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Christoph Blocher, bulldozer populiste de la Suisse
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Christoph Blocher lors d'un meeting électoral le 2 octobre à Lausanne en Suisse.FABRICE COFFRINI / AFP
(Le Monde) Discours grandiloquents, idées simples, xénophobie assumée, marketing agressif… C’est en bousculant les codes de la politique helvétique que le chef de file populiste, Christoph Blocher, a conquis le pouvoir et fait de son parti, l’Union démocratique du centre (UDC), le premier de Suisse. A 75 ans, c’est encore et toujours lui qui dicte les thèmes de campagne à droite toute pour les élections fédérales organisées dimanche 18 octobre. Qui s’imagine la politique suissecomme ennuyeuse fait fausse route : il suffit de voir Christoph Blocher s’ébattre sur scène pour comprendre à quel point, derrière une apparence mutique, le pays est en proie à de violents débats.
Au Palais des congrès de Lausanne, début octobre, il était acclamé par quelque 300 personnes buvant les paroles de leur icône, s’émouvant de son « charisme », riant à ses boutades. Les yeux bleus écarquillés, les mains qui s’agitent et la mâchoire légèrement prognathe, le Suisse allemand déroule son propos. Qu’importe son français hésitant, le message est simple : pour en finir avec le« chaos de l’asile », « restez libre », « votez UDC ». L’homme a très peu de temps pour les journalistes étrangers : priorité aux médias nationaux.
Pour lui, « le FN est de gauche »
« Nous n’avons rien contre les réfugiés menacés dans leur pays ; mais nous n’avons pas de place pour les réfugiés économiques. Il faut les renvoyer. » Et puis« l’Union européenne et l’espace Schengen ne fonctionnent pas. Il faut garantir la souveraineté de la Suisse ». S’il se sent proche des thèses du Front national sur la migration, Christoph Blocher insiste : son parti est libéral, alors que, pour lui, « le FN est de gauche ».
C’est sur ce discours de préférence nationale et de fermeture des frontières qu’il a lancé sa carrière politique, dans les années 1990, lorsqu’il se bat presque seul contre l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen. Pendant des mois, les médias le suivent alors qu’il laboure les campagnes avec ses discours enflammés. A la surprise générale, les Suisses refusent l’adhésion le 6 décembre 1992. C’est le premier triomphe blochérien. Il reste aujourd’hui l’homme politique le plus populaire du pays.
La méthode Blocher tranche avec la culture politique helvétique, faite de consensus et de modestie. Dans un pays plurilingue où la rhétorique n’est pas la priorité, Blocher fait preuve d’une aisance orale rare. Cet homme avenant et cultivé est aussi un xénophobe assumé et défend sans rougir des thèses qui, si elles étaient évoquées en France, feraient immédiatement sursauter. Dans les années 1980, Christoph Blocher préside et anime un groupe de travail qui défend les lois en faveur de l’apartheid en Afrique du Sud. En 2006, alors ministre de lajustice, il critique l’article du code pénal condamnant le négationnisme. Mais ses dérapages sont toujours contrôlés. « Il n’est pas fou, tout ce qu’il fait est très calculé », estime le socialiste Christian Levrat, son adversaire politique. Contrairement à certains cadres de son parti, Christoph Blocher n’a jamais été condamné pour racisme.
Il est aussi le premier, en Suisse, à appliquer à la politique les techniques modernes du marketing : « Pour imposer un thème dans la société, il faut savoir jouer de la provocation. »En 2007, une affiche de l’UDC montrait un mouton blanc chassant à coups de sabot un mouton noir hors des frontières suisses.
Cette année, le clip promotionnel du parti s’ouvre sur Blocher plongeant dans sa splendide piscine, puis hissant le drapeau rouge à la croix blanche dans sonjardin. Contrairement à ses concurrents, ce fils de pasteur né dans une famillepauvre met son histoire personnelle au profit de sa carrière politique. « Il joue de son image de self-made-man, explique Oscar Mazzoleni, politologue à l’université de Lausanne. Il a réussi ses études, son mariage et son ascension dans l’armée, où il est devenu colonel, à une époque où ce statut comptait dans la société suisse. »
Il réussit aussi brillamment sa carrière professionnelle en rachetant l’entreprise qui l’emploie en 1983, EMS Chemie, et en la transformant en une firme rentable. Puis il investit en parallèle dans d’autres sociétés, qu’il restructure et revend. Pas à pas, celui qui a commencé comme ouvrier agricole prend sa revanche sociale et construit son propre mythe. Il acquiert le château de Rhäzüns, s’achète une magnifique villa près de Zurich. Amateur d’art, il possède l’une des plus grandes collections privées suisses.
Sa fortune, il en fait largement profiter l’UDC : en Suisse, il n’existe aucune loi pourréguler et plafonner le financement des campagnes politiques. « Son parti a probablement dépensé autant que tous les autres partis réunis pour cette campagne, comme c’était déjà le cas en 2011 », regrette le socialiste Christian Levrat.
« Junkie de la politique »
Après avoir fait de son parti le premier du pays, il se hisse jusqu’au gouvernement helvétique, le Conseil fédéral, composé de sept ministres de tous bords. Or, quand, depuis des siècles, ce conclave prône le compromis pour assumer le pouvoir exécutif en bonne entente, Christoph Blocher entend agir selon son bonvouloir. « C’est l’enfant terrible de la politique suisse, estime le politologue Oscar Mazzoleni. Il a cette capacité de jouer dans les règles, contre les règles. » Ce comportement capricieux lui vaudra d’être chassé du Conseil fédéral en 2007, après une « Nuit des longs couteaux » historique. En coulisses, deux opposants avaient empêché sa réélection, une première historique dans un pays où les rébellions ne sont pas coutume.
Son éviction de l’arène bernoise lui donne des envies de revanche et le pousse àchanger de stratégie : il continuera d’être le chef d’orchestre de la politique helvétique, mais de l’extérieur. « Cette expulsion l’a encore plus radicalisé, observe le politologue Oscar Mazzoleni. On dit souvent que, plus les partis grossissent, plus ils se modèrent. Ici, c’est tout l’inverse. » Son allié Claude-Alain Voiblet résume : « Il s’est rendu compte qu’au Conseil fédéral il était très difficile de changer les choses. C’est en travaillant avec le peuple, sur le programme du parti, qu’on a le plus d’emprise. » Même le Parlement, une « activité secondaire », ne lui sied plus : il le quitte en 2014.
Désormais, rien n’arrête le bulldozer Blocher. Pour faire passer ses idées, il met d’abord la presse à sa botte, en rachetant une partie de la Basler Zeitung et en contrôlant l’hebdomadaire Die Weltwoche, dont le rédacteur en chef est l’un des poulains de l’UDC. La méthode agressive de Blocher trouve toute son efficacité lors des référendums. Le 9 février 2014, le succès de l’initiative contre l’immigration de masse signe un autre triomphe blochérien. Les votations en préparation porteront sur le renvoi des étrangers criminels et contre la politique actuelle de l’asile.
La crise économique, la défiance croissante à l’égard de Bruxelles et l’afflux de migrants aux portes de l’Europe ont encore renforcé la légitimité du populiste, qui continue à faire la pluie et le beau temps de la politique suisse. Il vient de fêter ses 75 ans, mais sa carrière est loin d’être finie. « Je pense qu’il se voit comme un missionnaire qui cherche à sauver le pays de tous les dangers qui le menacent,analyse le réalisateur Jean-Stéphane Bron, auteur du documentaire L’Expérience Blocher. Christoph Blocher est un junkie de la politique. Il mourra sur scène. »




