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La hausse du dollar peut déclencher une nouvelle crise financière

économie international

Brève publiée le 4 avril 2015

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.ccr4.org/La-hausse-du-dollar-peut

Juan Chingo

A la mémoire de Leo Norniella, un grand ouvrier révolutionnaire, qui suivait avec passion la politique internationale.

La très forte hausse du dollar aux débuts des années 1980 a déclenché la crise de la dette latino-américaine et une deuxième, au milieu des années 90, a déclenché la crise financière asiatique. Dans la périphérie capitaliste on commence à préfigurer une nouvelle crise financière aiguë.


Depuis début 2013, nous parlons de la fin du « cycle de prospérité » des pays dits « émergents » et le début d’une nouvelle phase de la crise mondiale, dont l’épicentre se trouve parmi les pays semi-coloniaux et dépendants. En octobre lors d’un nouveau pic de la crise mondiale nous nous demandions si le pire de la crise n’était pas à venir. Ensuite, face à l’accélération de la tendance à la chute du prix des matières premières on se demandait si la Chine n’était pas le prochain pays à être touché par la crise.

Aujourd’hui, la très forte hausse du dollar est en train d’arriver à un point d’inflexion qui menace de déclencher une forte crise financière internationale. Les précédents des crises de la dette latino-américaine et asiatique, dans des périodes où le dollar était élevé, ne sont pas une coïncidence.

Le « privilège exorbitant » du dollar

La conférence de Bretton Woods en 1944, après la Deuxième Guerre Mondiale, a entériné le rôle hégémonique du dollar dans l’économie mondiale capitaliste. Le système économique de Bretton Woods a établi « l’étalon or », le change fixe du dollar à la hauteur de 35 dollars par once d’or, de même que l’attachement à d’autres devises importantes. Cet accord a libéré la voie pour que le dollar puisse se substituer à la livre sterling comme devise dominante de réserve et d’échange commercial international.

La stabilité de l’ordre monétaire de Bretton Woods dans les années 1950 et 1960 était garantie par les réserves considérables d’or des États Unis, par son excédent de compte courant et par une compétitivité sans égal dans l’économie mondiale. L’hégémonie du dollar n’était pas seulement le reflet de la puissance économique des États-Unis mais aussi un moyen à travers lequel les États-Unis ont exercé leur hégémonie sur le monde capitaliste et posé des conditions stables pour la croissance. En même temps, le statut hégémonique du dollar donnait aux États-Unis un “privilège exorbitant” – selon les mots de Valéry Giscard d’Estaing, ministre français des finances dans les années 60 et postérieurement président dans les années 1970 – puisqu’il permettait aux États-Unis de s’endetter au niveau international à de faibles taux d’intérêt et de payer ses importations et le service de sa dette avec leur propre monnaie.

Au début des années 1970, ce régime monétaire a été désarticulé. Ça a été le produit d’une combinaison de plusieurs facteurs. La fin du boom d’après-guerre signalait le début du déclin historique des États-Unis. Le resurgissement du Japon et de l’Allemagne comme puissances émergentes a mis fin à l’écrasante supériorité économique américaine et a donné lieu à la division du monde en une triade de puissances impérialistes. Ce recul relatif des États-Unis a marqué la fin du système de Bretton Woods.

Depuis, les États-Unis ont utilisé le nouveau régime de change flexible et la continuité du dollar comme monnaie de réserve et moyen de payement à niveau mondial afin d’administrer son déclin, en manipulant à son profit ce privilège réservé à la puissance hégémonique.

La forte hausse du taux d’intérêt et du dollar du début des années 1980 cherchait, d’une part, à mettre un frein à la baisse du taux de profit que l’économie nord-américaine connaissait depuis la fin des années 1960 et, d’autre part, à faire sortir son économie de la stagflation des années 1970. Cependant, l’inquiétude pour la viabilité à long terme du dollar, parallèlement à la forte pression des secteurs industriels manufacturiers et de l’agro-export touchés par le dollar fort, ont poussé le gouvernement Reagan à utiliser la pression diplomatique pour imposer une appréciation significative du yen japonais et le mark allemand lors de l’Accord du Plaza en 1985.

Après cet Accord, le bilan de compte courant des États-Unis est passé d’un déficit de 3% du PIB en 1985 à un excédent de 0,05% du PIB en 1991 ; le déficit des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et le Japon s’est réduit de plus de 25%, passant de 60 milliards de dollars en 1986 à 44 milliards en 1990.

Malgré le fait que le déficit de compte courant se soit réduit, la chute de la valeur du dollar face à d’autres monnaies importantes a impliqué un reflux des capitaux et une limitation des investissements étrangers aux États-Unis, ce qui a provoqué de fortes plaintes du secteur financier de Wall Street qui devenait de plus en plus puissant. En 1994, Robert Rubin, secrétaire du Trésor de l’administration de Clinton, déclarait poursuivre une politique du dollar fort. En 1995, les gouvernements des États-Unis, de l’Allemagne, du Japon, ont établi un “Accord Plaza” mais à l’envers : avec l’accord des États-Unis, les banques centrales du Japon et de l’Allemagne dévaluaient leurs monnaies et par conséquent augmentaient la valeur du dollar américain. Ce tournant a été l’élément détonateur de la crise asiatique de 1997, sur la base de la suraccumulation dans les secteurs manufacturiers informatiques et une forte spéculation immobilière.

Comme le montrent les exemples antérieurs, Washington a profité d’une grande liberté d’action pour alternativement renforcer ou affaiblir le dollar après l’effondrement de l’ordre de Bretton Woods en 1971. Il a été capable de défendre l’élément attractif à court terme du dollar (augmenter sa valeur et par là augmenter le déficit de compte courant) ou sa stabilité à long terme (obliger les autres économies capitalistes à apprécier leurs monnaies face au dollar pour améliorer la balance du compte courant des États Unis).

Cette capacité à manipuler la valeur du dollar dépend en dernière instance de la couverture de sécurité que les États-Unis ont construit dans l’époque de la guerre froide. Cela lui permet de conditionner le développement des autres pôles impérialistes, d’où l’importance de l’évolution de la crise au sein de l’Alliance Atlantique pour la pérennité de la fragile domination américaine au niveau mondial.

Cet énorme avantage économique pour les États-Unis lui a permis de vivre au delà de ses moyens, ce qui s’est exprimé par une surconsommation et des déficits commerciaux massifs. En exportant leur inflation, les États-Unis ont augmenté leur instabilité et les inégalités de l’économie mondiale – comme le montre la succession de crises monétaires, financières et boursières tout au long des dernières décennies dont la plus grande expression est la crise de 2007/2008, qui a créé à long terme de fortes pressions à la déflation qui étranglent aujourd’hui l’économie mondiale.

Autrement dit, pendant cette période historique les États-Unis ont agit de plus en plus comme le principal déstabilisateur de l’accumulation capitaliste mondiale. Les déficits de compte courant des États-Unis (et l’augmentation de la liquidité de dollars à niveau mondial qui en découle) ont été longuement responsables de l’augmentation globale de l’abondante “hot money”. Tout au long de ces dernières décennies, cette masse d’argent a été utilisée pour financer des activités spéculatives, ce qui a contribué à créer des “booms” et des dépressions au niveau international.

Un hyper-endettement : la dette en dollars des entreprises de la périphérie capitaliste

Les taux d’intérêt de la Réserve fédérale (FED) exceptionnellement bas pour une aussi longue période et la « flexibilisation quantitative » ont inondé le « monde émergent » avec une forte liquidité en dollars les années du « boom ». Pendant cette période certains pensaient que ces Etats seraient épargnés par la crise mondiale, qui avait son épicentre dans les pays centraux. Pourtant, malgré un déphasage temporel avec la crise du centre, la réduction des marchés d’exportation et des principaux marchés de consommation au niveau international après la crise de 2007-2008, est en train de dévoiler une crise de surproduction et de surendettement dans les pôles les plus dynamiques de la périphérie, en particulier en Chine. Cela a à son tour alimenté une bulle d’investissements dans de nombreux pays liés à la production de matières premières, qui ont été les premiers à s’effondrer comme le montre la chute du prix du pétrole.

De la même manière, on commence à constater une grande vulnérabilité de ces pays, très endettés et plus dollarisés que jamais. Cela va à l’encontre de la croyance qu’une partie importante des pays de la périphérie capitaliste, à la différence des crises antérieures, étaient immunisés contre ces crises grâce aux grandes réserves de devises ou au faible endettement des Etats.

Dans le monde, c’est-à-dire en dehors de la juridiction américaine, le montant des dettes en dollars s’élève à 9 milliards. C’est une augmentation radicale par rapport aux 2 milliards que cela représentait en 2000. L’abondance de crédits a séduit des entreprises asiatiques et latino-américaines qui ont fait des prêts en dollars comme jamais auparavant – à des taux réels de près de 1% - qui sont très difficiles à rembourser maintenant que le cycle monétaire des Etats-Unis est sur le point de prendre un nouveau cours, comme le montre le renforcement du dollar. Le prix du dollar par rapport à un panier de devises a progressé de 24% depuis juillet et de 40% depuis 2011. Cette hausse du dollar est plus importante que celle des années 1990 qui a été non pas la cause mais le déclencheur de la crise asiatique de 1997 ou russe de 1998.

Pour tous les endettés, que ce soit à travers des investissements réels ou à des fins purement spéculatives, il s’agissait d’un saut brutal qui cherchait à profiter des faibles taux d’intérêt exigées par les investisseurs, étant donné que les crédits ou émission de dette se faisaient dans une monnaie forte. Pourtant, cet avantage s’est retourné contre eux à cause de la hausse de la monnaie américaine au niveau mondial en si peu de temps. Ceci veut dire que les obligations par rapport aux créanciers des pays concernés ont augmenté de près de 20% en quelques huit mois, affectant leurs capacités de remboursement. Cela se produit à un moment où les rentrées fiscales de beaucoup des pays endettés, à cause de leur caractère exportateur de matières premières, se détériorent de manière accélérée, tandis que l’inflation qu’ils importent, comme conséquence de l’affaiblissement de leurs monnaies, augmente les tensions politiques et sociales, comme en Turquie ou au Brésil.

Un exemple de ceci est la compagnie aérienne brésilienne Gol qui s’est beaucoup développé dans les années du boom de la consommation au Brésil, quand le real était la monnaie la plus forte du monde. Trois quarts de sa dette est en dollars. Ceci est devenu un cauchemar pour leurs propriétaires à un moment où le real est en chute libre, baissant de 14,5% par rapport au dollar depuis le début de l’année et est à son niveau le plus bas depuis juin de 2004. Les paiements des intérêts sur les dettes de Gol ont doublé par rapport à ses rentrées d’argent au Brésil. Les prêts doivent être payés ou renégociés dans un cadre économique mondial moins favorable. Des situations comme celle-ci ou pires ouvrent des inconnues sur la viabilité ou des possibles banqueroutes de beaucoup d’entreprises de ces pays.

Vers un cycle de convulsions de la lutte de classes dans les pays semi-coloniaux ?

Les crises économiques qui ont touché les pays périphériques depuis 1982 ont eu des conséquences sociales dévastatrices. Leur violence destructrice a une étendue comparable à la crise de 1930 dans les principaux pays capitalistes de l’époque. Dans la décennie des années 2000 et dans les premières phases de la crise économique mondiale, les pays de la périphérie ont évité ces scénarios catastrophiques. Si dans les prochains mois ou années ces effondrements économiques et sociaux reviennent, la périphérie capitaliste pourrait revenir à un cycle convulsif de lutte de classes, comme ça a été le cas depuis l’après-guerre ou pendant la période du « boom » jusqu’aux débuts des années 2000, avec la chute des gouvernements néolibéraux par l’action directe des masses dans plusieurs pays. En même temps, une crise dans les soi-disant marchés émergents aurait un impact beaucoup plus important que la crise financière asiatique de 1997-8, parce que ces marchés sont beaucoup plus grands maintenant et se trouvent beaucoup plus intégrés au système financier mondial. Les ramifications seraient particulièrement graves si la Chine connaissait une chute de son économie. L’euphorie des bourses des pays centraux pourrait s’évaporer aussi vite qu’elle s’est créée.

13/3/2015.