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Seconde Guerre mondiale : le rôle trouble de Churchill en Grèce
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http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150806.OBS3790/seconde-guerre-mondiale-le-role-trouble-de-churchill-en-grece.html?xtor=RSS-19
Dans les années 1944-45, le Premier ministre britannique manœuvra pour maintenir l'influence de la Couronne en Grèce.
Considéré à juste titre comme l’un des principaux acteurs de la victoire sur le nazisme, Winston Churchill ne perdit cependant jamais de vue les intérêts de la Couronne : antimarxiste viscéral, il fut à l’origine d’une sanglante répression contre les organisations communistes susceptibles de prendre le pouvoir en Grèce. On oublie en effet que l’épicentre de la guerre froide se situe au pays des Hellènes, sur les cendres d’une dictature fascisante dont, au passage, l’avènement en 1936 dut beaucoup à la dégradation de la note grecque sous l’impulsion de l’agence Moody’s.
En juin 1944, après des centaines de milliers de morts, la résistance communiste l’avait déjà emporté sur la Wehrmacht : les troupes hitlériennes ne pouvaient plus sortir des villes sans risquer un accrochage. Or ces succès-là n’enchantaient pas Churchill.
Puissante et intrépide, la guérilla communiste, rassemblée dans le Front de libération nationale grec (EAM) et investie dans la lutte armée avec l’Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS), avait alors réussi à construire un véritable Etat au cœur de vastes régions libérées. Du golfe de Corinthe à la frontière yougoslave, des monts du Pinde jusqu’à la côte est et dans la majeure partie du Péloponnèse, l’EAM-ELAS "voulait inventer une forme nouvelle d’administration, tant au niveau local qu’au niveau national", juge Mark Mazower, auteur d’un ouvrage de référence sur la Grèce en guerre.
Mais, dans le même temps, toutes sortes d’horreurs furent commises contre des sympathisants de l’occupant, mais aussi contre des bourgeois ou des paysans plus ou moins neutres. Ces violences créèrent alors un afflux de volontaires vers la résistance non communiste (l’Edes), vers le camp des monarchistes, voire celui de la collaboration. D’affrontement en affrontement, la guerre civile couve.
Une guerre fatale aux marxistes
C’est dans les rangs de la résistance non communiste que Churchill, haï de l’EAM-ELAS, trouvera des partisans pour ses manœuvres géopolitiques des années 1944-1945, visant à maintenir l’influence britannique en Grèceconformément à l’accord des pourcentages signé le 10 octobre avec Staline. A cette occasion, le Vojd abandonnera le Parti communiste grec.
Staline et Churchill à Yalta, en 1945. (Mary Evans / Sipa)
Après le retrait des troupes allemandes survenu le même mois, le gouvernement d’union nationale du libéral Papandréou, sous tutelle de la perfide Albion, recyclera de plus en plus de collabos et marginalisera l’EAM. Cette fois, les heurts dégénéreront en âpres batailles, dans lesquelles s’impliquera la Royal Air Force.
Pourtant, l’EAS, braqué sur l’ennemi intérieur et plutôt timoré dans la conquête du pouvoir, hésitera à tirer sur les soldats anglais. Au Noël 1944, Churchill interviendra directement pour obtenir une trêve, mais donnera aux commandants britanniques l’ordre de tirer sur la foule en cas de soulèvement communiste à Athènes, devant être traitée "comme une ville occupée dans laquelle une rébellion était en cours". En somme, les artisans de la libération grecque devenaient les hommes à abattre. En février, les résistants communistes furent écrasés par 75.000 combattants prélevés sur le front italien, où ils luttaient contre les divisions nazies.
Fatale aux marxistes, la guerre civile durera encore quatre ans. Et la région qui avait vu naître la démocratie se vit déjà, des années avant la troïka, refuser le droit de décider de son destin.
Maxime Laurent
» La défaite de 1940, un complot contre la République ? Viols et GI's, un sujet tabou ? Hiroshima et Nagasaki auraient-elles pu être épargnées ? Explorez dans "l'Obs" du 6 août les derniers secrets de la Seconde Guerre mondiale.




