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Face à la gauche divisée, la «déprime» des pro-Syriza
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.liberation.fr/monde/2015/09/18/face-a-la-gauche-divisee-la-deprime-des-pro-syriza_1385728
Après avoir cru en Tsípras puis perdu espoir, les militants d’extrême gauche ne savent plus à qui se raccrocher.
Désenchantement.Mais depuis que le Premier ministre a accepté une nouvelle dose d’austérité en juillet, puis démissionné en août, le désenchantement a pris le pas. «Il y a un gouffre entre la théorie et la pratique», reconnaît la quadragénaire, restée fidèle à son objectif :«s’attaquer au système capitaliste», mais en restant dans les rangs de Syriza et au côté d’Aléxis Tsípras.
«Vous nous avez menti, bande d’abrutis !» tempête soudain une voix dans le local. Sac de légumes à la main, un Grec a tenu à faire le détour pendant le marché pour crier sa colère : «Je ne voterai plus jamais pour vous. Vous m’entendez ? Plus jamais !» La mère de Fotini, militante historique, tente de répondre calmement. «Nous allons payer l’addition du traité du 13 juillet», explique Fotini.
Le premier tir groupé est venu de députés, lors des votes des «préconditions» à la Vouli, le Parlement grec, les 15 et 22 juillet : la gauche de Syriza, Yánis Varoufákis, le tonitruant ex-ministre des Finances, ou encore Zoé Konstantopoulou, la présidente du Parlement, s’y opposent. Et quand le Premier ministre soumet l’accord définitif et les lois qui en découlent, le 14 août, il est privé des 120 voix nécessaires dans sa coalition pour gouverner. «Nous ne sommes pas là pour appliquer des mémorandums, ni des politiques néolibérales», justifie la députée Ioanna Gaïtani, opposante interne. Issue du mouvement trotskiste, elle est partie de Syriza le 21 août, avec un des courants historiques du parti, la «plate-forme de gauche», menée par Panayótis Lafazánis. Un nouveau parti est né : Unité populaire. Un tiers des cadres et militants auraient ainsi quitté Syriza.
Traditionnellement plus radicale que la direction, l’organisation de jeunesse a d’abord envoyé un missile en revendiquant la sortie de l’euro il y a quelques semaines. Puis a réattaqué en se retirant du parti. La tendance syndicale Mega, jusque-là liée à la coalition conduite par Tsípras, lui a emboîté le pas. La base militante se déchire. Enfin, Zoé Konstantopoulou, députée la mieux élue à Athènes, a aussi quitté Syriza et coopérera, en tant qu’indépendante avec Unité populaire.
Résistance.Face à ce tableau, Fotini le reconnaît : elle se sent «totalement déprimée». La «déprime» frappe aussi à quelques pas de là, dans un café où Dimitris Papachristos discute politique. Lui, c’est le héros national qui, en 1973, a chanté l’hymne national grec au micro quand les chars de la junte tentaient de rentrer dans l’Ecole polytechnique. Un symbole de la résistance. Pour cet idéaliste, il faut «ramener la Révolution française dans les données d’aujourd’hui, faire émerger les Lumières du XXIe siècle.» La situation aujourd’hui ? «Un drame.» Syriza ? «C’est nous qui l’avons fait, avec Manólis Glézos [le résistant qui a décroché le drapeau nazi de l’Acropole en 1940, ndlr] et quelques autres.»
C’était en 2004. La gauche grecque s’éparpillait. Eux voulaient la réunir en mobilisant «des citoyens actifs, qui choisissaient les orientations».Avec un mot d’ordre : démocratie participative. Aléxis Tsípras a développé leur travail. Mais il n’a pas su œuvrer avec le «non», explique Dimitris Papachristos en substance. Alors, que faire aujourd’hui ? «Je veux être dans la rue, avec les gens. Nous allons devoir saigner pour toute l’Europe», affirme-t-il.
En restant ou en sortant de l’euro et de l’UE ? Cette question continue de diviser la gauche grecque. Mais, même dans les rangs d’Unité populaire, certains refusent de trancher. Face à un euro «utilisé pour exercer un totalitarisme économique qui va à l’encontre de toute valeur européenne», Zoé Konstantopoulou, la vedette du mouvement proclame : «Démocratie avant tout.» Mais elle se garde de prôner une sortie.




