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1976-1979, l’autogestion autour des 22è et 23è congrès du PCF
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.autogestion.asso.fr/?p=1904
Le secrétaire général du PCF, Georges Marchais écrivait en 1973 dans Le Défi démocratique « Si l’autogestion veut dire démocratie dans l’entreprise, dans les communes, dans la société, alors nous ne sommes pas contre. Mais si cela signifie prétendre apporter des changements dans la gestion des entreprises, sans les modifications structurelles nécessaires, sans poser le problème de la propriété, alors l’autogestion n’a pas de sens. » Début 1974, dans la revue du PCF, La Nouvelle critique, Jean Rony rendant compte d’une discussion avec le syndicaliste cégétiste Jean-Louis Moynot et François Hincker, admet le concept d’autogestion. Un article du Monde titre « Le PCF se rallie à l’autogestion ». C’est encore aller un peu loin en besogne. La même année, paraît un livre de André Harris et Alain de Sédouy, Voyage à l’intérieur du Parti communiste (Le Seuil). Répondant aux questions sur le programme commun et le projet de société, Georges Marchais explique : « la société autogestionnaire, moi je veux bien, mais ils sont incapables eux-mêmes de l’expliquer. Je l’ai vue, moi, cette société en Yougoslavie… J’ai eu une longue conversation avec Tito … A quoi cela les a conduits que les travailleurs décident de tout dans l’entreprise ? A l’anarchie… » (p. 429).
Pour Michel Peyret, dans un article de mai 2011 « Le parti communiste fut-il pour l’autogestion »c’est dans la brochure du PCF, La liberté guide nos pas, document destiné aux organisations syndicales, que le mot « autogestion » a été écrit pour la première fois » officiellement par le PCF., peu après le 22ème congrès (1976) en pleine polémique avec le Parti socialiste.
Même si certains, comme Jean Rony dans Trente ans de parti, un communiste s’interroge »(Christian Bourgois, 1974), estiment que c’est dans la « logique du 22ème congrès » que se situent les prises de positions ultérieures sur l’autogestion, les conseils d’atelier « et le développement d’une problématique antiétatiste », le 22ème congrès (photographie ci-dessous) ne lance pas le mot d’autogestion. C’est le congrès de l’abandon de la dictature du prolétariat, et de la définition d’une « voie démocratique au socialisme », voie française à « un socialisme aux couleurs de la France ». Jean Fabre, François Hincker et Lucien Sève dans Les communistes et l’état (Editions sociales, 1977) évoquent « une conception non étatiste de l’Etat ».
Le contexte en 1977, c’est celui des discussions pour l’actualisation du programme commun, quand il faut se distinguer encore plus d’un parti socialiste qui à l’approche d’une victoire escomptée aux élections législatives de 1978, refuse les conseils d’ateliers et l’élection des présidents des sociétés nationalisées (tout comme les revendications syndicales sur le SMIC). La CGT, avec les spécificités syndicales qui sont les siennes, connaît des débats comparables dans les années 1970.
L’année du 23ème congrès, en 1979, paraît aux Editions sociales, Pour une stratégie autogestionnaire, Félix Damette, Jacques Scheibling entretiens avec Gilbert Wasserman. Il s’agit de trois responsables : Jacques Scheibing, collaborateur du comité central du PCF, chargé des questions de l’aménagement du territoire. Félix Damette, membre du comité central, responsable du suivi des régions, et un ancien responsable étudiant, Gilbert Wasserman, journaliste à France Nouvelle . Gilbert Wasserman rappelle « ce n’est un secret pour personne, le Parti communiste a pendant un certain nombre d’années combattu, et même parfois vivement, ceux qui se faisaient les porteurs de l’idée d’autogestion », ce que Jacques Scheibling confirme, rappelant qu’en 1968, l’autogestion était défendue par le PSU, par la CFDT et par certains groupes gauchistes, le Parti socialiste ayant « vite compris le parti qu’il pouvait tirer de l’opération ». Ces forces ayant en commun leur « anticommunisme » se servaient de l’autogestion. Dix ans plus tard, le 23èmecongrès est, pour Félix Damette, caractérisé « par le fait que il prend non seulement en compte l’idée autogestionnaire, mais aussi définit une démarche autogestionnaire », en précisant « lorsque nous parlons d’autogestion, ce n’est jamais en opposition avec la propriété collective des grands moyens de production et d’échange. Nous les considérons au contraire comme complémentaires. ». En juin 1980 l’Institut de recherche marxiste – créée par le 23ème congrès – organise son premier colloque intitulé, « L’autogestion : une stratégie révolutionnaire, une démarche au présent », dont les travaux sont édités en un livre, dont Francette Lazard rédigel’introduction.
Georges Marchais, candidat du Parti communiste aux élections présidentielles, se réfère explicitement à l’autogestion dans quelques pages de son livre, L’espoir au présent (Editions sociales, 1980). Néanmoins, le PCF ne fait pas de l’autogestion un axe de la campagne.
Pour Serge Dandé « l’adhésion du PCF à l’autogestion est non seulement formelle, elle est conjoncturelle », la référence demeure dans les congrès « sans que cela ait d’incidence sur son orientation » (« Le PCF et l’autogestion, histoire d’un ralliement, 1968-1979″, in Frank Georgi (dir) Autogestion, la dernière utopie,Presses de la Sorbonne, 2003). Jean Lojkine, quant à lui estime qu’il faut bien voir « la révolution culturelle » qu’a représenté pour le PCF la référence à l’autogestion à partir de la fin des années 1970, Il rappellant qu’au comité central de décembre 1968 l’autogestion était pour le secrétaire général Waldeck Rochet « un néant, un cri en l’air, un vain bavardage » . (Jean Lojkine, « Le PCF entre étatisme et autogestion« , note de la Fondation Gabriel Peri).
En 1981, la gauche arrive au pouvoir, un gouvernement des partis du programme commun est formé. Des mesures de démocratisation sont prises (droit d’expression en 1983 dans le secteur privé, démocratisation du secteur public en 1984) mais l’autogestion se fera encore attendre…




