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    Après des grèves historiques, l’Allemagne s’apprête à casser le droit de grève

    Allemagne international

    Brève publiée le 2 juin 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.ccr4.org/Apres-des-greves-historiques-l

    Depuis 2010, les grèves ne cessent de se multiplier un peu partout en Allemagne. Dans un pays pourtant réputé internationalement pour l’efficacité de son soi-disant « dialogue social », divers secteurs du monde du travail se sont récemment mis en grève, exprimant un fort ras-le-bol face aux bas salaires, à la précarité et à la casse approfondie de leurs acquis sociaux. Le gouvernement et le patronat ont décidé de riposter en proposant une nouvelle « loi sur l’unité syndicale », laquelle remet profondément en cause le droit de grève.


    Les cheminots et les crèches à la pointe des grèves historiques

    La dernière année a été fortement marquée par une série de longues grèves menées par divers secteurs du monde du travail, principalement concentrés dans le secteur social et les services. Les pilotes de Lufthansa combattaient leur direction sur la question des retraites pendant près d’un an. Les facteurs de la Deutsche Post font grève depuis près de deux mois afin de réclamer une réduction du temps du travail à salaire égal pour quelques 140 000 salarié.e.s et de s’opposer à la volonté de la direction d’en rattacher certain.e.s à l’accord salarial de la logistique, beaucoup moins avantageux que l’accord actuel.

    La Deutsche Bahn, la SNCF allemande, est également touchée par la plus grande grève qu’elle ait jamais connue. En effet, les conducteurs de train du syndicat des conducteurs de locomotive allemands (GDL en allemand) ont mené ce mois-ci leurs huitième et neuvième grèves pour une hausse de salaires de 5 %, un abaissement du temps de travail hebdomadaire de 39 à 37 heures et le droit de négocier au nom de tou.te.s les salarié.e.s.

    A peine la grève des cheminots avait-elle pris fin, les travailleur.se.s des crèches publiques se sont à leur tour mis en grève illimitée pour une augmentation salariale de 10 %. Cette revendication est particulièrement forte dans un secteur où les contrats à durée déterminée, le temps partiel et le « burn-out » sont la règle et qui emploie des femmes à 97 %. Elles sont ainsi plus de 40 000 à réclamer la fin de l’écart salarial entre les hommes et les femmes qui s’élève à 23 % en moyenne.

    La lutte des conducteurs de train comme celle des travailleuses des crèches sont l’expression la plus avancée de la vague de grèves que traverse en ce moment l’Allemagne. Leurs revendications, économiques, comme l’augmentation des salaires et la réduction du temps du travail se couplent avec des revendications plus politiques liées au droit de grève ou encore à la discrimination salariale à l’égard des femmes.

    Une offensive médiatique et législative patronale pour reprendre la main

    Les patrons, avec l’appui du gouvernement et des médias, n’ont pas attendu pour répondre à cette multiplication de mouvements sociaux. Réussissant à paralyser la circulation de la plupart des trains de voyageurs et de marchandises, la grève des cheminots aurait coûté environ 220 millions d’euros à la Deutsche Bahn et plus de 500 millions d’euros à l’économie allemande, selon des représentants du patronat. Les médias comme les représentants du patronat et du gouvernement ont d’emblée employé tout un arsenal d’insultes et de reproches afin de diaboliser les grévistes, le GDL et leur mouvement auprès de l’opinion publique. Selon eux, les grévistes auraient pris « tout le pays en otage » et leur dirigeant, Claus Weselsky, originaire de l’ex-RDA, « n’aurait pas appris les règles de la démocratie ». La direction de l’autre syndicat des chemins de fer, EVG, a également participé à cette campagne contre la grève et GDL.

    Sur le plan législatif, le gouvernement avait proposé une nouvelle « loi sur l’unité syndicale » que les parlementaires ont adoptée le 22 mai à une large majorité. La ministre du Travail, la social-démocrate Andrea Nahles, estime que la cause de la multiplication des grèves se trouve dans un jugement du tribunal du travail fédéral rendu en 2010 qui a légalisé la concurrence syndicale dans les entreprises. Il s’agit en définitive de rétablir le principe « une entreprise, un accord salarial » : en cas de désaccord entre syndicats lors des négociations dans une entreprise, ce sera désormais l’accord présenté par le syndicat représentant le plus grand nombre de salarié.e.s qui sera appliqué. Cela bénéficiera notamment aux grands syndicats de branche qui collaborent en majeure partie ouvertement avec la bourgeoisie et sont liés à la Confédération des Syndicats allemands, au détriment des petites centrales syndicales plus combatives qui verront leur droit de grève considérablement restreint.

    Le « dialogue social » dans l’impasse ?

    Si le pays connaît effectivement une succession de grèves historiques, l’avenir du mouvement reste incertain. Sans consulter les grévistes en amont et sous la pression de l’offensive médiatique pro-patronale, GDL a décidé d’annoncer la fin de la grève afin d’entamer un nouveau tour de négociations avec la direction de la Deutsche Bahn. Cette période de « conciliation », qui durera jusqu’au 17 juin, oblige les salarié.e.s à respecter la « paix sociale » et à ne pas se mettre de nouveau en grève. Un conducteur de train a fait remarquer que les travailleur.se.s en grève étaient contre cette « conciliation », mais n’avaient aucune influence sur le cours des négociations.

    En prenant une telle décision, la direction de GDL se refuse la possibilité de mener la grève de manière beaucoup plus politique et de la lier à la défense du droit de grève aujourd’hui attaqué par les patrons et le gouvernement avec le soutien de la Confédération des Syndicats allemands. En acceptant cette conciliation avant le vote de la nouvelle loi sur l’unité syndicale, elle a rendu impossible toute mobilisation contre la remise en cause du droit de grève dans la continuité de la lutte des cheminots. Malgré une certaine combativité, la stratégie de négociation adoptée aujourd’hui par la direction de GDL agit en dernière instance comme un frein au développement du mouvement.

    Néanmoins, l’idée d’une grève illimitée et d’une nécessaire convergence des luttes en cours fait son chemin parmi la base. De même, de plus en plus de syndicalistes à la base d’EVG, syndicat hostile au mouvement, regardent d’un œil favorable la lutte combative menée par leurs collègues. Pour remporter une victoire, les cheminots devraient surmonter la stratégie de conciliation de la bureaucratie de GDL et s’affronter directement au gouvernement allemand, en se battant contre sa tentative de restreindre le droit de grève pour les secteurs certes minoritaires, mais néanmoins combatifs, du monde du travail. Il leur faudrait la solidarité de la base d’EVG dans la perspective d’une mobilisation unifiée qui défendrait le droit de grève pour tou.te.s les travailleur.se.s du pays.

    30/05/15.