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Collège Bellefontaine. Une répression à peine voilée du droit de grève

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Brève publiée le 28 mai 2015

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.ccr4.org/College-Bellefontaine-a-Toulouse

Les interdictions de manifester et la criminalisation des luttes sont devenues monnaie courante sous ce gouvernement. Après l’interdiction des manifestations en soutien au peuple palestinien, puis à Rémi Fraisse, la prison ferme de militants syndicaux et politiques pour avoir manifesté comme Gaëtan, à l’image de la révocation de Yann le Merrer, postier, pour fais de grève, c’est au tour d’enseignants de subir des sanctions disciplinaires tout simplement pour avoir fait grève l’hiver dernier contre la réforme de l’éducation prioritaire.


Retour sur la grève exemplaire menée par le personnel du collège Bellefontaine

La rentrée fut marquée pour une poignée de collèges en éducation prioritaire par l’expérimentation du nouveau dispositif instauré par le gouvernement, le réseau d’éducation prioritaire (REP). Celui-ci remplace la ZEP, classification datant de 1981 qui devait permettre d’attribuer plus de moyens aux collèges les plus exposés à l’« échec scolaire ». Mais au fil des années, différentes réformes ont progressivement réduit le budget dédié à ce volet de l’Education Nationale. Le collège Bellefontaine de Toulouse a ainsi été classé de façon « expérimentale », REP+. Il était promis des moyens supplémentaires afin de mettre en place ce nouveau dispositif, mais sans surprise, avec ce gouvernement austéritaire, c’est le slogan « REP+, rien en plus » lancé par les enseignants de Bellefontaine qui a reflété la réalité.
En décembre dernier ils se sont donc mis en grève, à l’image de toute une série d’autres établissements à la même période, réclamant de réels moyens pour l’éducation prioritaire contre le gouvernement qui non seulement a fini par dire que la réforme se ferait à moyens constants, mais a décidé en plus, pour la financer, de sortir plusieurs collèges du dispositif en révisant la carte de l’éducation prioritaire.

Faire passer le goût de la lutte à coups de mutations forcées et de procédures disciplinaires

Ce vendredi 22 mai, cinq enseignants de ce collège toulousain engagés dans la grève de décembre dernier ont appris par voie d’huissier qu’une procédure de mutation forcée pour intérêt de service ainsi qu’une procédure disciplinaire était lancée à leur encontre, décision couronnant toute une longue période, depuis décembre, au cours de laquelle ils ont subi de multiples pressions et intimidations très fortes de la part de leur hiérarchie, du principal jusqu’à l’inspection académique. Que leur reproche-t-on ? « manquement à l’obligation d’exercer vos missions conformément aux instructions de vos supérieurs », « manquement à l’obligation de courtoisie et de respect de vos supérieurs hiérarchiques », « manquement à l’obligation de loyauté vis à vis de l’équipe de direction ». Ces motifs ne visent en réalité qu’à une seule chose : leur faire payer de façon exemplaire cette grève de décembre, et montrer toute la sévérité qui va dorénavant répondre à qui élèvera la voix contre la casse de l’éducation nationale publique orchestrée par le gouvernement.

Les raisons de la colère sont multiples. Depuis le début de son quinquennat, Hollande et son gouvernement sont à la pointe pour casser l’école publique nationale : rythmes scolaires, réforme de l’éducation prioritaire, réforme des statuts, réforme du collège. Bref un ensemble de contre-réformes qui entraîne à juste titre de nombreuses contestations et mobilisations. Mais il ne faut pas oublier le tournant qui a pu s’opérer après les attentats de Charlie Hebdo : on se souvient que la ministre de l’éducation nationale avait pris soin d’envoyer aux enseignants un document expliquant comment détecter dès le plus jeune âge un futur djihadiste, mais aussi qu’il était du devoir des établissements de dénoncer tous les élèves qui n’auraient pas fait la minute de silence ou qui « n’étaient pas Charlie ». Toutes ces procédures ne visaient qu’à stigmatiser les jeunes des banlieues racisés, premières victimes de cette nouvelle atmosphère idéologique. Quant à l’impossibilité de parler librement du sujet tabou de l’attentat, un enseignant de philosophie à Poitiers en a fait les frais : voulant parler avec ses élèves des origines du terrorisme, il a été l’une des premières victimes à subir cette double peine de la procédure disciplinaire de de la mutation forcée.

Contre ce « gouvernement de combat » , unissons-nous contre la répression !

Ce que subissent aujourd’hui les enseignants de Bellefontaine n’est pas un cas isolé, non seulement en France mais aussi dans le contexte toulousain. Cette répression à peine voilée du droit de grève, et plus largement de la liberté syndicale, illustre une fois de plus la criminalisation exponentielle des luttes de toutes celles et ceux qui refusent de s’inscrire dans la ligne du gouvernement. Face à cela, la contre-attaque doit se mener dans la rue et sur les lieux de travail, dans les établissements, en montrant que les élèves, leurs familles et les enseignants ont tout à gagner à converger dans leurs batailles. N’oublions jamais que si l’un-e d’entre nous subit la répression, c’est l’ensemble des travailleurs, des jeunes, militants ou non, qui risquent d’être sous son joug demain.

Ce mercredi 27 mai, 150 enseignants et militants se sont ainsi rassemblés devant le rectorat de Toulouse en solidarité avec leurs collègues de travail et camarades de lutte victimes de cet acharnement, qui fut tout autant dénoncé qu’a été réaffirmé le droit inconditionnel de faire grève. C’est une première étape, il faut maintenant renforcer et élargir de façon unitaire cette campagne de solidarité !

28/05/15