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Erdogan joue les pyromanes
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Tribune dans "Le Monde" de Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris
La Turquie vient d’annoncer la fin du processus de paix lancé en 2012 pour tenter de trouver une solution politique au conflit qui l’oppose à la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La population kurde a voulu croire un temps aux promesses de paix de M. Erdogan et lui a apporté un soutien décisif lors de l’élection à la présidence en 2014. Puis, le paquet de réformes s’est révélé vide de substance et la connivence du pouvoir turc envers Daech lors du siège de la ville kurde syrienne de Kobané, en Syrie, à l’automne 2014 a dissipé les dernières illusions sur les intentions d’Ankara.
Indignés, les Kurdes ont voté en faveur du parti prokurde HDP lors des législatives de juin qui, pour la première fois dans l’histoire du pays, a pu se présenter aux élections parlementaires. En obtenant 80 sièges, cette formation a brisé le rêve de superprésidence de M. Erdogan dont le parti, l’AKP, a perdu sa majorité au Parlement. Face à cette polarisation, le président Erdogan, dont le premier ministre peine à former une coalition gouvernementale, tente de jouer la carte de la patrie menacée par le terrorisme dans l’espoir de susciter l’union nationale turque autour de lui.
Les ennemis désignés restent le « séparatisme » kurde en train de créer une région autonome en Syrie et l’organisation « terroriste » PKK, pourtant partenaire officiel du « processus de paix » il y a encore peu. Afin d’amadouer les alliés occidentaux, on évoque aussi la lutte contre Daech. Mais il s’agit là d’un écran de fumée car ce n’est pas avec quelques frappes aériennes ou quelques centaines d’opposants syriens modérés que la Turquie pourra inquiéter Daech qu’elle a protégé jusqu’ici.
Daech ne revendique pas ce massacre
L’attentat-suicide du 20 juillet, qui a tué 32 jeunes volontaires kurdes venus pour aider à la reconstruction de Kobané, éveille de forts soupçons de manipulation policière. Son auteur pulvérisé a été identifié grâce à une carte d’identité restée miraculeusement intacte. Ce terroriste a aussi échappé aux policiers qui avaient pourtant mené des fouilles lors du rassemblement kurde. Les caméras de surveillance sont malencontreusement tombées en panne. Et voilà que Daech, d’habitude peu discret, ne revendique pas ce massacre, lequel comme on pouvait s’y attendre a déclenché des actions de vengeance des militants kurdes, fournissant à Ankara le prétexte qui justifie sa rupture du processus de paix.
Du génocide des Arméniens aux pogroms antigrecs des années 1950-1960, l’histoire turque regorge de manipulations et de complots policiers. L’affaire des trois militantes kurdes assassinées en janvier 2013 à Paris nous rappelle que les services secrets turcs n’hésitent pas à opérer au cœur de l’Europe. Au lieu de s’indigner de ce terrorisme d’Etat, l’Occident s’empresse d’apporter son soutien à Ankara dans sa lutte contre le PKK. Les vagues d’arrestations en cours, le bombardement massif des bases du PKK dans le Kurdistan irakien, les poursuites annoncées contre les députées kurdes pour « soutien au terrorisme » font craindre un retour aux années noires de la décennie 1990.
Il n’y a pas de solution militaire à la question kurde. Ankara doit renouer le dialogue et reconnaître à ses citoyens kurdes un statut et des droits équivalents à ce qu’ils revendiquent pour les 200 000 Turcs chypriotes.




