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Je me rappelle "le chiffon rouge"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Je ne sais plus quand je l'ai entendu pour la première fois. Je me souviens par contre lorsque je l'ai entendue reprise à la bourse du travail de Paris pleine à craquer lors du meeting concluant une marche de chômeurs (déjà le chômage).
C'est un billet de Mireille : La première radio libre ouvrière de France qui a remis en ordre de marche dans ma mémoire les souvenirs de Radio-Quinquin (déjà les violences policières) et tant de choses de cette période d'avant l'arrivé de la gauche au pouvoir, l'époque des Giscards à l'Elysé et autres Raymond à la Barre du gouvernement ...
cette période de luttes mais aussi d'espérance dans l'union des forces de gauche,
dont cette chanson était un des emblèmes.
Elle est présentée ainsi par son auteur sur le site de Radio-Quinquin :
Michel Fugain
raconte ...
le chiffon rouge
Le 15 juin 1977, a eu lieu au Havre une vraie liesse populaire une grosse fête et, le soir, un grand spectacle dont les acteurs principaux étaient 800 Havrais et une troupe qui n'était plus le Big Bazar et pas encore La compagnie Michel Fugain.
Ce moment magique s'est appelé "Un jour d'été dans un havre de paix".
J'aurai l'occasion, j’espère, de raconter et de décrire dans ma bio, les six mois de collaboration avec la ville du Havre et ses habitants. Ce souvenir reste un des grands moments de ma vie de saltimbanque. Pour faire court et revenir à la naissance du chiffon rouge sachez que la ville fut partagée en 7 secteurs auxquels furent attribuées, par l'école des beaux arts, les couleurs de l'arc-en-ciel. Il y avait donc : logiquement un quartier rouge qu'on appela le quartier des parias.
Pendant les vacances de Pâques, en Corse, sur un piano qui se trouve encore dans une maison située au sommet du village de Sant Antonino, le plus haut village de Balagne, une musique quasi garibaldienne m'est tombée sous les doigts. De retour à Paris, j'ai appelé Maurice Vidalin qui a voulu rester dans la tradition des grandes chansons de combat. Un véritable exercice de style. Les images et le vocabulaire étaient tellement évidents qu'on en riait pour cacher notre émotion. Bref, pas de doute, pour nous, c'était la chanson des parias du quartier rouge. Ce fut la chanson du quartier rouge du Havre. Voilà pour la genèse.
Quelques mois après, le journal télévisé, passe un reportage sur un meeting de la JOC où (je vous jure que ça fout un choc) tous se mettent à chanter le chiffon rouge. Imaginez une seconde la tête de mon vieux militant anar de père devant ces images. Je crois que ce soir-là, je suis monté de dix crans d'un coup dans son estime.
Quelques mois plus tard, grèves monstres dans l'Est de la France. Les ouvriers d'Uginor-Sacilor mènent une lutte sévère qui va durer plus d'un mois. Ils ont une radio (la première radio libre) et ils prennent une chanson comme générique et emblème : Le chiffon rouge.
Bientôt, ce sera la CGT qui la mettra à son répertoire et le chiffon sera de toutes les manifs.
Quelques temps après, toujours au cours de luttes ouvrières, le chiffon rouge est devenu, et je n'en suis pas peu fier ; l'hymne des Fourons, régions des hauts-fourneaux de Wallonie où les hommes ne laissent pas les patrons plaisanter avec leur dignité.
Voilà pour ce qui concerne ce que nous étions à mille lieues d'Imaginer. Il arrive que le destin des chansons dépende des peuples et non pas du chobizz. Alléluia !
Le chiffon rouge, que les radios giscardiennes n'ont jamais passé sur leurs antennes, a toujours accompagné des hommes qui se sont battus pour leurs droits et le droit à une vie meilleure. Il était ma présence à leurs côtés et c'est une de mes plus grandes fiertés. Tatatin...




