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Au revoir les quotas laitiers, bienvenue aux lois du marché

économie

Brève publiée le 2 avril 2015

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde du 3 avril) La fuite en avant productiviste laisse les petits agriculteurs, qui n'ont pas de pouvoir de négociation suffisant, à la merci d'une nouvelle crise

Le 31  mars  2015, les quotas -laitiers ont été abolis dans l'Union européenne. Une -petite révolution pour le monde du lait et une nouvelle étape dans la dérégulation brutale de ces marchés, entamée au début des -années 2000.

Les prix européens étaient autrefois stabilisés grâce à des mécanismes de prix minimum garantis aux -producteurs, et de stockage public. S'y ajoutait une maîtrise des volumes de production de lait grâce à des quotas maximum alloués par pays, voire par exploitation agricole.

Tout cela est aujourd'hui balayé : les prix européens sont alignés sur des cours internationaux très volatils, au nom du libre marché. Les régions les plus productives, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Allemagne du Nord, sont sur les starting-blocks pour pousser davantage leur production par vache, par travailleur et par hectare, et grâce à la concentration des exploitations. Au risque de détruire davantage l'environnement et -l'emploi. Au risque, surtout, de -déclencher des surproductions -massives et des chutes de prix.

exporter, exporter

Comme il n'existe pas, en effet, de perspective de hausse de la consommation européenne, il ne faudra donc compter que sur la hausse des exportations pour que la production de lait puisse être écoulée. Aucun souci, répondent les partisans de la dérégulation des marchés : la demande dans les pays asiatiques est en pleine expansion. Mais c'est ignorer les autres grands pays exportateurs, dont la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, qui lorgnent eux aussi sur ces nouveaux marchés – leurs -exportations y sont déjà en hausse. Et c'est ignorer aussi les capacités -propres des pays asiatiques, dont la Chine, qui accroissent sur place les capacités de production et de -transformation. De gros investissements sont en cours pour y développer notamment des fermes géantes.

Comment se prépare le secteur -laitier en France ? Une partie de la profession agricole, majoritaire, -continue de croire que cette fuite en avant productiviste sera à son bénéfice. Sans voir que ce modèle de production aboutit à des taux d'endettement faramineux des exploitations, qui remettent en cause leur transmission et l'installation de jeunes agriculteurs. Sans voir non plus que ce modèle dégage une faible création de richesse et une dépendance économique accrue aux intrants (maïs et soja importés, bâtiments…). Sans voir enfin qu'il se fait au détriment des prairies, de la complémentarité entre élevage et cultures et du respect de la directive européenne sur le taux de nitrates dans les eaux. De son côté, le gouvernement français, malgré un discours novateur sur l'agroécologie, propose de renégocier à Bruxelles la directive nitrates plutôt que de -donner aux producteurs les moyens nécessaires à la réorientation de leurs systèmes de production.

Face à la crainte d'un nouvel -effondrement des prix, on aurait pu -également s'attendre à ce que le -gouvernement soutienne l'élaboration de nouvelles formes de régulation des marchés et de maîtrise des volumes, au moins en cas de crise. De nouvelles propositions sont en effet apparues ces dernières années, par exemple de la part du député -européen Michel Dantin ou du -Comité des régions d'Europe. La -réforme de la politique agricole -commune donne aussi de nouvelles marges de manœuvre à la Commission pour activer ce genre de dispositif. Mais tout reste à construire, techniquement et politiquement. Et si rien n'est fait, la note risque d'être salée : la crise de 2009 a déjà coûté 1  milliard d'euros en quelques mois au budget européen, et l'usage de subventions à l'exportation a eu des effets néfastes sur les agricultures non protégées des pays tiers.

Enfin, on peut craindre que le -rapport de force entre des dizaines de milliers d'agriculteurs mal organisés et une poignée de grands industriels privés qui maîtrisent une bonne partie de la collecte de lait devienne encore plus inégal. Sans prix minimum imposés, sans quotas, ces industriels pourront faire d'autant plus pression sur les prix payés aux producteurs et pourront choisir leurs exploitations en fonction de leurs coûts de collecte, en donnant la préférence à la concentration de la production dans les régions les plus spécialisées et aux grandes exploitations.

échec de la contractualisation

La réponse des pouvoirs publics a -reposé presque entièrement sur un seul dispositif : la contractualisation, c'est-à-dire l'obligation faite aux -producteurs et aux industriels de s'engager sur des contrats de cinq ans. Mais force est de constater que cette contractualisation est un échec et ne redonne pas de pouvoir de -négociation suffisant aux agriculteurs, agglomérés dans des " organisations de producteurs " trop petites et trop faibles. Cet échec a conduit par exemple, en début d'année, les producteurs de l'Ouest, fournisseurs de la multinationale Lactalis, à porter plainte pour non-respect des clauses du contrat.

Ainsi, sur le plan national, aucun -projet collectif fédérateur n'a émergé, laissant les producteurs sans perspectives et découragés face aux prochaines crises qui ne -manqueront pas de survenir dans les deux prochaines années. Ce n'est pas faute d'alternative possible. Des expériences à l'étranger pourraient nous inspirer. Le Canada, grâce à un fort encadrement des pouvoirs publics, offre une meilleure protection aux producteurs. Aux Etats-Unis, lesmarketing boards (autorités de marché) fédéraux organisent une même rémunération du litre de lait pour tous les producteurs.