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Les désaccords de fond persistent entre la Grèce et ses créanciers
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) La perspective d'un compromis est repoussée à l'Eurogroupe du 11 mai
Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, s'est dit, jeudi 16 avril, " fermement optimiste " sur la conclusion, d'ici à fin avril, d'un accord avec ses créanciers internationaux (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne). La veille, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, avait toutefois déclaré que " personne n'a la moindre idée " de la date à laquelle un accord pourrait être conclu, jugeant peu probable un compromis lors de la réunion de l'Eurogroupe, le 24 avril à Riga.
A Bruxelles, on évoque désormais maintenant l'horizon du 11 mai, date de l'Eurogroupe suivant. " A Riga, il est nécessaire de prendre acte des progrès accomplis pour qu'un accord soit possible le 11 mai ", déclare au Monde le commissaire à l'économie, Pierre Moscovici.
Du coup, les spéculations sur une faillite de la Grèce, voire un " Grexit ", une sortie de la Grèce de la zone euro, reprennent de plus belle. Elles sont encouragées, notamment, par les propos de Christine Lagarde, la directrice générale du FMI : cette dernière a assuré, jeudi à Washington, lors des rendez-vous de printemps du Fonds, qu'il n'y aurait pas de traitement de faveur pour Athènes, qui doit rembourser 747 millions d'euros au FMI, le 12 mai.
Les négociations portent sur une liste de réformes que la Grèce doit mettre en place, pour pouvoir prétendre à la dernière tranche de prêts (7,2 milliards d 'euros) qui reste à verser dans le cadre du deuxième plan d'aide au pays (130 milliards d'euros, décidé en 2012).
Vraies dissensions
Ces discussions ont concrètement commencé il y a un mois. Pourquoi patinent-elles ? Le problème n'est plus lié à un manque de coopération du côté grec : entre fin février et fin mars, le gouvernement Tsipras refusait de discuter avec les interlocuteurs de l'ex-" troïka ", l'équipe honnie de représentants des créanciers, accusée d'avoir contribué à plonger le pays dans une profonde crise sociale ces quatre dernières années.
Mais les Européens continuent à se plaindre du manque d'informations dont ils disposeraient." Nous n'arrivons toujours pas à avoir une vision claire en termes de dépenses et de recettes de l'Etat. Comment, dès lors, nous prononcer sur les réformes ? ", argue une source européenne proche des négociations.
Mais il y a aussi de vraies dissensions sur le fond. Les créanciers insistent pour que les réformes ne grèvent pas les finances publiques, ni la compétitivité de l'économie grecque. Ils continuent à militer pour une réforme des retraites, une modernisation de l'administration publique, davantage de recettes de privatisations, et trouvent " les projets grecs en matière fiscale beaucoup trop généreux ", selon une source européenne.
Côté grec, Alexis Tsipras, leader du parti d'extrême gauche Syriza, qui a fait toute sa campagne sur la lutte contre l'austérité, estime qu'" il y a eu un progrès considérable sur la collecte de l'impôt ou la lutte contre la corruption ", mais que " le désaccord persiste sur les questions de droit du travail, de réforme de notre système de sécurité sociale, sur une hausse de la TVA ou la valorisation des biens publics - les privatisations - ".
" Cette volonté de nos interlocuteurs de nous faire passer pour des incompétents alors que nous ne sommes tout simplement pas d'accord sur le fond devient très irritante ", regrette une source gouvernementale grecque. " Nous ferons des compromis, mais nous ne nous compromettrons pas ", a martelé Yanis Varoufakis, ministre des finances grec, jeudi.
La pression liée à la peur d'un défaut grec n'est plus là non plus pour servir d'aiguillon aux négociateurs. Mi-mars, un courrier alarmiste de M. Tsipras aux dirigeants européens, disant que la Grèce risquait de ne pouvoir honorer ses dettes dans les semaines suivantes, avait beaucoup inquiété. Mais, jusqu'à présent, le pays est parvenu à honorer tous ses engagements.
En plus des sommes dues au FMI en mai (en tout 879 millions d'euros), Athènes devra trouver 400 millions pour les intérêts de sa dette et 2,4 milliards pour les remboursements de bons du Trésor. Et les échéances s'alourdissent encore en juillet et août. " On sait qu'il y a des réserves de liquidités, dans des entreprises d'Etat notamment ", souligne une source européenne.
A ce compte-là, jusqu'à quand les négociations vont-elles durer ?La seule " deadline " qui vaille, maintenant, est celle du 30 juin, date à laquelle le deuxième plan d'aide à la Grèce se termine. Si aucun accord n'est alors trouvé, la Grèce ne pourra pas bénéficier du prêt de 7,2 milliards d'euros et devra affronter seule ses remboursements futurs. Ce qui ne sera pas simple : son accès au marché est déjà très limité. Mercredi 15 avril, l'agence S&P a abaissé la note de la dette grecque d'un cran, à " CCC + ", assortie d'une perspective négative.
Adéa Guillot, et Cécile Ducourtieux




