de conclure : « Ce n'est plus possible. »




