[RSS] Twitter Youtube Page Facebook de la TC

Actualités et analyses [RSS]

Lire plus...

Newsletter

Twitter

Facebook

Ouverture de la tombe de Thomas Sankara

histoire international

Brève publiée le 27 mai 2015

Tweeter Facebook

Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde) Une enquête doit éclairer les circonstances de la mort de l'ex-président du Burkina Faso

Depuis près de trente ans, la sépulture multicolore du cimetière de Dagnoën, à Ouagadougou, recouvre une icône africaine, mais aussi un mystère. Elle a été ouverte mardi 26  mai pour tenter de lever une interrogation : est-ce bien la dépouille de Thomas Sankara qui -repose en son sein ? Si tel est le cas, l'enquête devra tenter de déterminer par la suite les conditions exactes dans lesquelles l'ancien président du Burkina Faso a trouvé la mort le 15  octobre  1987, à 37  ans, avec douze de ses compagnons, avant d'être enterré dans la plus grande discrétion.

Trois mois après la disparition de ce putschiste iconoclaste, arrivé au pouvoir en  1983 et renversé quatre ans plus tard par son frère d'armes Blaise Compaoré, le certificat de décès établit que la mort était de cause " naturelle ". Une version à laquelle même son successeur n'a pas souscrit. Suspecté d'être le commanditaire du meurtre, l'ancien président Compaoré déclara que le décès de son prédécesseur était le fait d'" un accident ". Il aura cependant fallu attendre sa chute en octobre 2014 pour que la justice soit autorisée à ouvrir une enquête, dix-huit ans après la première plainte contre X pour assassinat déposée par la -famille.

" Lourd de sens "

Figure politique et avocat de la famille, Maître Bénéwendé Sankara (qui n'a aucun lien familial avec Thomas Sankara, mais sera le -candidat de la mouvance sankariste aux élections prévues en octobre) évoque une journée particulière : " L'exhumation a permis de retrouver des restes d'ossements et des morceaux de vêtements. Rien ne dit encore que c'est vraiment lui - des tests ADN doivent être pratiqués - , mais ce qui vient de se passer est lourd de sens. C'est une exhumation au sens propre comme au figuré. Désormais, il est là. Avec nous. "

Au Burkina Faso, le renversement de Blaise Compaoré a été vécu par certains comme la revanche posthume de Thomas Sankara. Le lieutenant-colonel Isaac Zida, la figure de proue du coup d'Etat mené fin octobre  2014, n'a pas manqué de reprendre à son compte les thèmes chers au défunt capitaine pour s'attirer les faveurs des manifestants qui ont favorisé sa prise du pouvoir. " Michel Kafando - le président de transition - et Isaac Zida - désormais premier ministre - ont conscience d'être redevables à la population. Ils savent que pour laisser une trace dans l'histoire, avoir laissé la justice travailler sur ce dossier restera. Même si cela ne présage en rien de la conclusion des enquêtes ", estime Bruno Jaffré, auteur d'une biographie de Thomas Sankara et animateur du site thomassankara.net.

Pour éclairer les zones d'ombre qui planent encore sur cet assassinat, la justice militaire devra interroger plusieurs -officiers et personnalités toujours influents au Burkina Faso. Autre sujet qui, depuis des années, agite militants sankaristes et historiens : les autorités françaises de l'époque ont-elles joué un rôle dans la mort de ce jeune et fougueux dirigeant qui ne manquait pas de critiquer leur -politique -africaine ?

En  2011 puis en  2012, des députés du Front de gauche et d'Europe Ecologie - Les Verts ont demandé, en vain, l'ouverture d'une enquête parlementaire. Au début de ce mois, 26 élus Burkinabés de l'Assemblée de transition, considérant que " la France a pu être -citée dans ce crime abominable par plusieurs sources, sans qu'elle ait formellement démenti son implication ", ont introduit la même requête auprès du président de l'Assemblée nationale française. La réponse est attendue.

Personnage mythifié, Thomas Sankara trouve également des promoteurs inattendus. Une anthologie de ses discours a été -publiée en  2013 sous la direction du polémiste d'extrême droite Alain Soral.

Cyril Bensimon