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    La Turquie monte au feu contre l’Etat islamique

    international Turquie

    Brève publiée le 24 juillet 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    (Le Monde du 25 juillet) Longtemps ambigu à l'égard des djihadistes, Ankara a bombardé leurs positions côté syrien

    C'est un tournant dans la lutte contre l'Etat islamique. Après s'être longtemps fait prier, la Turquie a finalement autorisé, jeudi 23  juillet, l'armée américaine à utiliser ses bases aériennes situées à proximité de la frontière syrienne pour mener des frappes contre les positions de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie.

    Officialisé au lendemain d'une conversation téléphonique entre Barack Obama et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, après l'attentat de Suruç (32 morts, attribué à l'EI), l'accord prévoit l'utilisation des bases d'Incirlik et de Diyarbakir par les Américains et la participation des Turcs aux bombardements en territoire syrien. Selon la chaîne turque de télévision TRT, quatre bombardiers turcs ont d'ailleurs décollé cette nuit de la base de Diyarbakir pour aller frapper les positions tenues par les djihadistes dans le village de Havar, côté syrien, face à la ville de Kilis (région de Gaziantep). Les bombardements continuaient vendredi matin.

    Négociations avec l'EI

    Jusqu'ici, la Turquie, membre de l'OTAN et de la coalition anti-EI, refusait de participer aux actions de celle-ci emmenée par les Etats-Unis et se faisait tirer l'oreille pour concéder aux Américains l'usage de sa base d'Incirlik, située non loin d'Adana, au sud du pays. Depuis peu, l'usage de drones était autorisé, mais aucun F16 américain ne pouvait en décoller, sans parler de la participation turque aux frappes, qui semblait exclue.

    Située en première ligne du conflit syrien, incapable de contrôler ses quelque 900  kilomètres de frontière avec la Syrie, la Turquie craignait de rentrer en conflit avec l'organisation radicale sunnite, négociant habilement, en septembre  2014, la libération des otages du consulat de Mossoul contre celle de nombreux djihadistes emprisonnés dans les geôles turques.

    Il aura fallu attendre dix mois pour voir la position turque changer du tout au tout. Ce tournant intervient alors que le gouvernement a, ces derniers mois, considérablement renforcé son dispositif à la frontière, refoulant les recrues du " califat " qui tentaient de passer en Syrie.

    Critiqué par ses alliés occidentaux pour son manque d'allant dans la lutte contre l'EI, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan formulait, pour participer plus activement au front contre les djihadistes, deux exigences à l'endroit de Washington : que le renversement du président syrien Bachar Al-Assad soit parmi les objectifs de la coalition au même titre que la lutte contre l'EI, et qu'une zone d'exclusion aérienne soit créée au nord de la Syrie.

    Les détails de l'accord américano-turc n'ont pas été révélés. La création d'une zone de sécurité a-t-elle été évoquée ? Laura Seal, porte-parole du Pentagone, a confirmé jeudi que Washington et Ankara avaient " décidé d'intensifier davantage la coopération contre l'EI ". Pour le reste, les responsables américains ont dit qu'ils préféraient laisser la Turquie s'exprimer sur le sujet.

    L'encre de l'accord était à peine sèche qu'un accrochage s'est produit sur la frontière turco-syrienne non loin de Kilis (région de Gaziantep). A 13 h 30, jeudi, des soldats turcs ont été pris pour cible par un groupe de djihadistes. Selon Tarik Cevizli, vice-président du mouvement des Turkmènes de Syrie, cité par la chaîne de télévision Habertürk, l'incident s'est produit alors que les combattants de l'EI cherchaient à faire entrer un de leurs blessés en Turquie, une pratique jadis courante, la plupart des grands blessés du front nord syrien – djihadistes, ou membres de l'Armée syrienne libre et combattants kurdes – étant soignés dans les hôpitaux d'Urfa et de Gaziantep.

    Les militaires ayant refusé leur passage, les djihadistes ont ouvert le feu, un officier est mort, quatre soldats blessés. L'armée turque a fait évacuer Ayyusha, le village turkmène de Syrie d'où les tirs étaient partis. Des chars de l'armée turque ont ensuite fait feu sur les positions de l'EI. Selon l'état-major, les soldats turcs sont brièvement entrés sur le territoire syrien pour récupérer le corps d'un djihadiste tué. Trois véhicules de l'armée du " califat " ont été détruits.

    Cet accrochage intervient trois jours après l'attentat-suicide qui a causé la mort de 32 jeunes militants prokurdes à Suruç, à une dizaine de kilomètres de la frontière syrienne dans la région de Sanliurfa. Selon les premiers éléments de l'enquête, l'auteur présumé de l'attaque est un jeune Kurde de 20  ans, Seyh Abdurahman Alagoz, originaire de la ville ultraconservatrice d'Adyaman (sud-est de l'Anatolie), qui s'était rendu en Syrie clandestinement sur les traces de son frère.

    Solidarité sunnite

    L'opposition met en cause le gouvernement intérimaire de M. Davutoglu, accusant les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP) d'avoir aveuglément soutenu les djihadistes syriens au nom de la solidarité sunnite, obsédés par le renversement du tyran de Damas.

    Désormais, la guerre contre l'EI est totale. Le 17  juillet, la revue Konstantiniyye, publiée en turc par l'EI, ciblait clairement la Turquie – et faisait même état d'une fatwa du " califat " sur la viande d'origine turque, déclarée impropre à la consommation. Vendredi matin, 5 000  policiers ont été déployés dans toute la Turquie, dans une vaste opération antiterroriste contre l'EI et contre les militants kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie). Plus de 250 personnes ont été arrêtées.

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    Risque de blocage entre Erdogan et les Kurdes

    Les pourparlers de paix entre Ankara et la minorité kurde sont minés par le chaos en Syrie

    Le feu couve dans les régions kurdes de Turquie depuis l'attentat-suicide perpétré à Suruç, une bourgade majoritairement peuplée de Kurdes et de réfugiés du conflit syrien, qui a fait 32 morts lundi 20  juillet.

    Selon les premières analyses ADN, l'attaque a été perpétrée par un jeune Kurde d'Adiyaman formé en Syrie, qui s'est faufilé sans encombres dans le jardin du centre culturel Amara où 300 jeunes militants s'apprêtaient à partir aider à la reconstruction de -Kobané, la ville kurde syrienne détruite par les combats entre les milices kurdes et l'Etat islamique (EI) de l'autre côté de la frontière.

    L'attaque-suicide a déclenché la colère des proches des victimes, des scènes déchirantes ont eu lieu à l'occasion des cérémonies d'inhumation dans tout le pays. La défiance envers les autorités est à son comble. Friands de scénarios de complot, nombreux sont les Kurdes qui pointent un doigt accusateur vers le gouvernement accusé de complicité envers les terroristes.

    La peur s'est propagée

    Les reproches vont bon train sur les sites pro-kurdes, prompts à souligner le fait que les autobus des jeunes de Suruç avaient été fouillés par la police avant d'entrer en ville tandis qu'aucune fouille n'avait eu lieu à proximité du centre culturel où le kamikaze s'est fait exploser et qu'aucun policier ne se trouvait sur les lieux.

    En ciblant des jeunes idéalistes venus de toute la Turquie – Istanbul, Ankara, Diyarbakir, Bursa –, l'organisation djihadiste a minutieusement calculé son coup. La peur s'est propagée bien au-delà de Suruç, à Istanbul, à -Ankara, là où les familles ont vu revenir leurs proches dans un -cercueil.

    Désormais, la poursuite du processus de paix kurdo-turc, engagé en  2012, ne tient plus qu'à un fil. Le risque est grand de voir le pays engagé dans une confrontation entre les Kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) et l'organisation Etat islamique.

    Mercredi, le PKK a revendiqué le double meurtre de deux policiers turcs, tués de plusieurs balles dans la tête dans leur maison à Ceylanpinar à 160 kilomètres à l'est de Suruç. Il s'agissait de " venger " les jeunes victimes de l'attentat de Suruç en tuant deux représentants de l'ordre qui " collaboraient avec les bandes de Daech " (l'acronyme arabe de l'EI), dit le communiqué du PKK.

    Jeudi, deux policiers de la route ont été attirés dans un guet-apens à Diyarbakir. Appelés en urgence pour un accident de la route, ils sont entrés dans le quartier de -Sehitlik, entièrement contrôlé par le PKK, où des hommes masqués les ont pris pour cible. L'un des policiers est mort pendant son transfert à l'hôpital, l'autre est grièvement blessé. Pour l'heure, le PKK n'a pas revendiqué cet assassinat.

    Dans un discours poignant, lors de l'inhumation de plusieurs victimes à Bursa, mercredi 22  juillet, Selahattin Demirtas, le dirigeant du parti pro-kurde HDP, a tenté d'apaiser les tensions, expliquant, sans doute à l'adresse du PKK, que " le sang ne pouvait être lavé par le sang ". Il a également fait preuve de compassion, en évoquant les policiers tués et leurs familles.

    Acteur de premier plan dans les négociations entre le gouvernement turc et la direction du PKK, le HDP est pris entre deux feux, l'aile militaire du PKK étant de plus en plus réticente à respecter le cessez-le-feu conclu en  2013. Son chef militaire, Cemil Bayik, a récemment émis des réserves sur le processus de paix, assurant qu'il n'avait rien apporté de concret aux Kurdes de Turquie, soit 15 % à 20  % de la population du pays.