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    Actu Grèce 29 juin

    Grèce international

    Brève publiée le 29 juin 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Articles du Monde, des Echos, de Libération, de la Tribune - revue de presse de ce lundi matin

    (Le Monde - 29 juin)

    L’essentiel

    • Le gouvernement Tsipras a annoncé vendredi soir son intention d’organiser un référendum, le 5 juillet, sur le plan d’aide à la Grèce.
    • Cette annonce a déclenché la rupture des négociations entre Athènes et ses créanciers, lors d’un Eurogroupe houleux samedi.
    • Alexis Tsipras a annoncé dimanche soir la fermeture des banques et l’instauration d’un contrôle des capitaux pour enrayer la fuite des dépôts, pour éviter tout « bank run », fuite massive des capitaux et panique bancaire.

    Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a annoncé dimanche 28 juin à la télévision, la fermeture temporaire des banques grecques, mais aussi l'instauration d'un contrôle des capitaux. Dans le détail, les établissements bancaires grecs resteront fermés jusqu'au 6 juillet – soit le lendemain du référendum initié par le gouvernement grec – et les retraits aux guichets automatiques seront limités durant cette période à 60 euros par jour.

    Intitulé « Vacance bancaire de courte durée », l’arrêté publié au journal officiel grec liste les mesures valables du 28 juin au 6 juillet pour les établissements financiers. Le texte, signé par le président de la République Prokopis Pavlopoulos et le premier ministre Alexis Tsipras, souligne « le caractère d'extrême urgence et de la nécessité imprévue de protéger le système financier grec et l'économie grecque en raison du manque de liquidité entraîné par la décision de l'Eurogroupe du 27 juin de refuser l'extension de l'accord de prêt à la Grèce ».

    Alexis Tsipras a également annoncé avoir redemandé à l'UE et à la BCE une prolongation du programme d'aide à son pays. Il a indiqué avoir formulé cette demande « auprès du président du Conseil européen et des 18 dirigeants des Etats membres de la zone euro, ainsi qu'au président de la BCE, de la Commission et du Parlement européen. »

    « Ce sont les seuls qui peuvent le plus rapidement possible, et même ce soir, renverser la décision de l'Eurogroupe et donner la possibilité à la BCE de rétablir le flux des liquidités des banques. (...) J'attends leur réponse immédiate à cette requête démocratique de base »

    Le ministre des finances, Yanis Varoufakis, a à l’unisson dimanche qu'il appartenait maintenant « aux institutions (UE, FMI et BCE) de montrer leur bonne volonté » tout en se disant ouvert à de nouvelles négociations pour parvenir à un compromis in extremis.

    Distributeurs pris d’assaut

    La décision de fermer les banques et d'instaurer un contrôle des capitaux n’est pas une surprise. Depuis 2010, plus de 80 milliards d’euros ont quitté le pays, et le mouvement s’est encore accéléré après l’annonce d’un référendum vendredi par Alexis Tspiras, appelant les Grecs à se prononcer pour ou contre la poursuite du plan d’aide européen et des réformes.

    Dans les rues d’Athènes, les distributeurs automatiques de billets étaient pris d’assaut dimanche soir par les Grecs, comme a pu le constater les journalistes du Monde sur place.

    Rassurer les touristes

    Alexis Tsipras a assuré, lors de son allocution, que « les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont totalement garantis », tout comme le sont « le versement des salaires et des retraites ». Le gouvernement a ensuite annoncé, dans un communiqué destiné à rassurer les touristes, au plus fort de la saison, que ces derniers pourront payer et retirer de l’argent avec la carte bancaire de leur pays.

    Lire le reportage : Grèce : dans le Péloponnèse, chasse aux distributeurs et crainte du référendum

    Le premier ministre grec a également appelé la population à « affronter la situation avec sang-froid et détermination », mettant de nouveau en cause, à travers les décisions de l'Eurogroupe et de la BCE, une tentative de « chantage de la volonté du peuple grec ».

    A la suite de ces annonces, les marchés asiatiques se repliaient lundi, plombés par les craintes de voir Athènes sortir de la zone euro. A la mi-journée, Tokyo perdait 1,78 %, Sydney cédait 1,81 %, Séoul 1,45 %, Taipei 1,90 % et Hong Kong 1,76 %.

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    (Les Echos du 29 juin)

    + VIDEO La rupture des négociations avec ses créanciers fait planer sur Athènes la menace d’un défaut de paiement. Les banques grecques seront fermées temporairement.

    Cinq ans de réunions ininterrompues pour sauver la Grèce , qui n’a plus accès au marché financier depuis 2010, se sont conclus samedi à Bruxelles par un saut dans l’inconnu. Arrivés pour une ultime journée de négociations intenses afin de mettre au point les derniers détails de leur offre « argent frais contre réformes », les ministres des Finances de la zone euro se sont sentis trahis par l’annonce surprise au petit matin (1h30 à Bruxelles) d’un référendum, le 5 juillet, sur les propositions des créanciers d’Athènes, soit cinq jours après l’expiration officielle du programme d’aide européen.

    Le choc a été d’autant plus grand que le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, appelle à voter « non » sur un programme d’aide de 15,5 milliards d’euros qui n’était pas encore ficelé. Tout en dénonçant une « rupture unilatérale » des négociations, les ministres de la zone euro ont ainsi refusé de prolonger l’actuel programme de renflouement. Il expire mardi soir, le jour où la Grèce est censée rembourser 1,6 milliard d’euros au FMI. Sauf miracle, Athènes sera alors en défaut de paiement et n’aura plus accès aux aides européennes.

    Banques temporairement fermées

    Dès lundi, les banques grecques resteront fermées, faute de pouvoir faire face à l’ampleur des retraits de capitaux. Près de 1 milliard d’euros ont été retirés des guichets ce week-end. La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu, mais pas augmenté, les liquidités qu’elle apporte au système bancaire grec. L’équation est simple : une banque sans cash doit fermer ses portes. Le gouvernement grec s’est résolu dimanche soir à instaurer un contrôle des capitaux. Les retraits seront limités à 60 euros par jour pour les Grecs, mais devraient restés normaux pour les touristes munis de cartes de crédit étrangères.

    Le ministre des Finances grec et ses collègues de la zone euro, enfermés dans des logiques inconciliables, ont oublié le fondamental : la nécessité de sauver ensemble la monnaie commune, pilier fondamental du projet européen. On ne parle plus la même langue. Côté grec, on évoque un « ultimatum » ; côté européen, un « chantage ».

    Devant le Parlement grec, le Premier ministre Aléxis Tsípras a ainsi dénoncé dans la nuit de samedi « l’ultimatum » des Européens, appelant à voter non au programme d’aide et de réformes, dans l’espoir d’avoir « une position de négociation plus forte »« Consulter le peuple grec n’est pas une décision de rupture avec l’Europe », a-t-il affirmé, en mettant en avant la démocratie, quand certains parlent surtout d’irresponsabilité.

    Le Parlement grec a voté dans la nuit de samedi à dimanche pour la tenue du référendum, l’ensemble des partis de centre gauche et droite votant contre. Quelle sera la question posée le 5 juillet ? Apparemment, le « oui » ou le « non » au programme non finalisé de réformes proposé en milieu de semaine dernière par les créanciers. Sans dire si c’est un oui ou un non à l’euro.

    Importantes concessions

    Furieuse, la Commission européenne a mis en ligne dimanche le dernier état des lieux des négociations, « dans l’intérêt de la transparence et pour l’information du peuple grec ». Son président, Jean-Claude Juncker, devraient appeler le Premier ministre Aléxis Tsípras à considérer ce programme plus élaboré mis en ligne et à saisir la balle au bond avant mardi soir. Le président du Conseil européen Donald Tusk convoquera s’il le faut un nouveau sommet européen. A Berlin, on évoque une rencontre possible mercredi soir.

    Samedi, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, rappelait que, quel que soit le gouvernement, le pays, la situation, il n’existe pas de programme de redressement économique facile, en soulignant qu’un gouvernement qui ne le dit pas à ses électeurs n’est pas crédible. Selon lui, la porte des négociations reste ouverte et il n’y a pas eu d’« ultimatum », mais bien le résultat d’une longue négociation chaotique et douloureuse, au cours de laquelle d’importantes concessions ont été faites.

    Au-delà des questions financières, les Européens parlent de « chantage », car Athènes menace ses créanciers de faire défaut. « La zone euro ne peut faire l’objet d’un chantage. Même un gouvernement radical doit accepter le fait que des règles existent et que celles-ci doivent être respectées », a déclaré hier le chef des conservateurs du Parlement européen, Manfred Weber. Si chaque Etat en appelle à un référendum lorsqu’une négociation européenne lui déplaît au lieu de s’en tenir aux traités, cela signifie la fin de l’Europe.

    Le « Graccident » va-t-il se transformer désormais en « Grexit » ? Ce week-end, les Grecs ont retiré plus d’un milliard d’euros de leurs comptes bancaires contre 30 millions lors d’un week-end ordinaire. Quelque soit les accusation du gouvernement grec sur l’absence de volonté des Européens de donner la parole à la démocratie en allongeant la durée du programme d’aide au moins jusqu’au référendum, la Banque centrale européenne ne peut plus tenir à bout de bras le système. « Jusqu’au bout, le gouvernement n’a rien voulu entendre, mais quand le Parlement s’enflamme sur de beaux discours, les Grecs font la queue au guichet et Aléxis Tsípras commence à prendre peur », explique un Européen. Il lui reste 24 heures pour changer d’avis.

    Dernière main tendue

    Car pour l’heure, son coup de poker tourne au pari perdant. « Si les Grecs votent “oui” au programme, il est difficile d’imaginer qu’Alexis Tsipras puisse continuer avec son équipe à diriger le pays ; mais s’ils votent “non”, alors que le programme s’est terminé cinq jours plus tôt, il ne sera pas non plus gagnant puisqu’il ne pourra plus renégocier », explique un diplomate, qui tente toujours de comprendre la stratégie du Premier ministre grec.

    Pour tous les Européens, une sortie de la Grèce de l’euro serait un terrible échec. Cette semaine n’est donc pas encore celle du Grexit. Mais de la dernière main tendue. Le FMI a annoncé dimanche soir qu’il ferait tout pour assurer la stabilité financière du pays, tandis que François Hollande réunit ce lundi un Conseil restreint consacré à la situation de la Grèce et que la chancelière Angela Merkel réunit les chefs de parti. Alors que la chancelière Angela Merkel est confrontée à une opinion de plus en plus hostile à la Grèce, c’est désormais au président français de prendre la tête pour une ultime tentative d’intermédiation avec Athènes. Dimanche matin, Manuel Valls a jugé qu’il y avait un « risque réel de sortie » de la Grèce de la zone euro en cas de « non » au référendum annoncé par Athènes et a exhorté le gouvernement grec à « revenir à la table des négociations ».

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    RÉCIT - Libération 

    En annonçant la tenue d’un référendum sur les réformes exigées par l’Eurogroupe, le leader de Syriza refuse d’associer son mandat à l’austérité et maintient sa ligne politique.

    Il faut croire que la météo s’adapte au climat politique. Voilà bien longtemps qu’on n’avait pas vu un ciel aussi nuageux lors d’un début de saison estivale en Grèce. Comme ces autres nuages qui pèsent sur le pays depuis l’échec des négociations avec ses créanciers et l’annonce d’un référendum prévu pour le 5 juillet.

    Ce week-end, il n’était pas rare de voir à Athènes des gens rassemblés devant les écrans de télé des cafés pour écouter en silence les sombres perspectives de Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, évoquant la «triste décision» du gouvernement grec de s’en remettre à la volonté populaire pour poursuivre ou non les réformes exigées par les créanciers. Malgré les files devant les distributeurs, il n’y a pas eu de panique dans la capitale. Les banques et la Bourse seront néanmoins fermées ce lundi, et le Premier ministre, Aléxis Tsípras, a annoncé dimanche une «limitation des retraits bancaires». «Les gens sont inquiets. Mais ils s’adaptent. On ne peut pas vivre en permanence dans l’angoisse», constate un libraire du centre d’Athènes.

    PEUR DE L’INCONNU

    Depuis cinq ans et la «découverte» de la dette du pays, les Grecs ont été soumis à un régime d’électrochocs réguliers. Et, depuis six mois, le rythme des montées d’adrénaline s’est encore accéléré, avec la confrontation ouverte entre les créanciers du pays et un gouvernement issu pour la première fois de la gauche anti-austérité. Faute d’accord avec Bruxelles et le FMI, Aléxis Tsípras, le Premier ministre grec, a donc décidé de jouer son va-tout en annonçant vendredi soir la tenue d’un référendum sur les dernières propositions des créanciers que lui-même refuse d’adopter.

    «Nous n’avions pas d’autre choix que ce référendum, sauf à nous renier en trahissant notre mandat démocratique», justifiait samedi Sia Anagnostopoulou, députée de Syriza, qui s’affirme «pro-européenne militante» mais ne comprend pas «pourquoi la ligne la plus dure a triomphé au sein de l’Eurogroupe, sans susciter de réactions, notamment de François Hollande».

    Seul contre tous, le soldat Tsípras ? Ça y ressemble, du moins du côté des gouvernants. Car dans l’opinion mondiale, sa résistance aux exigences de ses interlocuteurs a suscité bien des soutiens. En Grèce aussi, sa cote de popularité a connu la courbe inverse de celle de Hollande : le plus jeune Premier ministre de la Grèce contemporaine flirte encore avec les 45 % d’opinions favorables. Moins que les 72 % de février-mars, mais bien plus que les 36% qu’il avait obtenus aux élections de janvier.

    En théorie, il pourrait donc remporter ce référendum. Sauf si la peur de l’inconnu influence les électeurs. Or, aussi bien du côté des «institutions»,comme on appelle désormais à Athènes le camp des créanciers, que de celui des grands médias grecs, très hostiles au gouvernement, «la guerre a déjà commencé», constate Sia Anagnostopoulou en se référant aux dernières déclarations de l’Eurogroupe comme aux titres alarmistes de la presse locale, qui prévoit l’apocalypse et la sortie de l’euro en cas de victoire du ochi («non ») au référendum.

    CHÈQUE EN BLANC

    «Si le référendum avait lieu dans les vingt-quatre heures, Tsípras gagnerait. Mais les créanciers vont mettre la pression toute la semaine et la peur va monter», prédisait ce week-end un député conservateur de Nouvelle Démocratie qui ne cache pas que l’opposition de droite compte sur Bruxelles pour influencer le scrutin. Mais il n’y a pas que la peur. Les six mois de blocage dans les négociations ont de facto limité la capacité de réforme du gouvernement, même si des projets de lois importants ont été adoptés.

    «Les gens ont toujours faim !» lance, amère, Maria, femme de ménage dans un lycée du quartier athénien d’Ambelokipi. Elle gagne 600 euros par mois (contre 1 300 euros il y a cinq ans), avec deux fils trentenaires à charge depuis qu’ils sont au chômage. «Mon fils aîné pleure à chaque fois qu’il doit me demander 5 euros pour aller prendre un café. A 32 ans, c’est une humiliation», renchérit-elle devant les grilles fermées de ce complexe scolaire fermé pour les vacances d’été.

    Ce n’est pas n’importe quel lycée. Mais celui où un certain Aléxis Tsípras a pour la première fois montré ses talents de jeune leader lycéen dans les années 80. Aujourd’hui, à l’image de beaucoup d’établissements scolaires grecs, celui de Tsípras offre une image déprimante : murs tagués, panier de basket cassé dans la cour au sol défoncé. Le silence des lieux renforce l’impression d’un monde en ruines.

    Maria, 52 ans, n’a pas connu le Premier ministre grec, mais elle ne lui accorde aucune confiance : «Les politiciens, tous les mêmes», crache-t-elle, exprimant la suspicion traditionnelle des couches populaires pour une classe politique qui les a tant de fois trahies. Usée par cinq ans de crise, Maria refuse de donner un chèque en blanc à un gouvernement qui a certes résisté, mais sans faire céder ses créanciers. «Tsípras a sous-estimé la détermination de ses interlocuteurs, confie un journaliste proche de Syriza.Ce n’est pas un homme de confrontation, ni un stratège. Mais en revanche, c’est un très bon tacticien, un vrai joueur de backgammon qui sait aussi s’imprégner des idées des autres pour les récupérer à son compte.»

    Dans le quartier de Kypséli, à Athènes, la rue de l’Harmonie se trouve au sommet d’une colline où l’on devine encore quelques bouts de champs en friche. C’est là, dans un immeuble de sept étages, que vit toujours le Premier ministre avec sa compagne et leurs deux jeunes enfants. Sous un ciel gris, la rue semble bien triste et silencieuse. Le quartier regorge de commerces fermés le long de trottoirs usés : ce n’est pas la misère absolue, mais les marqueurs de la crise sont bien visibles. «Moi, je suis bluffée. Comment fait-il pour résister à tant de pression des puissants ?» s’interroge trois rues plus loin la serveuse du café Cinq Minutes, dont le propriétaire, un certain Stavros Tsípras, est «un lointain parent du Premier ministre», précise la serveuse, qui connaît bien «cette gentille famille».

    Premier ministre «normal», Tsípras est resté proche de cette classe moyenne qui s’est effondrée en cinq ans d’austérité. Son sang-froid l’a certainement aidé à tenir un parti hétéroclite qui affiche souvent ses divisions. «Tsípras a des qualités de leader hors du commun, le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de Tsípras au sein de Syriza», affirme un membre de la gauche du parti. «Syriza, c’est un tricycle qui tire une locomotive», renchérit Sotiris Koukios, journaliste parlementaire, pour expliquer la fragilité d’un parti dont la popularité a augmenté plus vite que les capacités humaines. «Il y a un côté parfois amateur dans ce gouvernement qui n’a jamais dirigé le pays», pense de son côté Jason Manopoulos, qui gère un hedge funds à Athènes et se déclare pourtant «à 99% d’accord avec les analyses de Varoufakis», le ministre grec des Finances. «Mais je ne m’inquiète pas pour Tsípras, explique le trader. Quelle que soit l’issue de cette crise, il saura rebondir. Et surtout, il n’a que 40 ans. En politique, l’avenir dure longtemps.»

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    (La Tribune)

    Le gouvernement grec a décidé de fermer les banques jusqu'au 7 juillet. Les retraits autorisés aux distributeurs seront limités à 60 euros par jour et par carte bancaire, un contrôle des capitaux sera en place.

    Article écrit le 28 juin à 19h49, mis à jour le 29 juin à 0h11.

    Les banques grecques resteront fermées lundi 29 juin et jusqu'au 7 juillet. La décision a été prise à l'issue d'un conseil de stabilité financière tenu à Athènes dimanche 28 juin au soir avec plusieurs membres du gouvernement et le gouverneur de la Banque de Grèce (BoG) Yannis Stournaras. C'est la conséquence directe de la décision de la BCE ce dimanche de maintenir le plafond de la liquidité d'urgence (le programme ELA) disponible pour le système financier grec à son niveau de vendredi. Durant la fermeture des banques, il sera possible de retirer des petites sommes d'argent, on évoque des retraits jusqu'à 60 euros par jour et par carte bancaire, ce qui est cinq fois moins qu'à Chypre en 2013. Un contrôle des mouvements de capitaux a également été décidé. Tous les transferts à l'étranger devront être approuvés par le ministère des Finances. La Bourse d'Athènes restera également fermée ce lundi. Dimanche soir, les Grecs se sont précipités vers les distributeurs d'argent pour retirer ce qu'ils pouvaient. Dans le centre d'Athènes, la plupart des appareils étaient vides vers 23 heures.

    Pas assez de liquidités disponibles

    Durant tout le week-end, les retraits se sont accélérés en Grèce. Des queues se sont formées, surtout samedi matin, devant les distributeurs automatiques de billets et certains étaient vides dans l'après-midi. Depuis vendredi soir, 1,3 milliards d'euros ont été retirées des comptes grecs. Compte tenu de l'annonce du référendum sur les dernières propositions des créanciers et de l'annonce de la fin du programme d'aide au pays mardi prochain par l'Eurogroupe, la plupart des Grecs ont préféré prendre leurs précautions. Incapables de se refinancer davantage que vendredi dernier auprès de la BCE, les banques grecques risquaient de se retrouver rapidement à court de liquidités. Les mesures annoncées visent donc à stopper l'accélération des retraits. En théorie, les Grecs, qui détiennent 14 millions de cartes bancaires, pourraient retirer jusqu'à 840 millions d'euros par jour, ce qui est encore beaucoup trop pour les banques grecques. Mais on peut imaginer que cette possibilité ne sera pas utilisée à plein. Le contrôle des capitaux empêchera la fuite de l'épargne des comptes helléniques.

    Les conséquences

    Ces mesures vont sans doute frapper les plus faibles, notamment les retraités qui devaient toucher leurs pensions à la fin de ce mois et qui, souvent, ne disposent guère d'une carte de retrait. Beaucoup de factures sont aussi payables aux guichets des banques en Grèce, même s'il n'y a pas de restrictions pour les virements nationaux. Pour une grande partie de la population, par ailleurs, il faudra peut-être puiser dans les réserves d'argent liquide qui ont été constituées aux cours de ces derniers mois par les retraits. Pas de panique, donc, dans l'immédiat. Concernant les touristes présents en Grèce, leur capacité de retrait pourrait ne pas être impactée. Le conseil de stabilité financière a demandé que les détenteurs de comptes étrangers puissent retirer de l'argent dans les limites fixées par leur banque. Il s'agit de préserver la saison touristique en Grèce et la BCE est tenue de fournir ces liquidités entrant en Grèce via des banques solvables.  Néanmoins, les ministères des affaires étrangères britannique, néerlandais et allemand, ont invité dimanche les voyageurs se rendant en Grèce à se munir de « suffisamment d'argent liquide. »

    Le précédent chypriote

    Pour la deuxième fois dans l'histoire de la zone euro, après Chypre en 2013, un pays est donc coupé du reste de l'union monétaire par un système de contrôle des capitaux et de restrictions des comptes bancaires. Un euro déposé dans une banque grec aujourd'hui n'a pas la même valeur qu'un euro déposé dans une autre banque. Son usage est limité et sa détention est risquée. Le précédent chypriote a en effet de quoi inquiéter les Grecs. Dans l'île, les banques avaient été renflouées par les déposants eux-mêmes. Le contrôle des capitaux à Chypre a été entièrement levé après deux ans, en avril dernier.

    Parade provisoire contre le Grexit

    En théorie, ces mesures visent à conserver la Grèce dans la zone euro. La BCE n'a pas levé l'utilisation du programme ELA par les banques grecques et n'a pas rendu plus difficile cet usage en appliquant une décote supplémentaire aux garanties nécessaires pour obtenir ces liquidités. La banque centrale maintient donc une source minimale d'euros qui devraient être provisoirement suffisante aux banques grecques grâce aux mesures de restrictions des retraits mis en place. Mais il ne s'agit que d'une parade provisoire. D'abord parce que les banques ne pourront pas rester fermées indéfiniment. Ensuite, parce que la BCE risque de couper les vannes à tout moment si elle estime que les banques grecques ne sont plus viables.

    Comment sauver les banques grecques ?

    Les banques vont donc devoir être renflouées d'une manière ou d'une autre. Première solution : un accord est trouvé entre Athènes et ses créanciers et la BCE permet de nouveau aux banques grecques d'utiliser la dette publique hellénique pour se refinancer normalement auprès d'elle. Deuxième possibilité : la BCE impose un renflouement des banques par les dépôts, comme à Chypre. Troisième solution : la Grèce sort de la zone euro. On le voit, cette dernière option devient de plus en plus probable.

    Faire tomber le gouvernement grec

    Reste une dernière option, qui est peut-être celle que la BCE a en tête : le gouvernement grec pourrait sous la pression d'une fermeture continuelle des banques ne pas être en mesure d'organiser le référendum du 5 juillet (mais le décret vient d'être publié au journal officiel). Ou, s'il le fait, il pourrait être fortement sanctionné par un « oui » claire aux propositions des créanciers afin d'obtenir la réouverture des banques. Dans ces deux cas, le gouvernement Tsipras devra signer en urgence un accord avec ses créanciers afin d'obtenir un retour rapide à la normale. Politiquement, il serait alors sans doute discrédité et il tomberait. Acculé par la BCE, sa seule parade serait alors un Grexit dont la population ne veut guère. Le Grexit est exclu pour la BCE, mais le maintien de ce gouvernement l'est sans doute tout autant. On le voit : si la BCE n'a pas voulu couper directement l'ELA et pousser la Grèce hors de la zone euro, elle joue clairement le jeu de l'Eurogroupe en poussant le gouvernement grec à nouer la corde qui l'étranglera. Ceci semble fonctionner : un premier sondage estime que deux tiers des électeurs voteront en faveur du "oui." Dimanche soir dans un discours, Alexis Tsipras a, cependant, dénoncé le "chantage" de la BCE contraire, selon lui, aux "traditions démocratiques" de l'Europe. Et il a espéré que cette attitude conduirait les électeurs à voter "non" le 5 juillet prochain.